Partager

Le gouvernement d’union nationale, réclamé par la CEDEAO et la communauté internationale comme un impératif pour sortir le Mali de sa double crise sécuritaire et institutionnelle, est attendu ce lundi. L’information a filtré du mini-sommet de la CEDEAO sur le Mali, qui s’est tenu vendredi 10 août à Accra, en marge des obsèques du président ghanéen John Atta Mills. Reste à savoir si les organisations pro-putsch, qui ont déclaré une guerre ouverte et sans répit à Dioncounda Traoré, vont y prendre part. Et si le premier ministre Dr Cheick Modibo Diarra, qui porte leur préférence et qu’elles soutiennent fermement dans le lourd contentieux qui l’oppose à l’Organisation sous régionale, sera maintenu à son poste.

L’information a été partagée par onze des quinze chefs d’Etats de la CEDEAO réunis, le vendredi 10 août à Accra, en marge des obsèques du président ghanéen, John Atta Mills, pour un mini-sommet spécial sur le Mali. Elle a été dévoilée par le président ivoirien, également président de l’Organisation sous-régionale, Alassane Ouattara, à son retour à Abidjan. Il a indiqué que ce gouvernement est attendu dans « quelques jours ». Le Médiateur Blaise Compaoré sera plus précis en évoquant les « 72heures ».

Le gouvernement d’union nationale est un dispositif de l’Accord- Cadre du 6 avril 2012, signé entre la CEDEAO et l’ex CNRDRE, lequel ouvre la voie également à la désignation d’un premier ministre de « pleins pouvoirs », chargé de le former, en concertation avec les forces vives de la nation et de le diriger. Il a la double mission fondamentale de libérer le nord du Mali de l’emprise des groupes armés séparatistes et islamistes et de rétablir la démocratie.

Arguant des « passions qui ravageaient la scène politique », Dr Cheick Modibo Diarra, qui a eu la préférence des putschistes et la caution du Médiateur de la CEDEAO pour le poste de premier ministre, ne s’encombrera pas de cette recommandation. Il mettra en place une équipe composée de fonctionnaires peu connus du public, d’officiers proches de la junte, d’amis personnels et de dignitaires issus de l’ancien régime dictatorial piloté par son beau-père, le général Moussa Traoré.

Conséquence : au bout d’un trimestre de gestion de la transition dont la durée sera portée à douze mois, aucun acte significatif n’a été posé dans le sens du recouvrement de l’intégrité territoriale du Mali ni par le dialogue, ni par une intervention militaire, que celle-ci soit menée soit par l’armée malienne elle-même ou par des troupes ouest-africaines appuyées par la communauté internationale. Toute chose qui a fini par exaspérer une partie de la communauté nationale, en particulier les ressortissants des zones occupées et la CEDEAO elle-même, gagnée à l’idée que le premier ministre poursuivait un agenda différent de celui pour lequel il a été nommé.

Aussi, lors de la deuxième réunion de son Groupe de contact sur le Mali, tenue à Ouagadougou le 7 juillet dernier et à laquelle Cheick Modibo Diarra n’a pas participé (soit parce qu’il l’a boudée, soit par qu’il n’y a pas été invité) a-t-il été décidé de le dépouiller de ses « pleins pouvoirs » dont il n’a pas su faire bon usage. Ce n’est plus à lui de former le gouvernement d’union nationale mais au président de la République par intérim. C’est à ce dernier également qu’il appartient d’adresser une requête à la CEDEAO pour solliciter l’envoi de troupes ouest-africaines au Mali avec un mandat des Nations Unies. C’est à lui enfin qu’il revient de prendre toutes dispositions utiles pour le retour du Mali à la démocratie dans le délai prescrit de douze mois.

Le président Dioncounda Traoré aurait dû présenter la liste des membres du gouvernement d’union nationale, le vendredi 10 août, pour rester dans le délai complémentaire de dix jours qui lui a été accordé à partir du 31 juillet précédant, échéance préalablement fixée pour la mise en place dudit gouvernement, faute de quoi le Mali se verrait suspendu de toutes les activités de l’organisation sous-régionale. Il n’a pu respecter ce délai à cause du grand nombre de structures et de personnalités qu’il a tenu à écouter mais aussi des tentatives d’obstruction voire de sabotage qui ont proliféré.

Avec les menaces verbales proférées à longueur de journées et les manifestations de rue intempestives, les organisations pro-putsch, qui s’étaient déjà bruyamment opposées à la prorogation de son mandat comme président intérimaire (créant ainsi les conditions de la « tentative d’assassinat » perpétrée contre lui le 21 mai) auront contribué à retarder la mise en place du gouvernement d’union nationale.

Dès lors, l’on peut douter que ces forces anti-Dioncounda participent à la nouvelle équipe attendue aujourd’hui. Cela vaudrait mieux étant donné que leurs visions sont totalement différentes de celles de leur ennemi juré, tant en ce qui concerne la question spécifique et urgente de la libération du nord du Mali que la gestion globale de la transition.

Ces forces sont opposées, en effet, à toute intervention des troupes de la CEDEAO qu’elles décrivent inlassablement comme des « forces étrangères », estimant que l’armée malienne, seule, peut reconquérir le nord du Mali à condition qu’elle dispose de l’équipement et la logistique appropriés. C’est oublier un peu trop vite que ladite armée a laissé dans sa débandade une quantité impressionnante d’armes, de munitions et de moyens de transport qui ont été récupérés par ses adversaires, comme l’a rappelé à bon escient un des chefs d’Etats ayant participé à la deuxième réunion du Groupe de contact sur le Mali mentionnée plus haut.

Le président Dioncounda Traoré se prévaut d’une approche contraire. Il ne trouve rien d’humiliant à ce qu’une force constituée par nos voisins et frères de la CEDEAO intervienne au Mali si cela s’avère nécessaire. Le Mali, à l’appel de la défunte OUA, de l’UA et de l’ONU a eu à envoyer des soldats en divers points du globe pour maintenir la paix.

Si, aujourd’hui, le besoin s’impose que d’autres lui portent secours, il n’y a pas lieu d’en éprouver une quelconque honte ou de considérer la souveraineté nationale outragée. En tout état de cause, l’implantation du terrorisme dans le nord du Mali ne représente pas une menace pour le Mali seul, mais pour l’ensemble ouest africain, voire l’Europe toute proche et pourquoi pas le monde entier. Voilà pourquoi la libération du septentrion malien n’est pas seulement une affaire maliano-malienne mais une affaire africaine voire mondiale.

En ce qui concerne la gestion globale de la transition, le Pr Traoré compte mettre en place des outils pour accroître l’efficacité du gouvernement d’union nationale. Ce sont le Haut Conseil d’Etat (qui va instaurer un exécutif tricéphale), le Conseil National de Transition (une sorte d’assemblée de sages à vocation consultative), la Commission Nationale aux négociations (spécialement chargée de résoudre la crise au nord par la voie pacifique).

La frange radicale des anti-Dioncounda rejette ces propositions comme dénuées de toute valeur étant entendu que Dioncounda lui-même ne possède aucune légitimité à leurs yeux pour manager la transition. La partie modérée des anti-Dioncounda ne récuse pas d’emblée ces propositions mais considère qu’elles doivent être mises sur la table, en même temps que d’autres éventuellement et discutées au cours d’assises nationales qui baliseront la voie pour une gestion consensuelle et apaisée de la transition.

Cette démarche, qui n’est pas sans rappeler la « convention nationale » prônée sans succès par le CNRDRE au lendemain du coup d’Etat du 22 mars 2012, recèle deux inconvénients majeurs. Le premier, c’est de mettre le Mali en porte-à-faux avec la CEDEAO et la communauté internationale dont les efforts considérables, déployés tout au long de ces quatre mois et demi de crise, seront anéantis. Sans compter le temps qui sera consacré à des débats dont nul ne soupçonne la durée et s’ils vont aboutir à un consensus productif ou un chaos interminable. A l’image des conférences nationales au Togo sous Eyadema ou au Zaïre sous Mobutu.

Dans ce contexte, le maintien à son poste de Dr Cheick Modibo Diarra, ouvertement soutenu par les pro-putsch et adversaires déclarés de Dioncounda Traoré et de la CEDEAO, poserait assurément plus de problèmes qu’il n’en résoudrait.

Saouti Labass HAIDARA

13 Août 2012