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Dans le traitement des grands dossiers internationaux, le Secrétaire général de l’ONU doit être rigoureux, impartial, au-dessus de tout soupçon. Tel n’a pas été le cas de Ban Ki – moon dans la gestion du dossier du Nord du Mali.

Après la double résolution qu’il a adoptée début octobre, l’une engageant le gouvernement de Bamako à ouvrir des négociations avec les groupes rebelles qui acceptent de se démarquer des terroristes, l’autre ouvrant la voie aux préparatifs d’une intervention militaire africaine, à défaut internationale, le Conseil de Sécurité a donné mandat au Secrétaire général de lui présenter un rapport qui lui serait utile pour sa prise de décision finale.

Ban Ki – moon sait l’aversion de l’Algérie pour toute présence militaire « étrangère » dans la bande sahélo-saharienne, y compris pour lutter contre le terrorisme. Elle n’en a jamais fait mystère et ce, bien avant que n’éclate l’actuelle crise au septentrion malien. Non seulement elle refuse de s’aventurer hors de ses frontières ( sa Constitution, semble-t-il, le lui interdit ) pour traquer les organisations criminelles transfrontalières quelles qu’elles soient, mais elle n’accepte pas non plus que des armées « étrangères » fassent le travail à sa place. Pour éviter, dit-elle, une « afghanisation » de la zone et le « désastrehumanitaire » qui pourraient en résulter.

C’est cette politique algérienne d’inertie, d’immobilisme, de condamnations verbales bruyantes jamais suivies d’actions concrètes sur le terrain, qui est à la base même de l’expansion du terrorisme, dont le point de départ est la même Algérie, dans le Sahel occidental.

Ban Ki – moon n’ignore pas ou ne devrait pas ignorer cet état de fait. Il n’en a pas moins désigné un Algérien, Saïd Djinit, pour être son représentant au Mali, en charge spécifiquement de ce dossier. C’est lui qui a rédigé le rapport déposé la semaine dernière par Ban Ki – moon auprès du Conseil de Sécurité et qui a suscité colère et réprobation de l’UA, de la CEDEAO, du président intérimaire du Mali, à cause des fortes réserves qui y sont mentionnées par rapport à une intervention militaire. Laquelle est reléguée en Septembre 2013, comme a eu à le révéler un autre proche collaborateur du Secrétaire général de l’ONU, Romano Prodi.

En somme, aux yeux des organisations africaines et des personnalités de haut rang ( Mamadou Issoufou du Niger, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire etc… ) Ban Ki-moon a commis le tort de s’être aligné, tête baissée, sur la position algérienne en ignorant superbement celle de ces organisations et personnalités. Son attitude est autant plus grave que l’exécutif onusien lui avait enjoint de « collaborer étroitement » avec l’UA et la CEDEAO pour la rédaction dudit rapport. Il ne s’est pas encombré de cette directive et ce manquement fait figure de forfaiture.

La démarche de la CEDEAO nous semble mieux se rapprocher de l’esprit de la double résolution du Conseil de Sécurité. Ouvrir des discussions entre Bamako et les groupes rebelles maliens ( MNLA et Ançar dine ) à condition qu’ils rompent tout lien avec AQMI et le MUJAO, tout en gardant le doigt en permanence sur la gâchette. Le médiateur Blaise Compaoré a réussi à faire asseoir les parties au conflit ( Mali, MNLA, Ançar dine ) autour d’une table, à faire accepter comme inaliénables et non négociables l’intégrité du territoire malien et la forme républicaine, démocratique et laïque de l’Etat du Mali. En plus, un cadre de concertation intra-malien sera mis en place où toutes les ethnies du nord et pas seulement les Touareg seront représentées.

C’est un pas en avant à saluer. Mais Alassane Ouattara a tenu à le souligner hier à Paris : « Les préparatifs de la guerre continuent ».

Saouti HAIDARA

Depuis Dakar

L’Indépendant du 6 Décembre 2012