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La Bibliothèque Nationale a servi de cadre hier d’une conférence de
presse pour le lancement de l’ouvrage intitulé: “Les Etats-nations
face à l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Le cas du
Mali.
” Cette cérémonie était organisée grâce au Point Sud, un
centre de recherche sur le savoir local, représenté par son
co-directeur, M. Moussa Sissoko.

La conférence était animée par
Mme Bintou Sarankoua, une des initiateurs principaux de l’ouvrage,
actuellement chercheur à l’Institut des Sciences Humaines et
coordinatrice scientifique du projet most UNESCO du Mali.

Notons que Mme Bintou Sanankoua n’est pas à son tout premier
ouvrage, car, elle a déjà à son actif un livre intitulé
l’histoire du Mali précolonial et sur les femmes”. En effet, le
livre dont le lancement vient d’avoir lieu arrive au moment où
l’intégration est considérée comme étant une utopie, un rêve
irréalisable. Comme l’a d’ailleurs confirmé le professeur Ali
Nouhoum Diallo, à cause du manque de volonté et de déficit de
démocratie des Etats.

L’OBJECTIF DE CE LIVRE

L’organisation d’une série de séminaires nationaux sur
l’intégration régionale en Afrique de l’ouest dans les pays de la
CEDEAO initiée depuis 2003 vise à susciter un débat national sur
la vision de chaque Etat quant à la nature et aux modalités de son
intégration régionale. Il s’agit selon Mme Sanankoua, pour chacun
des Etats, de proposer la description de l’intégration afin
d’identifier les défis et les inconvénients. Ce qui nécessite
d’après elle, forcement l’implication de chaque couche sociale à
cette question d’intégration.

L’objectif est de décloisonner le débat sur l’intégration
régionale, d’instaurer le dialogue entre politiques,
intellectuels, chercheurs, opérateurs économiques, société civile,
dans chacun des Etats de la CEDEAO. Le débat national doit
permettre de dégager et les atouts et les obstacles de
l’intégration régionale dans chaque pays.

Il remet les intellectuels en scelle, pour que le problème ne soit
plus la seule affaire des politiques, à un moment où l’élite
politique ne se confond plus avec l’élite intellectuelle, et à un
moment où l’intégration régionale semble piétiner depuis la
création de la CEDEAO en 1975.

L’INITIATIVE DE L’OUVRAGE

Le séminaire national du Mali, dont les actes font l’objet de
cette publication, s’est déroulé au Mémorial Modibo Keïta de
Bamako les 14 et 15 novembre 2005. Il a regroupé parmi les
communicateurs et débatteurs des professeurs et chercheurs de haut
niveau et des acteurs et théoriciens de l’intégration au niveau du
pays.

Les travaux se sont déroulés avec la participation des
organisations de la société civile, des opérateurs économiques,
des parlementaires de l’UEMOA et de la CEDEAO, et les
représentants d’organismes d’intégration régionale au Mali.

DES THEMES ABORDES

-La première communication,<<l’intégration en Afrique de l’ouest:
évolution des questions politiques et institutionnelles
>>.

L’auteur , docteur Ousmane a souligné que les ambitions
personnelles et les querelles idéologiques ont freiné
l’intégration. L’auteur montre le dysfonctionnement des mécanismes
institutionnels d’intégration et l’explique par le poids
prépondérant des Etats-nations, la faible application des
décisions communautaires, la faible articulation entre les
structures communautaires et les administrations nationales.
-La deuxième communication, sur : <<la dynamique des intégrations de
la période coloniale à nos jours
>> a été présentée par le
professeur Bakari Kamian. Il présente l’intégration comme
condition sine qua non du développement du continent.
-La troisième
communication : <<langues transfrontalières et intégration sous
régionale : cas du Mali
>>, a été présentée par docteur Paul
Guindo. Il montre qu’il a bien compris que les langues
transfrontalières peuvent servir de levier d’intégration, à
définir une politique nationale en la matière et
institutionnaliser un cadre de concertation et d’échanges entre
différents acteurs.

La quatrième communication : <<l’économie dans le contexte de
l’intégration
>> est présentée par Younoussi Touré.
_ L’auteur
identifie les intérêts stratégiques du Mali dans l’intégration
régionale, à savoir renforcer son leadership dans la région en
s’impliquant dans la définition des politiques et dans la gestion
des institutions régionales, renforcer la stabilité politique et
la sécurité de la région, donc s’impliquer dans le traitement
rapide de la crise ivoirienne.

-La cinquième communication : <<Ressources naturelles, espace et
intégration
>> a été présentée par docteur Moussa Sissoko. En
conclusion, il montre bien le caractère intégrateur des ressources
naturelles transfrontalières.
-La sixième communication : <<Femmes, organisations féminines et
intégration
>> a été présentée par Mme Sira Diop qui conclut son
intervention en constatant le décalage important entre la
participation constante des femmes et leurs organisations dans la
construction et le développement des Etats nations en Afrique et
la place qui leur est accordée dans les instances de décisions.
-La septième communication : <<la gestion des frontières dans le
contexte de la décentralisation et de l’intégration des Etats
nations en Afrique de l’Oues
t>> a été présentée par l’ambassadeur
Aguibou Diarrah.
-La huitième communication : <<le Mali entre
enclavement et intégration
>> a été présentée par le professeur
Lassana Sidibé. Le plus grand défi que le Mali doit relever est
celui de son désenclavement.

LES POINTS DE VUES PERTINENTS

Selon M. Sidibé Oumarou du CDI, les institutions communautaires
n’ont aucune autonomie vis-à-vis de nos Etats. Ce qui est un
handicape en matière d’intégration. Ainsi, le plus étonnant est
que les pays n’appliquent pas correctement les règles
d’intégration qu’eux mêmes ont signées. Quant à Abdoul Diarra,
Directeur national des frontières, pour lui, l’ouverture des
frontières est un facteur déterminent dans l’intégration
africaine.

Certains ont souligné que si l’intégration est aujourd’hui
difficile, c’est parce qu’au départ l’intégration a commencé au
sommet des Etats pour aller vers la base, ce qui ne permet pas la
réussite de l’intégration. D’abord, elle doit commencer à
l’interne avant d’atteindre le sommet des chefs d’Etat.

Il faut noter que depuis 2005, le programme most, sur la gestion
des transformations sociales a effectué plusieurs projets
régionaux à travers les pays: Gambie, Ghana, Mali, Burkina. Celui
du Nigeria est prévu dans les mois prochains. Ce qui montre une
prise de conscience sur cette question d’intégration combien
capitale pour l’Afrique.

Hady BARRY

22 Février 2008.