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Les espoirs déçus, ses prétentions brisées, ses combattants dispersés entre Ançar dine et le MUJAO après avoir été chassés de toutes les localités qu’ils contrôlaient au nord du Mali, n’existant plus qu’au travers de ses représentants autoproclamés désormais condamnés à une errance vagabonde entre Nouakchott, Alger et , à une moindre échelle , Ouagadougou, le MNLA en est réduit à tendre la sébile pour quémander une paix qu’il avait superbement ignorée lorsqu’ ATT lui courait derrière pour la lui offrir sur un plateau d’argent . Finie la fanfaronnade!

Les exhibitions sur le plateau de France 24, les bravades sur les antennes de RFI ne sont plus de saison. Le discours triomphaliste, qui a salué la débâcle de l’armée nationale suivie de l’effondrement du septentrion, tel un gigantesque château de sable, a fait place à une litanie pleurnicharde : » Nous ne voulons plus de sécession mais l’autodétermination. Même dans une famille, un enfant a le droit à l’autodétermination. »

L’enfant MNLA se reconnaitrait-il enfin dans la famille malienne ? C’est ce que les gouvernants précédents se sont évertués à lui faire entendre, des années durant. En vain. Au dialogue fraternel sous la tente autour de la viande séchée, arrosée de thé à la menthe pour diagnostiquer les problèmes communs et y apporter des solutions communes, ces extrémistes que l’on disait irréductibles ont préféré le langage de la canonnière. Et, au bout du compte, la désespérance, une reddition humiliante.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le MNLA- nous l’avons toujours écrit dans ces colonnes- n’a jamais été une foudre de guerre. Un groupuscule composé de jeunes désœuvrés loqueteux qui espéraient qu’en prenant les armes contre la République, ils seraient intégrés dans les forces de l’ordre et de sécurité ou le tissu économique national comme de milliers d’autres avant eux, conformément à une tradition solidement ancrée dans la région de Kidal, la seule à dominance touareg au Mali. Alors qu’il se contentait, jusque-là, de vols de véhicules 4X4 appartenant aux ONG venues aider les populations en détresse, de pillages de convois forains et de trafics de drogue, activité la mieux partagée et, à l’occasion, l’enlèvements d’Occidentaux revendus à AQMI qui les négociait à son tour contre des millions d’euros, le mouvement s’est mis en tête qu’il pouvait arracher l’indépendance de »l’Azawad » ( pour l’ériger en zone de non droit propice à tous les crimes ) avec le retour des ex- combattants de Kadhafi. Ces hommes aguerris et leurs armes dites »sophistiquées » renforceraient leurs rangs, accroitraient leur capacité offensive pour précipiter la désagrégation du pays.

Faux calcul. Un nombre considérable de ces hommes (au moins 750) ont préféré intégré l’armée nationale avec leurs équipements. On connait la suite. Maintenant, en échange de »l’autodétermination » le MNLA veut se réconcilier avec le Mali, la CEDEAO et la communauté internationale pour vaincre les islamistes (ou plutôt prendre sa revanche sur eux) et chasser les terroristes d’AQMI. Il faudrait d’abord que l’on s’entende sur le bien -fondé, la légitimité de cette nouvelle revendication. Que l’on sache, jusqu’à l’instant précis où nous rédigeons ces lignes, aucune composante de la population du nord du Mali, y compris les Touaregs de la région de Kidal au sein desquels se recrutent majoritairement les activistes du MNLA, n’a exprimé le désir de »s’autodéterminer » pour quelque motif que ce soit. Cette population partage la même histoire millénaire que les autres populations du Mali. Elle n’est pas une population soumise aux rigueurs, aux exactions et aux vexations de forces venues d’ailleurs (sauf maintenant) Elle n’aspire pas à vivre différemment des autres Maliens auxquels elle s’imbrique par le sang et la culture.

Voilà qui enlève tout fondement sérieux, toute légitimité à »l’autodétermination » réclamée par le MNLA. S’y ajoute que ce groupuscule, qui ne représente rien dans son propre terreau originel, n’a aucune qualité pour demander quoi que ce soit au nom de la population du nord du Mali. Il a d’autant moins qualité à prendre part à des négociations de sortie de crise qu’il s’est rendu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité comme les rapports d’organisations de défense des droits de l’homme l’ont fait ressortir.

Pour finir, quel crédit accorder à des gens qui signent un document de paix aujourd’hui pour le brûler demain ? A coup sûr, le rapprochement souhaité par le MNLA avec le Mali, la CEDEAO et la communauté internationale n’a d’autre but que de lui permettre de reprendre pied dans le nord du Mali, de régler ses comptes avec ceux qui ont mis fin à son rêve de se tailler une » république de L’Azawad » et de réapparaitre, le moment venu, comme un acteur incontournable du Mali de l’après- crise.

Saouti L HAIDARA

L’Indépendant du 12 Octobre 2012