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La semaine qui débute ce lundi pourrait marquer un tournant dans la crise politico-institutionnelle qui sévit au Mali depuis le coup d’Etat militaire du 22 mars. Deux faits y auront largement contribué.

Le premier est la loi d’amnistie votée par l’Assemblée nationale, le 18 mai, en faveur des putschistes. Ce grand pardon consenti au nom de la nation toute entière, qui va absoudre tous les crimes et délits (pas moins d’une vingtaine) commis par eux dans le sillage du renversement violent du régime d’ATT jusqu’au 12 avril dernier, était nécessaire pour que le CNRDRE et son chef, le capitaine Amadou Haya Sanogo, renoncent à leur projet de conduire la transition, une fois terminé l’intérim constitutionnel de 40 jours du Pr. Dioncounda Traoré, le 22 mai.

Nécessaire mais pas suffisant. Il a fallu le compléter, deux jours plus tard, le dimanche 20 mai, par un nouvel accord, signé à la fois par la CEDEAO, le CNRDRE et le président par intérim, qui accorde le statut « d’ancien président de la République » au chef de la junte. Ce privilège, qui ne lui est concédé qu’au prix d’une grande liberté avec la loi (tout comme le projet de la loi d’amnistie) lui attribue de substantiels avantages : pension de plusieurs millions de FCFA, résidence présidentielle, voitures haut de gamme, gratuité des soins médicaux pour lui et sa famille etc.

Le capitaine Sanogo ne sera pas seul à bénéficier des largesses financières de l’Etat malien. En plus de l’amnistie accordée à tous ceux qui ont participé au coup d’Etat et aux exactions de toutes sortes qui l’ont suivi, les militaires et leurs « associés civils » (leur nombre et leur identité resteront à jamais un secret) se verront octroyer des indemnisations financières.

Pour ceux qui ont perdu la vie au cours des opérations liées au putsch, ces indemnisations seront versées à leurs ayant-droits.

En contrepartie de ces mesures, le capitaine Sanogo a signé l’accord qui précise que « le Pr Dioncounda Traoré est le président de la transition ». C’est dire que cette question est définitivement réglée.

On comprend, dès lors, que la  »Convention nationale » tenue les 21 et 22 mai par la COPAM (Coordination des organisations patriotiques pour le Mali) pour désigner le chef des putschistes comme « président de la transition » était un non sens. Sa cérémonie de clôture, qui devrait être marquée par l’investiture en grande pompe du capitaine Sanogo, s’est avérée une dérision car boudée à la fois par l’intéressé lui-même et la plupart de ses souteneurs civils.

Il est vrai que l’agression contre Dioncounda Traoré (au FDR on préfère parler de « tentative d’assassinat ») est passée par là. Certains étaient de bonne foi pour faire conduire la transition par Sanogo. C’est de cette seule façon, croyaient-ils, que l’on peut remettre la démocratie malienne sur ses jambes, donner des chances égales à tous les partis et candidats en organisant des élections transparentes, justes et équitables. Mais quand il faut, pour y parvenir, passer sur les corps d’autres personnes, ils ne sont pas disposés à suivre.

La COPAM, qui n’a donc jamais été une foudre de guerre, car constituée de partis politiques lilliputiens, d’une centrale syndicale peu représentative et d’associations marginales, est en train de se désintégrer plus tôt que l’on ne le prévoyait. Il s’y ajoute que le gouvernement, sous la pression de l’opinion nationale qui a unanimement reprouvé le recours à la violence comme arme politique et celle de la CEDEAO qui a menacé de ressortir « les sanctions ciblées » a ordonné l’ouverture d’une enquête pour rechercher, identifier, juger et punir les personnes impliquées dans  »l’attentat contre Dioncounda ».

Voilà qui devrait clairsemer davantage les rangs du regroupement conjoncturel qu’est la COPAM et le rendre plus inoffensif.

Parallèlement à ce travail de restauration de l’ordre public et de sécurisation des institutions, qui vient d’être entrepris au grand soulagement des populations et qui doit être mené dans la rigueur, l’impartialité et le respect de la loi, le moment est venu pour les organes de la transition (Président, Premier ministre, gouvernement intérimaire et Assemblée nationale) de s’approprier pleinement et sans complexe les missions pour lesquelles ils ont été créés ou rétablis.

C’est la voie incontournable pour que le Mali renoue rapidement avec la normalité politique, se réconcilie avec ses partenaires africains et du reste du monde et mobilise toute son énergie et son savoir-faire pour recouvrer l’intégrité de son territoire national.

Saouti Labass HAIDARA

L’Indépendant du 28 Mai 2012