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Sous la férule du Général Président Amadou Toumani Touré, le Mali est devenu un modèle achevé de la mal gouvernance en Afrique. Trois rapports, émanant de sources diverses, sont venus, ces derniers temps, en faire le triste, le terrible, l’affligeant constat.

Le premier est signé de la Cellule d’Appui aux Structures de Contrôle de l’Administration (CASCA). Un organisme tout ce qu’il y a d’officiel car relevant de la Présidence de la République et émargeant à son budget.

Le document, dont L’Indépendant s’est fait largement l’écho, après sa remise solennelle au chef de l’Etat et sa diffusion auprès de la presse, au début de l’année en cours, est illustratif de la mauvaise gestion caractérisée tant de l’administration publique, dans ses différents compartiments, que des collectivités territoriales.

Des ministres, directeurs généraux d’organismes publics, hauts fonctionnaires et présidents d’institutions subventionnées par l’Etat y ont été épinglés, avec recommandation de transmettre leurs dossiers à la justice.

A part l’ex-PDG de la BHM-SA, qui a volontairement quitté son exil parisien pour se mettre à la disposition du  »Pôle économique » – lequel n’a pas traîné pour l’envoyer derrière les barreaux (le malheureux s’est donc jeté dans la gueule du loup, comme on le dit) – tous les autres conservent leurs postes, vaquent à leurs affaires, sans être inquiétés le moins du monde.

Le second rapport a été commis par le Bureau du Vérificateur Général (BVG). Donc une source indépendante. Il a révélé que près de 103 milliards de F CFA ne sont pas entrés au Trésor public, comme ils devraient l’être, entre 2002 et 2006. Où est passée cette manne qui aurait pu permettre d’augmenter nos bas salaires, d’assurer un meilleur fonctionnement de nos hôpitaux en détresse, du système éducatif qui va à vau-l’eau et de mettre en place une véritable politique du logement en lieu et place des exhibitions bouffonnes qui nous sont épisodiquement servies pour quelques centaines de maisons quand il en faut des centaines de milliers, voire des millions pour notre peuple qui, en la matière, comme en tant d’autres, est le moins nanti en Afrique de l’Ouest ?

Le troisième rapport nous vient de l’extérieur. Réalisé par l’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) avec l’appui de l’USAID, il nous apprend que quelque 95 milliards de F CFA sont annuellement et illégalement prélevés par les policiers, les gendarmes et les douaniers maliens sur les axes routiers de l’UEMOA. En comparaison avec les autres pays pris en compte dans le rapport, ce sont les prélèvements les plus importants. Ce qui fait de notre pays le plus corrompu dans cette pratique.

Voilà donc trois rapports, qu’on ne saurait soupçonner de manipulation, qui viennent corroborer ce qui est établi d’avis général : la mal gouvernance, à la manière du virus du Sida, est en train de détruire le tissu de l’économie malienne.

Recevant le rapport du Vérificateur Général, Sidi Sosso Diarra, le Général Président a promis des lendemains qui déchantent aux prédateurs du patrimoine public. Depuis, la nation entière a le regard rivé sur Koulouba. Cette fois-ci, le geste suivra t-il la parole ?

Saouti Labass HAIDARA

16 juillet 2007.