Partager


S’il y avait un institut de sondage au Mali, nul doute qu’il ferait ressortir que la cote de popularité du Président ATT a gagné quelques points supplémentaires depuis son changement d’attitude – certains diraient son virage à 180° – sur le dossier de Kidal.

Depuis la double attaque perfide des camps de Kidal et de Ménaka, le 23 mai 2006, jusqu’à la boucherie d’Abeïbara du 21 mai 2008, perpétrées par les mêmes hommes qui ont renié leur serment à servir le drapeau national au prix de leur vie, ATT s’était imperturbablement posé en apôtre de la paix.

Celle-ci passait, assurait-il à la nation entière et au monde, par l’Accord d’Alger signé le 4 juillet 2006 entre les soldats touaregs sortis des rangs pour renouer avec leur vieux passé de détrousseurs du désert et le gouvernement.

Toute une campagne sera orchestrée, à travers villes et campagnes, pour faire croire que grâce à la seule signature de cet Accord, ATT, le Général formé à l’école de guerre, qui refuse la guerre parce qu’il sait ce qu’est la guerre, a sauvé le Mali en le préservant des horreurs que l’on voit quotidiennement sous d’autres cieux.

Des marches pour la paix sont annoncées de Kayes à Kidal, même si elles s’épuiseront aux environs de Mopti.

Des prières pour la paix sont dites dans les mosquées, les églises et les paroisses. ATT, l’homme de paix, est célébré par des partis politiques et des associations, chanté par des musiciens, béni par toute une armada de laudateurs intéressés.

Emporté par cette vague d’enthousiasme née de l’Acte d’Alger, lui-même, feignant d’y croire, prononcera ces paroles sublimes : «Tant que je serai au pouvoir, je ferai en sorte que des Maliens ne versent pas le sang d’autres Maliens».

Les quelques personnes qui, dans les milieux de la politique, du syndicalisme et de la presse, s’aventuraient à formuler des critiques, des réserves ou des mises en garde, étaient sommées de se taire, quand elles n’étaient pas accusées d’être des va t-en guerre. Très vite, pourtant, l’histoire leur donnera raison.

L’Accord d’Alger a un coût financier que Bamako ne peut pas supporter. L’impatience s’installe dans les rangs de «l’alliance du 23 mai 2006» qui attendait une pluie de milliards de FCFA tout de suite après la signature du document. Rien n’arrivant, c’est la reprise des actes de banditisme, les attaques contre les convois militaires pour les dépouiller des ravitaillements qu’ils transportent, mais aussi des armes et des munitions.

Des militaires, pour la plupart des Touaregs intégrés dans l’armée, à la vigilance endormie par le discours soporifique de Bamako sur la paix, sont surpris dans leur sommeil, assassinés ou faits prisonniers.

Pour tous les Maliens qui veulent regarder la réalité en face, une guerre pernicieuse s’est installée : elle permet aux bandits armés d’attaquer les unités de l’armée, quasi impunément puisque celles-ci, n’ayant pas de directive claire du pouvoir central, se contentent de timides ripostes.

Pour tous les esprits lucides, le pays en bien en guerre sauf son président. Jusqu’à ce qu’il y ait eu Abeïbara et le ras-le-bol suscité dans l’opinion nationale. ATT ne pouvait qu’en tirer les conséquences et le pacifiste s’est effacé devant le chef suprême des armées, contraint de remplir sa mission.

Avec l’ordre donné à l’armée de rétablir la paix et de sécuriser les populations et leurs biens, on s’achemine vers la vraie paix. Depuis bientôt deux semaines, on assiste à la débâcle des bandits armés et au retour progressif de la tranquillité dans la région de Kidal. Là où El Hadj Gamou passe, le banditisme trépasse.

Le tout, c’est de garder le cap et de rester vigilants pour que des pressions, intérieures ou extérieures, ne nous ramènent encore dans l’Accord d’Alger qui s’est révélé, jusqu’ici, un piège monstrueux.


Saouti Labass HAIDARA

12 Juin 2008