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Par un décret rendu public vendredi soir, le président a mis fin aux fonctions de la ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, Mme Bah Fatoumata Nènè Sy. Si la mesure peut paraître de « salubrité publique », elle cache mal des raisons immédiates vu finalement la précipitation dans laquelle le limogeage a eu lieu.

« Sur proposition » du Premier ministre, le président de la République, a procédé le vendredi dernier, à un réaménagement technique du gouvernement. « Réaménagement » qui n’a vu que le départ de Mme Bah Fatoumata Nènè Sy, ci-devant ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, en poste depuis le 3 octobre 2007. Elle est remplacée par Ahmadou Abdoulaye Diallo, précédemment en poste à Niamey, mais dont le CV nous apprend qu’il était déjà conseiller économique.

Ce qui est sûr, c’est que Mme Bah a dû commettre un délit de lèse-majesté ces deux jours au point de s’attirer les foudres de Koulouba. Le ton du décret ne laisse de doute à personne sur l’intention de se débarrasser d’elle. Il n’est pris aucun gant et aucune diplomatie, contrairement à l’usage, n’a été mise dans l’acte.

C’était de notoriété publique au Mali et ailleurs : la ministre de l’Economie n’était pas du tout à la hauteur de sa mission. Du coup, sa nomination a montré deux choses : aujourd’hui, il faut, pour être ministre, moins méritant et s’investir politiquement, et savoir jouer des relations. Car, le seul fait d’arme connu de Mme Bah Fatoumata Nènè Sy était qu’elle était présidente du Mouvement citoyen à Washington (Etats-Unis).

L’autre analyse, c’est que, depuis sa nomination, on la savait « techniquement limitée » et incapable de gérer un département aussi vaste. La preuve, dès les premiers mois de sa prise de fonction, de façon officieuse, le ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré, a été chargé de la coacher et de piloter les dossiers les plus sensibles de son département.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Et que signifie ce limogeage en ce moment ? Il est sûr que la question de la cherté de la vie y est pour quelque chose. En effet, elle n’a pas su proposer d’alternative, et d’ailleurs, comme le soulignait si bien un confrère, son éviction et son renvoi ne feront pas que le sac du riz coûtera moins cher.

La rançon de l’amateurisme

Du coup, surgit un aspect qui cause bien de malaise : la gestion pleine d’amateurisme et de charlatanisme qui est faite dans les nominations.
Par essence, un ministre est un chef d’équipe, un manager qui a fait ses preuves au moins quelque part ou du moins qui a déjà conduit des hommes et qui est à même d’être à hauteur de mission.

Dès la prise de fonction de Mme Bah, sont apparues ses limites et ses insuffisances. En tardant à la renvoyer, on a causé plus de tort à tout le pays et on a fait du Mali la risée des autres, car dans les foras où elle a représenté notre pays, nous n’avons jamais pu percer. A aucun niveau, elle n’a laissé de souvenir impérissable.

Cependant, il ne s’agit pas de lui jeter la pierre. Elle est moins comptable du désastre que ceux qui l’ont mise là. Sans déconsidérer le métier du charretier, celui-ci comme tout le monde accepterait volontiers un poste ministériel, qui doit apparaître plus comme le couronnement d’une riche carrière que comme une récompense d’un militant qui n’a jamais rien prouvé.

Le renvoi qui, du reste est arrivé comme la nomination, se présente aujourd’hui comme un aveu de manque de cohésion et de ligne directrice. L’équipe semble assez hétéroclite avec un manque de communication cohérente, et surtout de capacité à rassurer et à mobiliser les Maliens. La preuve flagrante au-delà de ce limogeage est que depuis sa mise en place, elle fait face à des crises qui, de mineurs au départ, prennent de l’ampleur faute d’une réelle gestion.

Le renvoi de Mme Bah est la reconnaissance d’un problème sans en être forcément la solution. A qui le prochain tour ?

Alexis Kalambry

07 avril 2008.