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La dictature militaro-civile du général Moussa Traoré était détestable à bien des égards, mais elle possédait une vertu : la tolérance zéro à l’endroit de tout ce qui portait atteinte à «l’intérêt supérieur de la nation» comme on le disait à l’époque. Les détournements massifs des deniers publics, les actes de violence organisés entrainant mort d’hommes et destruction des biens à grande échelle et les rébellions étaient punis avec la dernière rigueur.

L’avènement de la démocratie pluraliste à partir de mars 1991 s’est accompagné d’un affaiblissement tragique de l’Etat. Au point que la justice, jusque-là crainte et respectée, fut remisée au rancart, devint quasiment inexistante. Conséquence : «Les bandits armés du nord» (ainsi GMT appelait-il ceux que l’on désigne communément » les rebelles touareg ») ont pu, deux décennies durant, voler, violer, kidnapper, tuer (souvent dans des conditions d’atrocité inouïe) mutiler et saccager sans être inquiétés le moins du monde. Ils ont bénéficié d’une totale impunité. Souvent même d’une prime pour les crimes commis puisqu’ils reprenaient leur place dans la société avec des privilèges accrus.

Dans une période récente, les portes de la prison centrale de Bamako ont été ouvertes pour libérer certains de ces mêmes bandits armés sans jugement. Tandis que les mandats d’arrêts lancés contre leurs chefs ont été rapportés.

L’impéritie des hommes du pouvoir face au banditisme armé envahissant et à l’infiltration terroriste par vagues successives a conduit à la situation actuelle qui ne réjouit aucun Malien.

De leur côté, des soldats mécontents de leur ordinaire se sont mutinés contre le haut de leur hiérarchie, ont renversé l’autorité légalement établie. Toutes choses qui ont ouvert la voie à des exactions multiples, des abus de toutes sortes relevant de la grande délinquance, des affrontements armés qui ont fait un nombre considérable de morts et de disparus.

Pour sauver ce qui restait de l’Etat, l’Assemblée nationale, en relation avec la médiation burkinabé, a cru bon de voter l’amnistie des actes criminels posés entre le 22 mars 2012, date du coup d’Etat militaire et le 12 avril suivant.

Cela n’a pas empêché que nouveaux actes contraires à la loi soient posés.

Dans un pays dont la Constitution proclame que » tout coup d’Etat est un crime imprescriptible contre le peuple malien » (article 121) et dont l’armée a fait serment, lors de la conférence nationale de 1991, que plus jamais elle ne commettra une prise du pouvoir par la violence, un tel spectacle ne devrait pas pouvoir se produire.

Ces deux exemples sont illustratifs de l’impuissance de l’Etat malien à faire fonctionner la justice pour que force reste à la loi.

Or, à l’évidence, pour extirper de nos mœurs la mauvaise tendance à dénouer les situations de crise par le recours à la violence armée, il faut bannir l’impunité.

Voilà pourquoi la Cour pénale internationale (CPI) a été créée le 1er juillet 2002 à l’initiative des Nations Unies. Elle a vocation à se substituer aux Etats faibles ou inorganisés comme le nôtre pour rendre la justice. Pour le plus grand bien de ces Etats car, comme dit l’autre, » la justice est l’ultime rempart vers lequel se tourne le citoyen ».

Et le citoyen est au cœur de toute société libre et démocratique.

Saouti HAIDARA

24 Octobre 2013.