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La présidentielle d’hier dimanche 29 juillet 2018 comporte un double enjeu majeur : la mise en œuvre hardie et efficace de l’accord pour la paix et la réconciliation du 20 juin 2015 et l’éradication du péril terroriste aggravé par les affrontements meurtriers entre Dogons et Peuls. Les premiers reprochant aux seconds de pactiser, voire de fournir en hommes, en vivres et en matériels de toutes sortes le front de libération du Macina (FLM) affilié au Groupe de salut de l’islam et des musulmans (GSIM) dirigé par l’irréductible chef terroriste Iyad Ag Ghali.

D’où la passion soulevée autour de l’organisation du scrutin, marquée par de longs et houleux débats parlementaires sur la loi électorale qui a fini par être modifiée, l’exceptionnelle mobilisation populaire qui a fait remiser au rancart le projet présidentiel de réforme constitutionnelle, l’audit du fichier controversé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Un climat délétère que la société civile, notamment dans ses composantes coutumières et religieuses, s’évertuera à circonscrire. De façon toute relative puisque le risque d’un dérapage violent continuait à planer. Surtout avec la résurgence, quasiment à la veille de l’élection, de la polémique sur l’existence d’un ” fichier électoral parallèle “.

Concomitamment à cette brusque montée du thermomètre politique, les groupes jihadistes ou se faisant passer pour tels enchainaient les attaques et attentats meurtriers et dévastateurs contre les FAMAs,Barkhane, la FC du G5 Sahel. Voire d’innocents forains détroussés et assassinés.

Toutes choses qui conduiront l’ambassade de France à inviter les ressortissants de l’hexagone à éviter le Mali dans leur agenda de déplacement jusqu’au 30 août prochain et celle des Etats Unis à appeler les citoyens américains à ne pas s’aventurer dans les rues de Bamako et d’autres villes maliennes ce “ 29 juillet de tous les dangers ” serait-on tenté d’écrire.

Seulement voilà : le 29 juillet a vécu. Et plutôt bien. De Kayes à Kidal, de Taoudeni à Sikasso, sur leur immense territoire de 1 204 000 km2, les électeurs maliens ont voté, plus nombreux qu’on ne l’aurait espéré et surtout dans la quiétude souhaitée par tous. Des incidents ont été signalés dans les cercles de Tenenkou et Douentza (région de Mopti) dans un village non loin de Niono (région de Ségou) à Bambara Maoudé (cercle de Tombouctou) à Aguelhoc (région de Kidal). Ils ont été qualifiés de ” mineurs ” par les observateurs et n’auront pas d’impact significatif sur les résultats qui sortiront des urnes.

Il faut surtout se réjouir de ce qu’aucune perte en vie humaine ou enlèvement de personne n’a été enregistré.

Le premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, dont la principale mission à lui confiée par le président IBK, à sa nomination le 30 décembre 2017, consistait en la tenue de cette consultation dans “ des conditions acceptables ” avait déclaré qu’elle devait apporter la preuve de ” la résilience du peuple malien“.

Cette preuve est désormais faite. Sous réserve de ce que les résultats qui seront proclamés n’entraînent pas une contestation violente pouvant mettre le pays dans une situation plus ingérable qu’elle ne l’est actuellement.

Saouti Haïdara

L’indépendant du 31 Juillet 2018