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C’est pourquoi, en discutant ce sujet, nous assumons une grande responsabilité morale tant vis-à-vis de ceux qui ont payé de leur vie la défaite du nazisme, que de ceux pour qui cette guerre est du passé déjà lointain. Il importe non seulement pour défendre la vérité historique de la guerre, mais fixer dans l’opinion la compréhension correcte de ses leçons du point de vue du développement international contemporain.

La deuxième guerre mondiale a été un événement crucial. Ce n’était pas seulement un combat global, dont l’échelle a dépassé tous les conflits armés précédents dans l’histoire mondiale. Dans cette guerre, se sont affrontés non simplement différents intérêts des Etats, et pas tellement les idéologies différentes, mais les approches diamétralement opposées, inconciliables quant aux valeurs fondamentales mêmes de l’existence de l’humanité.

Pour la première fois dans l’histoire, la mise dans cette lutte était la survie des peuples entiers. Les chambres à gaz et les fours crématoires d’Auschwitz et des autres camps de la mort ont montré, ce que portait le fascisme, quel avenir préparait au monde son soi-disant « nouvel ordre ».

C’est pourquoi je suis persuadé que le principal résultat de la guerre n’est pas la simple victoire d’une coalition d’Etats sur une autre. Au fond, c’est la victoire des forces créatrices et civilisatrices sur les forces de barbarie et de destruction, c’est la victoire de la vie sur la mort.

La guerre est devenue une énorme tragédie pour les peuples de l’Europe et du monde, indépendamment du côté où ils combattaient Ses conséquences n’ont épargné aucune famille, aucun sort humain. Le devoir des historiens est de dire toute la vérité sur cette tragédie, mais elle ne doit pas servir d’objet des spéculations politiques.

En évaluant les résultats de la guerre, il ne faut pas déplacer les repères moraux. En intervenant récemment à Auschwitz, V.V. Poutine, Président de la Russie, a qualifié de profondément amorales les tentatives de réécrire l’histoire de la guerre, de mettre sur le même pied les victimes et les bourreaux, les libérateurs et les occupants.

Plus la grande guerre patriotique devient de l’histoire, plus évidente est pour nous la grandeur de son exploit. L’histoire millénaire de la Russie n’a pas connu d’épreuves semblables à celles qu’a connues la génération de la guerre. La volonté pour la victoire a réuni les gens de toutes les nationalités de notre pays, de tous les âges et de tous les groupes sociaux.

C’est pourquoi l’anniversaire de la victoire qui approche constitue, avant tout, l’hommage et la plus profonde reconnaissance à ceux qui ont défendu l’indépendance de notre patrie et apporté la libération tant attendue aux peuples de l’Europe, dont le fascisme a fait des esclaves.

Les célébrations anniversaires devront servir de rappel de l’immense potentiel spirituel intérieur, que possèdent la Russie et le peuple russe. Sur ce plan, l’histoire de la grande guerre patriotique est pour nous la source intarissable de la force et de la certitude de l’avenir.

Notre diplomatie a fait son chemin de la victoire ensemble avec tout le peuple. La création de la coaliton anti-hitlérienne peut être qualifiée à juste titre de la plus importante percée diplomatique de son temps. La coalition est devenue un exemple de la cohésion des Etats idéologies et systèmes politique de divers pays face à la menace mortelle commune.

Aujourd’hui, 60 ans après, nul besoin n’est de simplifier ou d’embellir l’histoire. Chaque Etat de la coalition anti-hitlérienne poursuivait ses buts, avait ses propres intérêts nationaux. Il a été très difficile d’obtenir la confiance réciproque. Et néanmoins, les membres de la coalition ont su surmonter les adversités, écarter tout le secondaire au profit de l’essentiel – obtenir la victoire commune.

Les adversaires du fascisme étaient réunis par la compréhension commune du besoin de s’opposer au mal, sans ménager leurs forces, sans admettre aucun compromis, concession ou accord séparé. Cette leçon est pleinement d’actualité de nos jours.

L’expérience de la fraternité d’armes internationale pendant les années de guerre prend une importance particulière dans les conditions, où l’humanité affronte de nouveau un défi global, cette fois, de la part du terrorisme international. Les bases de la civilisation sont de nouveau menacées.

Comme le fascisme, le terrorisme n’a rien à proposer au monde, sauf la violence et le mépris de la vie humaine, l’empressement de fouler aux pieds toutes les normes les plus élémentaires de la morale humaine pour obtenir ses objectifs maniaques.

Tout comme il y a 60 ans, on ne pourra avoir raison de la menace pareille que sur la base de la solidarité et de la confiance mutuelle. Les »doubles normes » à l’égard des terroristes sont aussi inadmissibles que les tentatives de réhabiliter les acolytes fascistes.

L’octroi aux terroristes de la tribune de l’opinion publique pour énoncer leurs points de vue cannibales est aussi amoral et dénaturé pour l’Europe moderne que les défilés des anciens SS dans les pays qui prétendent à l’aspiration aux valeurs démocratiques.

Le minimum que nous devons à ceux qui ont payé de leur vie la sauvegarde de l’humanité face au fascisme est, avant tout, de dresser une barrière fiable sur la voie de la prolifération des idées d’intolérance, de suprématie raciale, nationale ou religieuse.

La cohésion des pays de la coalition antiterroriste, le développement harmonieux des relations entre différentes nationalités et confessions, la tolérance et le respect réciproque, le maintien de la diversité culturelle, un dialogue ouvert, constructif des civilisations – telles sont les conditions principales de la victoire sur les forces de la haine et de l’extrémisme.

Non moins actuelles sont les leçons de la seconde guerre mondiale du point de vue de l’édification de l’ordre mondial d’après-guerre. Les résultats de la guerre ont profondément influé sur le développement des relations internationales.

Même aujourd’hui, 60 ans après, où le monde a changé à en devenir méconnaissable, les éléments de l’ordre d’après-guerre de l’Europe et du monde entier gardent leur immense importance pour la cause de la garantie de la paix et de la sécurité internationales sur notre planète.

L’aspiration à délivrer à jamais l’humanité des malheurs de la guerre a inspiré aux pays de la coalition anti-hitlérienne la création d’un mécanisme global de garantie de la paix et de la sécurité internationale : l’Organisation des Nations Unies. Ses Statuts sont devenus la base universellement reconnue du droit international contemporain, la charte de conduite fondamentale des Etats et des organisations internationales.

Ils sont devenus le premier document international, dans lequel l’usage de la force dans les relations internationales a été mis hors la loi. Les principes et les normes des Statuts de l’ONU, éprouvés par « la guerre froide », constituent aujourd’hui la base sans alternative de la formation d’un nouvel ordre mondial sûr et juste de l’époque de la mondialisation. En ces 60 dernières années, ils ont prouvé leur viabilité, prouvé que, même dans les conditions modernes changeantes, ils renferment les principes les plus conformes aux réalités d’aujourd’hui.

Le soixantenaire de la victoire ne devra pas être une occasion de confrontation, servir le règlement des vieux comptes et des affronts réciproques. Il est symbolique que l’Organisation des Nations Unies, à l’initiative de la Russie et des autres pays de la CEI, ait proclamé les 8 et 9 mai journées de commémoration et de réconciliation.

C’est sous ces auspices que nous entendons tenir les manifestations anniversaires à Moscou le 9 mai, où aura lieu un sommet spécial, auquel participeront près de 60 chefs des Etats et des gouvernements. Il est important que la future fête contribue à l’union de tous les pays et peuples, serve le renforcement de notre solidarité face aux défis globaux du XXIè siècle.

Dans ce sens, la portée de la grande victoire reste un stimulant actuel et essentiel pour notre diplomatie, pour que nous continuions de travailler à unir tous les pays dans la lutte pour un monde meilleur et pour la sécurité sur toute la planète.

25 Mars 2005