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En décidant d’acclimater au Mali le Bureau du Vérificateur Général dont la découverte au Canada l’avait enthousiasmé, le Président ATT était convaincu de tenir le remède miracle qui allait enfin débarrasser le Mali de la pire pandémie qu’il ait jamais connue : la corruption.

Avec l’interpellation spectaculaire et fort mouvementée hier de Sidi Sossoh Diarra (au moment où nous mettions sous presse ce numéro, il était placé sous mandat de dépôt mais non incarcéré pour autant) ATT doit être revenu de son optimisme. Et en train de méditer sur la question de savoir si, dans un pays de corruption généralisée comme le Mali, une institution de cette nature peut véritablement fonctionner.

A peine sorti de son cocon, le BVG a été l’objet d’attaques frontales par trop de forces hostiles. Cela a commencé par le patronat et les milieux d’affaires qui rechignaient à le voir fourrer son nez dans leurs affaires…nauséabondes. Puis ce fut la guerre ouverte des magistrats qui considèrent sa création comme une insulte à leur honneur et, ce qu’ils se gardent d’avouer, un dangereux obstacle à leurs privilèges indus.

Aussi, lui ont-ils refusé tout soutien dans sa croisade contre la corruption et la délinquance financière. Pire, ils se sont évertués à le faire échouer dans sa mission en classant sans suite les dossiers qu’il montait contre de présumés prédateurs des deniers publics. Une façon de démontrer au Président de la République et à l’opinion nationale que l’institution n’a aucune utilité, qu’elle n’est qu’une structure budgétivore de plus qu’il convient de liquider.

Le  » tort «  de Sidi Sossoh Diarra, c’est de s’être mis à dos une partie de son personnel qu’il voulait renvoyer à leurs ministères d’origine pour s’entourer de collaborateurs sûrs, dévoués et compétents. C’est faire fi de l’adage selon lequel  » un buisson que l’on méprise peut fournir assez de corde pour vous attacher « . Un planton, au Mali, a souvent le bras plus long que son ministre.

Voilà, à travers cette mesure de restitution d’une poignée de fonctionnaires à leur ancien employeur qu’est l’Etat, tout un pan de la nomenklatura malienne qui s’abat sur le pauvre Sidi Sossoh Diarra et qui réclame sa tête. L’homme est accusé de tous les péchés d’Israël, traité de tous les noms d’oiseaux, avili. Le voleur qu’il prétend traquer, c’est lui-même.

Les magistrats, qui le jalousent pour les 4 millions et demi de francs CFA qu’il touche par mois et pour le fait que le BVG a été érigé en institution au dessus du système judiciaire, n’attendaient qu’une occasion de lui régler son compte, de lui démontrer qu’il n’est rien et que la loi, c’est eux et rien qu’eux. Ils ont vite fait droit à la plainte des fonctionnaires renvoyés – dont certains appartiennent à leur famille professionnelle – et exigé du Vérificateur Général qu’ils les reprennent. Le refus d’obtempérer de celui-ci lui a valu son interpellation d’hier.

Nul doute que l’image du Mali prend un sacré coup. Car c’est bien la première fois, à notre connaissance, que quelqu’un va en prison pour «  entrave à la liberté de travail « . Si une telle sanction devait être prise à l’encontre de tous les patrons qui renvoient leurs employés, il n’y aurait pas suffisamment de places dans nos prisons pour les accueillir.

La vérité est que nos magistrats étaient trop pressés d’en finir avec un empêcheur de tourner en rond, un indésirable venu empiéter sur leurs plates-bandes. S’ils avaient eu un peu de patience, ils auraient peut-être eu un meilleur argument avec la plainte déposée contre lui par son adjoint pour  » détournement et non respect des procédures de passation des marchés « .


Saouti Labass HAIDARA

01 Avril 2009