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Le conflit larvé qui couve à la frontière Mali-Guinée a connu un de ses épilogues les plus sanglants, le lundi 15 Décembre 2008. Elle a opposé la Brigade de vigilance et de Protection de l’environnement du village de Komana-Couta, dans la Sous-Préfecture de Naréna, à celle de Balandougou, dans la Sous-Préfecture de Niagassola, en République de Guinée. Le Bilan est de un mort et 8 enlèvements par la Brigade de vigilance de Balandougou, conduite par un militaire guinéen en poste à Macenta, de passage dans son village natal, Balandougou.

Aussitôt alertées, les autorités politico-administratives du cercle de Kangaba se sont investies aux côtés de la population meurtrie de Komana-Couta, afin de trouver un dénouement heureux à la crise.

C’est ainsi que le jeudi dernier, une forte délégation, composée du Député, du Préfet du cercle, du Président du Conseil de cercle de Kangaba, de l’Association des ressortissants du village du Komana-Couta et du Syndicat des transporteurs inter-urbains, a effectué un déplacement fort appréciable dans le village de Komana-Couta, afin de présenter leurs condoléances à la famille du disparu; mais aussi et surtout, apporter le soutien des plus hautes autorités du pays et de l’ensemble du peuple malien.

Dans l’entretien qu’il a eu à nous accorder, le président du conseil de cercle de Kangaba, Bakary B. Keïta dit “Nayda Bou“, nous a retracé le film des évènements, les mesures utiles prises en son temps par les autorités pour juguler la crise, le sens de la visite du jeudi dernier, et les recommandations tendant à un règlement définitif.


Le film des évènements

Le conflit résulte des difficultés de gestion du massif forestier qui sépare la Guinée et le Mali, en endroit. En effet, suite à un permis de coupe de bois délivré par l’agent des services de la conservation de la nature en poste à Naréna, des exploitants de bois ont été autorisés à couper dans le massif forestier du village de Komana-Couta qui fait frontière avec le village de Balandougou, en Guinée.

Comme à l’acoutumée, les exploitants se présentèrent au Chef de village, munis de leur permis de coupe. Ce dernier et ses conseillers leur indiqueront le site le plus approprié. Selon le voeu des autorités villageoises, ce site, une fois défriché, servira de champ de culture pendant l’hivernage prochain.

C’est au moment de l’exploitation qu’ils ont été appréhendés par des Guinéens qui confisquèrent tous leurs matériels de travail. Sans plus tarder, les exploitants regagnèrent Komana-Couta où ils alertèrent le Chef de village. Comme la tradition l’exige, et compte tenu du bon rapport de voisinage, ce dernier envoya des émissaires à son homologue guinéen du village de Balandougou, afin que les matériels confisqués soient restitués. C’était un vendredi saint.

Au terme d’un dialogue franc et fécond d’échanges fructueux, le Chef de village de Balandougou et ses conseillers ordonnèrent la restitution des matériels saisis sur les émissaires du chef de village de Komana-Couta. C’est au même moment qu’un natif du village, de passage pour la mosquée, aperçut un attroupement au domicile du chef de village et alla aux nouvelles.

Il s’agissait, ici, d’un militaire guinéen en poste à Macenta, de passage dans son village, qui s’intercala dans la discussion en s’opposant à tout règlement à l’amiable. Car selon lui, le massif forestier en question appartient à son grand-père, et qu’il n’autoriserait personne à y toucher. De vives et chaudes discussions ont eu lieu. Et finalement, la délégation de Komana-Couta retourna bredouille.

Face à cet échec, les autorités villageoises de Komana-Coura ont décidé de mettre en place une Brigade de vigilance et de protection de l’environnement chargée de surveiller les lieux. Celle-ci, en guise de représailles, appréhenda un motocycliste de Balandougou qui sera mandaté de dire, à son Chef de village, que les matériels confisqués seront remis en lieu et place de la mobylette confisquée. Les deux villages se regardaient désormais en chiens de faïence jusqu’au lundi 15 Décembre 2008, jour fatidique.

Ce jour-là, la Brigade de vigilance et de protection de l’environnement du village de Komana-Couta, en tournée d’identification des limites naturelles avec la Guinée, a été prise dans une embuscade orchestrée par le militaire guinéen, aidé, à cet effet, par d’autres soldats appelés “rangers”, mais tous en tenue civile.

Des tirs de sommation ont eu lieu. Les éléments de la Brigade de vigilance de Komana-Couta, qui n’étaient pas armés, ont pris la fuite. C’est dans cette course que 8 ont été capturés et un tué sur place, en la personne de Moro Keïta. Les capturés ont été transportés à Niagassola, puis à Siguiri, et enfin, à Kankan.

Aussitôt alerté par le Chef de village, le Maire, Mamadou Keïta, natif dudit village, a immédiatement saisi de Préfet du cercle de Kangaba. Ce dernier, à son tour, mobilisa le Conseil de cercle de Kangaba, le Commandant de la B.T. et le Sous-Préfet de Naréna. Ils se transportèrent sur les lieux afin de s’enquérir de la gravité de la situation, comme décriée par le Maire. Sur place, ils appelèrent la population au calme à la sérénité, à la sagesse et à plus de retenue.

Le Mali est un Etat de droit ; et l’Etat saura prendre toutes les mesures utiles pour un règlement définitif de ce litige”, a laissé entendre le Préfet du cercle de Kangaba, afin de mieux rassurer la population du village de Komana-Couta, quant au soutien indéfectible de l’Etat malien. “Ne cédez pas à la colère, à la provocation. Restez derrière vos autorités qui y trouveront des solutions”, a-t-il martélé à l’endroit de la population.

Toujours dans sa mission régalienne de l’Etat, et compte tenu de la bonne collaboration qui a toujours existé entre les autorités frontalières, le Préfet Seydou Traoré téléphona à son homologue de Siguiri, afin qu’il libère ses compatriotes qui se trouvent entre leurs mains. Ce dernier, à son tour, n’a ménagé aucun effort auprès de ses supérieurs hiérarchiques de Kankan, afin de satisfaire la demande de son homologue malien.

C’est ainsi qu’interviendra la libération des 8 personnes enlevées dans le massif forestier qui sépare les deux villages. Celle-ci a eu lieu à Balandougou, en présence du Sous-Préfet de Naréna et du Commandant de la B.T. de Naréna, en présence des autorités guinéennes. A la partie guinéenne, il a été remis la mobylette confisquée à Komana-Couta.


Le sens de la visite d’une forte délégation à Komana-Couta

Des actes de provocation demeurent de part et d’autre de la frontière”, a laissé entendre le Président du Conseil de cercle de Kangaba. Selon lui, les évènements se sont produits au moment où quatre femmes du village de Komana-Couta étaient parties présenter leurs condoléances à un de leur parent décédé auparavant dans un autre village guinéen situé entre Balandougou et Niagassola, à savoir, Bananicoro.

Celles-ci ayant appris la fin des hostilités ont voulu regagner le bercail. Arrivées à Balandougou, elles ont été sommées de rebrousser chemin, au risque de perdre leur vie. Injonction leur a été faite de transmettre, à leur compatriote de Komana-Couta, que le terroir de Balandougou leur est formellement interdit.

De retour à Bananicoro, le Chef de village a été obligé de louer des motocyclistes pour ramener les bonnes dames à Komana-Couta, en contournant e village de Balandougou. Choqué par cette situation, le village de Komana-Couta a interdit le passage de son territoire à tout ressortissant de Balandougou. Ainsi, les véhicules de transport ont été vidés de leur contenu, de part et d’autre de la frontière, à la recherche d’éventuels ressortissants.

C’est face à cette situation qu’une forte délégation, composée du Député, du Préfet du cercle, du Président du Conseil de cercle de Kangaba, du Sous-Préfet, du Commandant de la B.T. de Naréna, des ressortissants du village de Komana-Couta à Bamako et des responsables du Syndicat des transporteurs inter-urbains, a séjourné à Komana-Couta le jeudi 8 Janvier 2008, afin de présenter leurs condoléances à la famille du disparu, mais aussi, rassurer la population du soutien des autorités politico-administratives de notre pays.

Les responsables présents ont tour à tour prodigué de sages conseils à la population de Komana-Couta. Des conseils qui vont dans le sens de la sauvegarde de la paix et de l’entente qui a toujours prévalu entre les peuples malien et guinéen.

Recommandations majeures

De la discussion jaillit toujours la lumière. Tel a été le résultat obtenu au cours de cet échange avec la population de Komana-Couta. Toujours selon le Président du Conseil du cerlce de Kangaba la recommandation majeure a été la matérialisation de la frontière. Que de part et d’autre, chacun sache à quoi s’en tenir.

Une autre recommandation non moins importante est la création de poste de sécurité à Komana-Couta, ou à défaut, le transfert de celui de Balamansala à Komana-couta. Enfin, comme solution définitive, le Président du Conseil de cercle de Kangaba n’a pas manqué d’afficher sa volonté d’aller à une convention transfrontalière de gestion durable des ressources naturelles.

La pression est forte sur les ressources naturelles, de part et d’autre des frontières. Seule une gestion concertée et consensuelle des populations riveraines peut éviter, aux deux pays, des conflits de ce genre. Déjà, le Conseil de cercle de Kangaba veut s’inspirer de la convention transfrontalière de gestion durable des ressources naturelles qui est en passe d’être conclue entre les communes frontières du cercle de Tominian au Mali avec celles de Nouna, au Burkina-Faso.

A l’issue de tout ce qui précède, il appartient aux autorités maliennes et guinéennes de pacifier le long de leur frontière, en organisant des patrouilles mixtes, qui sont des mesures dissuasives qui pourront tuer dans l’oeuf toute veilleité d’agression, en ce sens qu’il y a des extrémistes de part et d’autre. Dans tous les cas, les autorités frontalières ont pris les devants, et elles sont à remercier.


Propos recueillis par Lamine TOUNKARA, Correspondant de presse au Mandé

13 Janvier 2009