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L’arrestation par le haut de la hiérarchie militaire de trente soldats qui s’étaient mutinés, le 30 septembre, blessant par balle dans la foulée un officier supérieur, est le signe annonciateur de la fin d’une époque : celle du délitement de l’armée malienne qui a atteint son paroxysme en mars 2012, avec une débâcle humiliante face à l’ennemi. Laquelle a dérivé en une mutinerie qui a abouti elle-même à un coup d’Etat militaire aux effets désastreux.

Le président IBK est passé par là. Il a été plébiscité à l’issue de la présidentielle du 11 août avec un score frisant les 78% (nous sommes en mesure d’écrire que le score réel dépasse les 80%). Puis solennellement investi à la magistrature suprême en présence de toutes les institutions, de tous les corps constitués et surtout de toutes les familles politiques du Mali, signe de leur forte adhésion autour de son leadership.

Enfin il a été adoubé par la communauté internationale au cours d’une grandiose cérémonie de début de mandat marquée par la présence de 21 chefs d’Etat dont un Roi. On peut comprendre que le premier ministre de Alpha Oumar Konaré durant les années de braise (1994-2000) ait ressenti la deuxième mutinerie du camp Soundiata Keïta de Kati en l’espace de 17 mois comme « un acte honteux et un camouflet » pour le peuple, la République et la nation.

Parfaitement conscient d’avoir été élu par ses concitoyens à cause principalement de son aptitude avérée par le passé à rétablir l’ordre, l’autorité de l’Etat et la sécurité collective, IBK a lancé un véritable ultimatum aux chefs militaires : ou ils s’assument face au désordre ambiant dans la ville garnison qui tend à devenir une pétaudière (à moins que certains ne préfèrent y voir un foyer de rébellion incrusté au sud) ou il prendrait ses responsabilités pour honorer la confiance placée en lui par les Maliens de tous bords.

Le message est passé. Ceux des mutins qui n’ont pu fuir ont été cravatés et mis aux arrêts de rigueur en attendant d’être jugés et condamnés conformément à la loi militaire.

Des militaires arrêtés pour violation flagrante des textes régissant leur statut et traduits en Cour martiale pour répondre de leur acte, on n’avait pas vu cela depuis bien longtemps et ce n’est qu’un début.

La remise en ordre au sein d’une armée où la discipline (valeur cardinale et épine dorsale de l’institution militaire dans tous les pays organisés du monde) a cédé au chaos, a commencé. Elle passera inexorablement par une épuration : les vrais soldats, ceux venus sous le drapeau par amour du métier et par un réel désir de servir la patrie, y compris au prix de leur sang, seront maintenus, si besoin formés comme c’est le cas depuis un certain temps grâce à l’appui de nos amis européens. L’amélioration de leur ordinaire en fonction des ressources disponibles de l’Etat ne serait pas de trop.

Quant aux autres, les fils de hauts gradés recrutés pour perpétuer une situation de caste et voués à collectionner les galons et les privilèges qui s’y rattachent sans effort , ainsi que ceux qui n’ont atterri dans les casernes que faute de mieux, ils devront désormais choisir entre consentir à devenir des militaires valeureux, au service entier de leur pays ou laisser la place à d’autres plus motivés dans ce sens.

Cette nécessaire et urgente opération consistant à séparer la bonne graine de l’ivraie est le préalable à la reconstruction de l’armée malienne sur des bases républicaines et professionnelles annoncées par le candidat IBK au cours de la campagne électorale.

Le ton est donné. On attend la suite.

Saouti HAIDARA

07 Octobre 2013