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Ce n’est aucunement un cas isolé, ce genre de violation à la sécurité de la population. L’incivisme de certains taximen aujourd’hui a dépassé les limites de la considération de la vie et de l’intégrité humaine. Beaucoup de citoyen s’en plaignaient, et voilà que l’acte odieux s’est encore produit à Niamana vers la cité des logements sociaux ce week-end. Celui de la tentative de viol et du dépouillage de la clientèle de la gent féminine..C’est malheureux de savoir que la capitale est aujourd’hui loin de sa réputation d’Havre de paix qui lui seyait d’antan.

Un taximan a embarqué sa cliente à l’auto-gare de Bamako et la la course se terminait à Djélibougou. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme souhaitait la cliente. Le taximan a contourné la route de Djélibougou pour se retrouver à Tabacoro-Niamana. Pour des raisons qui lui sont propres. Il avait notamment l’intention d’attaquer et de dépouiller sa cliente. Des groupes de jeunes interpellés par la vitesse anormale et les cris de la femme se sont empressés derrière la voiture. Par coup de chance, l’homme n’a pas résisté longtemps à la course effrénée entre lui et les jeunes du quartier de Niamana. Lorsque la femme est descendue du taxi, elle leur racontait son périple avec le taximan coupable de ses pulsions sexuelles. Car, effectivement, il avait prévu de la violer dans un coin des plus reculés de la capitale dans son véhicule dont le numéro d’immatriculation arrière était barré par un scotch rouge.

Les jeunes du quartier remontés contre le taximan prévoyait de lui ôter à coups de bâton sa virilité. Vu la fin heureuse de l’histoire, ils l’ont épargné ce déshonneur. La jeune femme chanceuse et surtout coriace a su se tirer d’affaire mais prévoyait de porter plainte contre le chauffeur criminel.

C’est aujourd’hui le sujet de causerie de prédilection dans tous les grins à Bamako. Sur les réseaux sociaux, des vidéos de sensibilisation circulent pour prévenir les dames qui prennent le taxi de jour comme de nuit en solo. Des vidéos, comme celle postée il y’a moins d’un mois par un jeune activiste du nom de Modibo Maïga qui dénonçait avec virulence ces actes ignobles à l’endroit de ses consœurs. Mais il fallait voir pour y croire. Ce périple du taximan échauffé vient à point nommé dans un contexte sécuritaire de plus en plus chancelant à Bamako. Des braquages à main armée, des viols collectifs dans les bidonvilles, des escroqueries impunies, la capitale bamakoise est aujourd’hui devenue la capitale de tous les dangers ; une réputation d’antan prêtée aux autres capitales africaines depuis belle lurette.

En réalité, les forces de sécurité sont presque impuissantes devant cette insécurité galopante qui sévit la capitale ; à cause du manque de moyens logistiques. Il faut rappeler que la capitale regorge de 15 commissariats et quelques brigades de gendarmerie. La plupart des commissariats ne possèdent qu’un seul véhicule, avec lequel les agents effectuent les missions de recherche et de patrouilles. Ajouter à cela le nombre limité des agents dans les commissariats, la difficulté de joindre souvent nos agents de sécurité, la ruse des malfaiteurs ; il y a de quoi redoubler d’effort pour mieux sécuriser la population.

Cette réalité est éloquente de la banalisation de ces viols dans les taxis bamakois. Car ce n’est pas rare d’entendre des histoires de ce genre. Est-il acceptable que nous nous accommodions de cette fatalité ? Sommes-nous coupables de notre silence ou fermons-nous, délibérément, les yeux devant la mise en danger manifeste de notre propre vie ?

Il faudrait exiger plus de patrouilles mixtes organisées chaque nuit jusqu’à pas d’heure avec un effectif des plus conséquents

La question qui nous tarde de nous poser est de savoir, comment le taximan a pu passer devant les forces de sécurité routière ou les autres conducteurs dans la circulation avec une plaque barrée d’un scotch rouge, sans qu’on mette court à sa course ? Difficile à concevoir. C’est à se demander s’il n’est pas temps de mieux scruter les taxis avant de les emprunter. Et pourquoi ne pas s’associer à la police pour traquer ces taximen délinquants ?

Aissata Keita

Bamako, le 17 Décembre 2018

©AFRIBONE