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L’insécurité au Nord serait elle devenue pour les autorités un problème insoluble ? Malgré les déclarations ostentatoires et les grandes manœuvres, le gou­vernement fait du surplace. La crise perdure.

Depuis la reprise des attaques armées au Nord du pays avec des enlèvements d’hommes et de matériels pour des destinations inconnues, la rébellion est en passe de devenir un second « paradoxe » pour notre pays.

Nous emprun­tons ces mots « paradoxe malien » du Président de la République Amadou Toumani Touré, lorsqu’au cours de la conférence régionale de la FAO tenue à Bamako, en 2006, il intervenait sur la question de la sécurité alimentaire.

Selon lui, c’est un para­doxe que d’avoir le fleuve Niger qui arrose notre pays ainsi qu’un vaste ter­rain arable et irrigable et de constater en même temps qu’on ne parvient pas à éradiquer la famine pour de bon.

En la circon­stance, ATT s’était engagé à mettre fin à ce « para­doxe malien ». Mais force est de reconnaître aujourd’hui que les populations maliennes n’ont pas eu leur « autosuffisance ali­mentaire« , termes auxquels on préfère ceux de « sécurité alimentaire » qui fait intervenir la notion d’importation.

Ce n’est pas la faute aux laborieuses populations maliennes qui font ce qu’elles peuvent. Mais les prix des intrants agricoles, les bandes d’intermédi­aires organisés en réseau d’exportateurs et les réseaux d’importateurs organisés dans le cadre de la lutte pour la sécurité alimentaire ne leur lais­sent aucune chance de s’en sortir.

La misère règne en maître dans une société faite d’inégalités économiques. Et cette pauvreté rampante du Malien est exploitée à des fins électoralistes pour appâter les masses contre quelques billets de nos francs.

Voilà ce à quoi conduit le premier paradoxe malien contre lequel l’engagement du Président n’a rien changé. Le pain s’amincit et les Maliens ne mangent pas à leur faim.

Le deuxième paradoxe est la question du Nord qui est sur le point de con­vaincre les Maliens qu’il est comme un serpent de mer. On a beau enlevé la tête, d’autres réapparais­sent. Aujourd’hui, a-t-on à faire à une rébellion autre que celle du 23 mai pour la démocratie et le changement ?

La question du Nord s’éternise. Pas pour une relance du développement dont tout le Mali va prof­iter, mais encore pour gérer une crise. Les touaregs ont encore fait parler d’eux en tournant en dérision la défense nationale du Mali.

En moins de 48 heures, ils sont intervenus par deux fois en territoire malien et sur des espaces supposés sous contrôle, emportant avec eux hommes et matériels : des militaires de l’armée mali­enne et leurs armements.

Si pour l’escorte de la mis­sion de l’agriculture sur­prise le dimanche 26 août, il y a lieu d’épiloguer sur d’éventuelles circon­stances atténuantes à cause de la compagnie de nombreux civils ou à cause de la population exposée un jour de foire, il n’y a rien à dire quant à l’action du lendemain lundi.

Cette dernière peut être assimilée à une véri­table déculottée parce qu’étant arrivée lorsque notre « vaillante armée » était déjà sur pied de guerre.

Le paradoxe est d’au­tant alertant que quelques semaines seulement avant les attaques du 23 mai 2006, ATT avait déclaré à Tombouctou lors du lancement du PIDRN (Programme intégré du développement des régions du Nord) qu’il ne laisserait jamais le Nord s’embraser pour des intérêts de quelques indi­vidus mal intentionnés.

Le chef suprême des Armées a récidivé le même « show » à Koulikoro récemment lors de la sor­tie de la dernière promo­tion de l’EMIA baptisée du nom de feu général Cheick Qumar Diarra.

Le Président ATT disait en substance « qui veut la paix prépare la guerre, aujour­d’hui l’armée malienne est prête« . Le lendemain ATT était en visite à la base aérienne 101 de Sénou à l’occasion de laquelle des « MIGS » ont effectué des démonstrations.

Ces attaques viennent démentir ATT et con­firmer le paradoxe malien du Nord. C’est une remise en cause de l’Accord d’Alger quand on sait que celui qui est indexé comme étant l’auteur des forfaits, en l’occurrence Ibrahim Ag Bahanga, était partie prenante de l’Alliance du 23 mai au moment de la signature dudit accord.

L’Alliance du 23 mai, à travers Ahmada Ag Bibi, a condamné « les enlève­ments et la prise en otage par les assaillants avant de saluer la retenue des forces armées« .

Au moment où nous mettons sous presse, nous avons reçu une déclaration du parti pour la Renaissance nationale (Parena) qui déplore le manque de diligence du gouvernement et de l’ORTM à informer les Maliens à temps sur les événements qui les con­cernants au premier chef (c’est par des radios étrangères que les Maliens ont appris les incidents armés survenus les 26 et 27 août au Nord -Est du pays à Tedjerert et Abeibara).

Selon le Parena, une solution démocratique et durable de la crise du Nord passe par « la mise en place auprès du Président de la République d’une cellule stratégique composée de professionnels et chargée de veiller à l’unité et l’inté­gration nationales ; la création d’un grand min­istère chargé du développement des régions sahéliennes et sahariennes, la concerta­tion sans exclusive avec tous les voisins et tous les pays frères concernés par la question du Nord« .


Boukary Daou

30 août 2007.