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La recherche d’une «cohérence politique et militaire entre le Mali et la CEDEAO » (la formule est de Kadré Ouédrago, qui l’a prononcée jeudi à Ouagadougou) est au cœur d’une série de trois rencontres dont la première, à l’échelle des chefs États-majors de l’organisation sous régionale, s’est tenue vendredi et samedi dernier à Abidjan.

Les plus hauts responsables de nos armées ont eu à examiner la requête adressée, le 4 septembre, par le président de la transition malienne, Dioncounda Traoré, au président de la CEDEAO, Alassane Ouattara, relative à l’aide de celle-ci à la reconquête du nord du Mali occupé depuis cinq mois par des groupes islamistes et terroristes.

Les propositions issues de leurs travaux seront discutées et analysées, dès ce lundi, par les ministres des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Défense réunis, à leur tour, sur les bords de la lagune Ebrié. Les réflexions sur lesquelles ils vont s’accorder seront soumises à la haute appréciation des chefs d’Etats, au cours d’un sommet extraordinaire, également attendu dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Les décisions qui le sanctionneront devront sans doute être validées par l’UA, au finish par l’ONU dont le parrainage est incontournable dans la partie qui se prépare.

Pour Kadré Ouédrago, cette « cohérence politique et militaire » est doublement utile. D’abord, parce qu’elle est une garantie du succès de l’opération à mener. Ensuite, parce qu’il s’agit de convaincre les partenaires et la communauté internationale à accompagner ladite opération.

Malgré l’assurance donnée par Ally Coulibaly, ministre ivoirien de l’Intégration africaine, selon qui « personne ne cherche à se substituer aux Maliens, les premiers concernés, la CEDEAO ne faisant qu’accompagner le pays frère » les discussions peuvent achopper sur deux points. Le premier est que Bamako exclut tout déploiement de troupes aux fins de sécuriser les institutions de la transition. Le deuxième est qu’il ne souhaite pas non plus que les cinq bataillons sollicités par lui participent aux combats, ce privilège étant réservé aux seuls soldats maliens.

En somme la CEDEAO doit se limiter à fournir du matériel de guerre et de la logistique, à assurer la mise à niveau des unités maliennes et jouer le rôle de gendarme là où le besoin se fera sentir.

Cette vision est loin d’être partagée par la majorité des chefs d’Etats acquis, dès le début de la crise, à la conviction que l’armée malienne s’étant disqualifiée sur le champ de bataille, il faudrait des troupes bien équipées et bien entraînées, s’appuyant sur une logistique appropriée, pour bouter les hordes terroristes hors du Mali, rétablir son intégrité territoriale et assurer la sécurité dans la sous-région.

Le Béninois Thomas Yayi Boni (président de l’UA) et le nouveau président du Ghana, John Dramani Mahama, ne disent pas autre chose lorsqu’ils ont appelé, immédiatement après avoir pris connaissance de la requête de Dioncounda Traoré, les militaires maliens à quitter définitivement la sphère politique et à laisser les civils décider seuls de ce qui est bon pour le pays.

« La cohérence politique et militaire » préconisée par le président de la commission de la CEDEAO, consistera à rapprocher ces deux points de vue, ce qui constitue une gageure dans un contexte de patriotisme exacerbé prôné par des groupuscules très influents dans les cercles où se prennent les décisions importantes.

Mais il ne faut désespérer de rien. Du choc des idées jaillira peut-être la lumière, comme l’enseigne Mao.

Saouti Labass HAIDARA

L’Indépendant du 17 Septembre 2012