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C‘est par un défilé militaire rappelant la ferveur des premières années de l’après-indépendance, lorsque le peuple malien avait foi en un avenir qu’on lui promettait radieux, qu’a été commémorée, hier 20 janvier, la Fête de l’armée nationale. Le retour à une tradition remisée au rancart au profit de prises d’armes dans les garnisons, moins éprouvantes pour la trésorerie publique, vise à délivrer à l’évidence le message suivant : l’armée malienne s’est certes effondrée au nord, mais elle est encore capable de se relever et se relèvera sûrement. Il vaut pour toute l’entité malienne.

Avec l’occupation de la majeure partie de son territoire national par des bandes armées dont les plus redoutables étaient d’extraction étrangère (AQMI et MUJAO) le pays a touché le fond. Mais il possède les atouts pour se remettre debout, rebondir et retrouver sa place, voire conquérir une place meilleure que par le passé, dans le concert des nations qui gagnent.

Le premier de ces atouts, c’est la qualité des hommes et des femmes qui, sur près d’un millénaire en remontant à l’empire du Ghana, ont su bâtir, avec leur intelligence et leurs mains, les plus grandes formations étatiques en Afrique subsaharienne.

Tomber n’est un mal rédhibitoire. Ce qui l’est, c’est de ne pouvoir se relever et continuer sa marche. D’un pas vaillant, s’il le faut. A y regarder de près, l’histoire peut s’analyser comme une succession de victoires et de défaites, de gloires et de misères pour les peuples. Les plus puissants Etats, qui ont dominé le monde à une certaine époque, ont été à leur tour vaincus et soumis.

Le Mali se remettra donc debout et, au même rythme cadencé et résolu de ses soldats hier, sur le boulevard de l’indépendance, marchera vers un nouveau destin. Comme, avant lui, ont su le faire la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie, le Japon, la Chine. Et tant d’autres pays à travers l’histoire.

Mais cela suppose et requiert que les Maliens prennent la pleine mesure du défi qui est le leur, qu’ils sachent s’unir autour de ce qui les rassemble et s’éloigner de ce qui les divise, pour emprunter la formule chère au président-poète Senghor.

Ce qui doit rassembler aujourd’hui les Maliens, c’est la conclusion d’une paix négociée dans la région de Kidal (donc le respect par les autorités des engagements internationaux souscrits auprès de l’ONU et de la CEDEAO, ce qui n’est guère aisé). C’est le rétablissement de la sécurité sur la totalité du territoire national. Ce sont les investissements productifs et la lutte contre la corruption pour que l’Etat perçoive ce qui lui est dû et qu’il puisse relancer la machine de l’économie et faire face à ses obligations envers ses propres salariés et la population dans son ensemble.

Ce qui doit rassembler, c’est l’école qu’il faut remettre en état de fonctionner normalement et assurer un avenir aux enfants. Surtout ceux issus des couches les plus défavorisées de la société.

C’est doter notre système démocratique en construction de fondements solides pour qu’il offre des conditions d’un réel épanouissement au citoyen, le protège contre toutes les formes de tentations totalitaires (en particulier l’intégrisme religieux rampant) et contre les abus, quels qu’ils soient.

Ce qui nous divise, ce sont les règlements de comptes (de nature politique voire politicienne ou strictement privée) auxquels le gouvernement, sous la poigne du ministre de la Justice et procureur autoproclamé, Mohamed Aly Bathily, parait accorder la priorité.

Qu’on ne s’y trompe guère. Un procès contre l’ancien président ATT sera le procès du haut de la hiérarchie militaire (qui aura manqué d’intégrité ou n’aura pas su prendre ses responsabilités) de l’Assemblée nationale (qui se sera dérobée à sa mission de contrôle de l’activité gouvernementale) des services de contrôle de l’Etat (qui auront failli à leur raison d’être).

En outre, eu égard aux réalisation colossales qu’il a laissées derrière lui dans tous les domaines (écoles, universités, hôpitaux, logements sociaux, périmètres agricoles, routes, aéroports, ponts etc.) auxquelles il faut ajouter l’aide massive et constante que la Fondation pour l’enfance a apportée deux décennies durant et continue d’apporter à des millions de nos concitoyens nécessiteux, ATT compte plus de sympathisants, d’amis et de personnes qui lui resteront reconnaissantes à vie que ne le pensent ceux qui sont pressés de le conduire à la potence.

A quoi sert un procès si c’est pour désunir et fragiliser un peuple qui a besoin d’être rassemblé et fort ?

Saouti L. Haïdara

L’Indépendant du 21 Janvier 2014