Partager

Les grands “politologues” maliens, qui aiment pourtant se faire fièrement appeler “acteurs du mouvement démocratique”, ne finissent pas encore de surprendre. Hier, c’était le haut responsable de l’ADEMA et non moins ancien président de l’Assemblée nationale, M. Aly Nouhoum Diallo, qui “crachait“ toute sa colère contre ses camarades, par rapport à un bilan du soutien du parti au Président de la République.

Et aujourd’hui, c’est l’ancien ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, M. Ousmane Sy, qui se livre à une déclaration pour le moins étrange par rapport à… la limitation du mandat présidentiel.

Des rentiers politiques à l’oeuvre

L’on pourrait volontiers mettre l’ancien comportement de Aly Nouhoum Diallo au compte de sautes d’ humeur somme toute compréhensibles. Car, selon certains militants mêmes du parti, l’ex-président du Parlement de la CEDEAO garde toujours une dent contre le pouvoir d’ATT, à cause de son départ de ce poste.

Mais pour ce qui est du Dr Ousmane Sy, la question est toute autre. Aussi, bien des observateurs de la scène politique, de s’interroger, perplexes: qu’est-ce qui a bien pu, à ce point, pousser l’ex-ministre de l’Administration Territoriale à déclarer sans ambage, sur les colonnes de notre confrère “l’Indépendant”, que “la limitation du mandat présidentiel est anti-démocratique” ?

On ne peut, en effet, s’empêcher de se poser la question, surtout que l’auteur de ladite déclaration est un homme qui a toujours réclamé, sinon clamé haut et fort son appartenance au mouvement démocratique malien. Et puisqu’il l’a lui-même précisé, le choix de la limitation du mandat présidentiel au Mali est une décision souveraine de la conférence nationale de 1992, donc, une décision souveraine du peuple malien.

Mais alors, en quoi donc une telle option peut-elle être anti-démocratique, si elle reste partagée par la majorité du peuple malien? Du reste, ne dit-on pas que la démocratie est la dictature de la majorité?

L’irrésistible ambition de l’ADEMA

En fait, par cette surprenante déclaration, le Dr Ousmane Sy ne fait que lever un coin du voile sur ce que seraient les réelles ambitions de l’ADEMA, une fois au pouvoir en 2012. En fait, il ne s’agit ni plus ni moins que de préparer psychologiquement les Maliens à cette idée, avant cette date “fatidique“ de la présidentielle de 2012.

Comme le dit l’adage, “qui a bu boira”. En effet, on se rappelle que l’ADEMA s’était déjà essayé à la chose. Et tout indique que le parti serait encore au pouvoir si l’opposition farouche des Maliens ne l’avait pas contraint à surseoir, sinon renoncer à son projet de révision constitutionnelle.

On comprend dès lors la détermination de Dioncounda Traoré et camarades à récupérer coûte que coûte le pouvoir qu’ils avaient perdu en 2002. Est-ce à dire qu’une fois au pouvoir en 2012 (à moins que l’URD ne lui ravisse la vedette), l’ADEMA s’y aggriperait de tout son poids, et pour de bon, contre la volonté du peuple malien, et même contre vents et marées?

En tout cas, la déclaration de Dr Ousmane Sy ne doit point être prise à la légère, car derrière elle pourrait se cacher pas mal de velléités politiques jalousement gardées au fond de la Ruche.

Et quand on sait que l’ADEMA n’a jamais pu digérer la perte du pouvoir, “son pouvoir ”, comme l’aimait à dire l’actuel président de l’Assemblée nationale et non moins président du parti de l’Abeille …L’ADEMA ne ferait-il pas mieux de se débarrasser des fossoyeurs qui se trouvent en son propre sein, plutôt que de vouloir prendre sa revanche sur le dos du peuple malien?

Qu’en pensent les Maliens ?

Les Maliens accepteront-ils d’ailleurs aussi facilement que des assoiffés de pouvoir viennent anéantir tous les efforts et sacrifices qu’ils ont consentis pour l’ouverture démocratique au Mali?

En tout cas, autant le peuple sait tout encaisser, autant il sait être patient. Mais le peuple consent à ce qu’on touche à tout,… sauf à la durée du mandat
présidentiel. Dioncounda et camarades sont donc avertis.

La déclaration du Dr Ousmane Sy peut donc attendre sans qu’on en fasse un sujet de ”prêche ”, car le jour où la limitation du mandat présidentiel ne conviendrait plus aux Maliens, ils le feront savoir.

Mais pour l’intant, elle reste une garantie constitutionnelle pour le peuple malien, et un garde-fou pour notre démocratie, contre d’éventuelles dérives totalitaires et autocratiques.

Ousmane Sy, l’homme à abattre à l’ADEMA

En abordant le coût des élections au Mali, avec sa sortie chez notre confrère “L’Indépendant”, le Dr Ousmane Sy gêne l’ADEMA et l’expose. En effet, c’est son parti qui avait organisé les élections au Mali en 1997 et en 2002. Même à l’avenir, on ne sait pas toujours combien ont coûté les élections controversées de 1997. Dix sept milliards de FCFA, 21 milliards, ou plus? Chacun avance son chiffre.

En 2002 encore, Ousmane Sy était ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, chargé de l’organisation des élections du côté du gouvernement. Peut-il dire à son peuple combien le gouvernement a exactement dépensé pour la tenue de ce processus électoral?

En ce qui concerne la non limitation du mandat présidentiel, certains s’étonnent que Ousmane Sy soit le premier à ouvrir le débat. Puisqu’ils sont nombreux ceux qui lui prêtent des ambitions pour la présidentielle de 2012. Si cela s’avère fondé, son salut passe-t-il, dans ce cas, par la non limitation du mandat présidentiel?

Aussi, à l’ADEMA, des langues se délient pour désapprouver cette sortie de leur camarade. “Quelle mouche a-t-elle piqué Ousmane Sy pour qu’il tienne de tels propos, surtout en ce moment précis?”, s’interroge un baron ADEMA. “Ceux qui misent sur Ousmane Sy afin d’envisager des perspectives politiques ignorent tout de la personnalité de l’homme”, soutiennent d’autres.

C’est dire que la sortie médiatique de l’ex-ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales n’est pas bien appréciée par des camarades au sein de son parti. En voudrait-on à l’homme d’être en train de compliquer la tâche de l’ADEMA déjà engagée dans sa bataille pour reconquérir le pouvoir en 2012?

Cette question s’impose, si l’on sait que Dioncounda Traoré dit à qui veut l’entendre qu’en décidant de soutenir ATT pour son second mandat, “notre argument, face aux adversaires de ce soutien , était d’offrir à l’ADEMA toutes ses chances de reconquérir le pouvoir, aux échéances électorales suivantes”. Ceci explique-t-il cela?


Adama S. DIALLO

Oumar SIDIBE

15 Mai 2008