Partager

Au lendemain de la session du Conseil Supérieur de l’Agriculture au cours de laquelle le Président de la République, à son corps défendant, s’est trouvé dans le rôle de l’arbitre, il est heureux de prendre acte que le débat sur la réussite ou l’échec de l’initiative riz est désormais derrière nous, et qu’il nous faut résolument regarder devant nous et nous concentrer sur l’essentiel.

L’initiative riz est un acte politique courageux dans un pays aussi pauvre que le Mali, où les finances publiques battent de l’aile avec des recettes budgétaires largement affectées par la crise énergétique et les exonérations distribuées à tour de bras aux importateurs de produits énergétiques et alimentaires et un niveau record de dette intérieure.

Mais elle est surtout un choix de politique économique éclairée et adaptée, par sa portée macro économique, rarement un dirigeant s’est placé dans une telle logique de développement conformément à la vocation agro-pastorale du pays et aux objectifs de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté.

Si elle avait été envisagée sur une période un peu plus longue, tout en rappelant que le développement est un processus de longue haleine, on serait tenté de penser au fameux Take off du professeur Rostow, le take-off ou le décollage est une période relativement brève au cours de laquelle «la société finit par renverser les obstacles et les barrages qui s’opposaient à sa croissance régulière».

Un accroissement de la productivité agricole et l’émergence de nouvelles activités économiques qui induiraient une révolution industrielle se caractérisant par un taux d’investissement élevé. Au terme duquel, l’économie atteint un régime de croissance auto entretenue qui se poursuit à vitesse constante, mais nous ne glisserons pas sur un terrain théorique et n’alimenterons pas un débat stérile.

Elle a, à juste titre, été saluée et appréciée par la FAO, le CILSS, le SAP, le Commissariat à la sécurité alimentaire, des institutions qui restent des références en la matière aux niveaux national, régional et international.

Tel que l’initiative a été conçue, il était difficile de s’attendre à des résultats miracles à si court terme, cela n’enlevant rien au mérite des initiateurs, ainsi au lieu de s’attaquer à cette initiative à travers les quelques problèmes d’organisation décelés par ci et par là, les imperfections constatées et les erreurs de départ, on doit plutôt chercher à aller dans un sens positif, à la consolider et à mieux préciser ses contours. Chaque problème constaté est l’expression d’un disfonctionnement qu’il faudra identifier et corriger.

L’impression générale dégagée par le tapage médiatique et les analyses diverse sur cette initiative, est la récupération politique et la promptitude à détruire au lieu de construire et de pointer toujours un doit accusateur sur l’autre.

Mais il sera plus constructif de poser un diagnostic profond de l’initiative riz, d’identifier et de recenser les problèmes, et de proposer des solutions d’amélioration. Cette perception de l’initiative conduit à proposer les pistes ci après à pour exploration, il faut cinq priorités.


Premièrement,
envisager l’initiative riz dans la durée, sur le moyen et le long terme pour s’attendre des résultats plus concrets, au moins cinq ans. Cela permettra de se donner de corriger et de réorienter au besoin pour avancer, de façon sure vers l’objectif stratégique de millions de tonnes de production, toute céréales confondues.


Deuxièmement
, mettre l’accent sur la réorganisation, la structuration, la formation et l’encadrement des organisations paysannes, des groupements de producteurs et des producteurs individuels pour aller des exploitations agricoles classiques vers les entreprises agricoles, il faut, dans un premier temps, l’établissement de compte d’exploitation prévisionnelle pour maintenir les producteurs dans la production conformément aux exigences du calendrier agricole

Dans un second temps, la maîtrise des charges d’exploitation par leur optimisation. Et tersio, le dépassement de l’autoconsommation et le développement de la production avec une nouvelle approche du marché

Troisièmement, mettre en place un crédit moyen et long termes assez conséquent pour l’équipement des entreprises agricoles (équipements agricoles : charrues, semoirs, herses, motoculteurs, tracteurs, batteuses, moissonneuses batteuses, magasins et silos de stockages, unités de transformation et de conditionnement…) par une ligne de crédit spécialisée parallèlement au crédit court terme. Ceci devra permettre de mieux préparer les prochaines étapes de l’initiative riz et leurs résultats escomptés


Quatrièmement
, chercher à. réduire les écarts de niveaux de rendements à l’intérieur d’une même zone de production et d’une zone de production à une autre. Dans la zone Office du Niger les écarts de rendement sont de 3 à 4 tonnes en terme de pointe de production et de faible production, les mêmes écarts sont observés entre les productions moyennes des différentes zones de production (à submersion contrôlée et dans les bas fonds)

Cinquièmement, étendre l’initiative aux autres activités des zones de production : riziculture de contre saison et maraîchage qui sont aussi importantes dans la gestion financière des entreprises agricoles modernes et qui contribuent à la recherche de leur équilibre financier

Sixièmement, planifier déjà la subvention, l’appui technique aux autres maillons de la filière: la commercialisation, le stockage et le report des stocks ; la valorisation par la transformation, l’industrie de l’emballage et la distribution

Et, enfin, septièmement, mettre en place un mécanisme de reconstitution du fonds d’appui à la filière. Une politique de subvention soutenue sur le budget d’Etat n’est pas viable à terme dans un pays comme le nôtre il faudrait alors songer à la reconstitution même partielle par un prélèvement direct auprès des bénéficiaires sur les surplus de revenus générés par l’initiative.

Cela évitera de compter toujours sur les autres et de d’opérer avec l’attitude de la main tendue, d’apprendre à générer à tout le moins les ressources de notre développement.

Alassane DIARRA

25 Mars 2009