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Le cas de Nawa

1-31.jpgParmi les «vieilles filles», il y a une catégorie très particulière et très peu nombreuse : les femmes qui se sont résignées à demeurer célibataires et qui s’affranchissent alors de tous les codes sociaux. C’est une dame de ce profil dont nous raconterons les mésaventures aujourd’hui. Notre héroïne Nawa, a déjà 45 ans et une vie de femme libérée. Trop libérée même de l’avis de sa famille.

C’est l’avis de son oncle Barema, hôtelier à la retraite. Le vieux regrette très souvent devant les siens le tour pris par le destin de Nawa qui est la fille de sa défunte sœur. Enfant de jeunesse de sa mère, Nawa n’aurait jamais connu son père et son impolitesse et ses très mauvaise manières à l’égard de son « beau-père » poussèrent sa mère à l’envoyer vivre loin de son foyer. La jeune Nawa atterrit donc chez sa tante (la petite sœur de sa mère) à Djicoroni Para.

Travailleuse de nuit

Malheureusement, dans ce quartier Nawa eut de mauvaises fréquentations et elle se devint rapidement fille de bar. Elle avait carrément opté pour un mode de vie amoral qui la faisait très souvent se déplacer aussi bien à travers le Mali qu’à l’extérieur du pays pour faire commerce de son corps. Dans la grande famille, le cas de Nawa a fait l’objet de plusieurs conseils des aînés. Mais chaque fois que la dame a été convoquée devant cet auguste comité, elle a eu le même commentaire : «Ma vie m’appartient. Je suis majeure. Personne ne me dictera ce que je dois faire».

Nawa continua donc ses pérégrinations. Mais dans toutes les familles où elle a posé ses bagages et qu’elle a toujours quittées à la suite d’une dispute, les témoignages sont les mêmes. Chaque jour, Nawa quittait sa chambre aux environs de 20 heures pour ne réapparaître que le lendemain vers 5 heures du matin. Elle-même ne se gênait pas pour dire à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’elle était «une travailleuse de nuit». Mais il semble que cette vie dissolue ait commencé à user Nawa. Voilà un an, notre dame s’est installée à Ouolofobougou chez une de ses camarades qui fait le même métier qu’elle. Son nouveau domicile se trouve non loin de la famille paternelle de sa mère. Elle guettait une occasion propice pour se réinstaller dans la concession.

De basses insultes

Il y a deux mois, Nawa finit par prendre le taureau par les cornes et annoncer à son oncle Bareme, son invention de déménager dans la famille de sa mère. L’oncle lui répondit qu’il ne s’y opposerait pas, mais il y mettait une condition non négociable. “Moi, dit-il à Nawa, je suis musulman et un homme respecté dans le quartier. Or, tes comportements ne correspondent pas avec les prescriptions de l’Islam. Tu peux revenir et te loger ici, mais à condition de changer entièrement de comportement« . Nawa n’était pas prête à se repentir et elle rejeta donc la condition posée par son oncle en affirmant une fois de plus que personne ne lui dicterait ce qu’elle avait à faire. Elle rentra chez elle furieuse et décida de se venger de son oncle maternel.

Son plan était à la fois simple et machiavélique : elle décida de pourrir la vie au vieux jusqu’à ce que ce dernier accepte de la réintégrer sans conditions. Une après-midi, alors que Barema se rendait à la prière de 14 heures, il fut intercepté par sa nièce qui après lui avoir lancé à la figure une volée d’insanités vociféra : « Tu ne peux pas m’empêcher d’entrer dans la maison familiale. Elle était à mon grand-père maternel, elle revient aussi à sa fille donc et aux enfants de cette dernière. Nous avons les mêmes droits que toi. D’ailleurs si tu habites dans une maison que tu n’as pas construite, c’est parce que toi-même, tu n’es qu’un vaurien! »

Le jugement divin

Ces basses insulte irritèrent toute la famille de Baréma qui décida de monter une expédition punitive et d’aller donner une correction mémorable à Nawa. Mais le vieil homme interdit formellement à quiconque de toucher à sa nièce. Cependant les jours passaient et Nawa ne désarmait toujours pas. Chaque jour à la même heure, elle venait s’arrêter à la porte de la maison et insultait toute la famille. Face à une situation qui menaçait de dégénérer de manière imprévisible, Barema décida de porter plainte contre sa nièce au tribunal de la Commune III.

Le juge en charge du dossier décida d’entendre les deux protagonistes. Après l’exposé de Baréma qui revint sur le comportement inadmissible de dame Nawa, elle reçut la parole pour présenter ses arguments. Nawa réfuta d’emblée les explications de son oncle. Elle expliqua devant la cour que son oncle maternel lui avait fait des propositions malhonnêtes qu’elle aurait repoussées. En guise de représailles, le vieux lui avait interdit de mettre pied dans la cour. L’horrible affirmation de Nawa bouleversa les uns et les autres. Le vieux Baréma ne dit mot pour se défendre face à ce mensonge éhonté de sa nièce, mais des larmes silencieuses lui couvrirent le visage. Il quitta le tribunal et décida d’attendre le jugement de Dieu.

Le tribunal, après audition de Nawa a décidé de donner son verdict le 20 mai prochain. Mais «Dieu ne dort pas», disent les croyants. Mardi dernier, Nawa a fait un grave accident de circulation. Et c’est son oncle qui a été appelé à son chevet. Espérons que cet accident lui inspirera le désir d’emprunter le chemin de la rédemption. Chemin qui lui ferait abandonner son mode de vie présent et l’encouragerait à avoir un autre type de relations avec sa famille.

Doussou DJIRÉ

Essor du 19 mai 2008