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Les remerciements chaleureux distribués au ban et à l’arrière-ban (tout le monde y a eu sa part et presque personne n’a été oublié!) donnent à penser que le Mali vient de refermer un triste et douloureux chapitre de son histoire post-coloniale et que plus jamais il n’y aura çà.

On aimerait bien que ce soit le cas, mais trop d’interrogations subsistent, qui incitent à tempérer notre ardeur et à faire preuve de plus de prudence et de vigilance.

La première de toutes concerne l’état d’esprit des déserteurs de retour. On aura remarqué qu’ils ont refusé de se laisser désarmer, obligeant ainsi le gouvernement à accepter ce qu’il avait rejeté lors de l’opération désarmement-cantonnement ratée du 5 janvier. Mais c’est peut-être un moindre mal par rapport au sort qui leur sera réservé. Apparemment, ils sont partis pour être réintégrés dans l’armée.

Aucune mesure disciplinaire n’ayant été prise contre eux, durant ces deux années de désertion émaillées par des crimes de tous genres (assassinats, vols d’armes, de munitions, de véhicules, prises d’otages, pose de mine anti-personnel provoquant la mort et la mutilation de civils innocents, destruction de biens etc) ces déserteurs ont normalement avancé en grades et leurs soldes, accumulées sur ces deux ans, attendent de leur être payées, révisées à la hausse.


S’il vous plaît.
Comment comprendre que des soldats, qui ont rompu les rangs avec le grade de capitaine par exemple, reviennent avec celui de commandant, les mains tachées du sang de leurs frères d’armes ? Comment se passera la cohabitation entre ces deux catégories de militaires ?

Fagaga et sa bande de criminels vont-ils constituer, à eux seuls, l’unité spéciale prévue par l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006, qui deviendra donc une armée entièrement à part au sein de l’armée malienne ?


Mais le pire
est peut-être la question suivante : lorsqu’un homme, de surcroît un militaire, multiplie des crimes de sang, y compris contre ses frères d’armes, et les destructions de biens de l’Etat ou des ONG venues aider les populations à sortir de la détresse matérielle et que cet homme ne reçoit aucune punition prévue par la loi, va-t-il récidiver ou pas ?

A ces interrogations non exhaustives s’ajoute le fait que, selon des sources militaires dignes de foi, ce sont quelque cinq cents membres de « l’alliance » qui devaient être concernés par l’opération désarmement-cantonnement du 19 février. Seuls cent cinquante personnes ont effectivement déposé leurs armes lors de la cérémonie de Kidal.

Alors de deux choses l’une : ou « l’alliance » a gonflé le nombre de ses activistes pour se donner plus d’importance qu’elle n’en a, ou le plus gros de ses soit-disant « combattants » sont toujours planqués dans les collines de Tegargaret ou ailleurs dans l’Adrar des Ifoghas.

On peut douter également que les quelques mitraillettes et fusils de chasse présentés à l’aéroport de Kidal étaient les seules armes en leur possession. Idem pour les deux malheureux 4 X 4 qui y ont été exhibés. On sait qu’en réalité, ce sont des dizaines de ce type de véhicules qui ont été volés.

On voit bien que, côté « alliance du 23 mai » beaucoup de questions restent encore sans réponse.

Du côté de la bande à Bahanga qui se fait pompeusement appeler « alliance Touareg Nord Mali pour le changement », nombreuses sont les zones d’ombres qui subsistent également. Certes, beaucoup d’éléments de ce groupe – Idnanes, Tagat Mallet, Ifoghas – l’ont lâché et regagné leur communauté respective. Mais quid de Bahanga lui-même ? Où s’est-il réfugié, une fois de plus ?

Le pire endroit serait le Niger tout proche où il pourrait s’appuyer sur les terroristes du MNJ pour reprendre ses assauts criminels contre un pays qu’il hait de tout son cœur.


Saouti Labass HAIDARA

23 Février 2009