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Le jeudi 2 Avril 2009, les délégués du personnel et les délégués syndicaux de MORILA-SA, en partenariat avec la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM), ont organisé une conférence de presse au siège de la CSTM, afin d’informer l’opinion natioinale de la malheureuse situation qui prévaut actuellement à MORILA-SA.

Au nombre des conférenciers, on notait, en plus du Secrétaire Général de la CSTM, M. Amadoun Amion Guindo, du côté de MORILA-SA : M. Alifa H. Koné et M. Ismaïl M. Doumbia, porte-parole délégué du personnel. Et côté SOMADEX : M. Drissa Samaké, Secrétaire Général et M. Mory Diakité, licencié.

Rappelons que depuis un certain temps, la Directeur de MORILA-SA et celle de la Société d’Exploitation du Mali (SOMADEX, une sous-traitante de MORILA-SA) procèdent à des licenciements abusifs de travailleurs, particulièrement les responsables syndicaux et les délégués du personnel. Ainsi, pour justifier ces licenciements, la Directeur avance le motif économique, tout en procédant à la suppression des postes.

Selon les responsables syndicaux et les délégués du personnel, à MORILA-SA, la Direction de la mine a décidé de mettre fin à la liberté d’expression des travailleurs, ainsi qu’à leur liberté d’association. Ainsi, toute réclamation de droit au nom du groupe ou à l’Inspection expose tout de suite à un licenciement.

Aujourd’hui, ils sont au total 9 délégués du personnel CSTM sur 12 (soit un taux de 75%), 9 délégués syndicaux CSTM sur 23 (soit un taux de 39,13%), et 6 membres du Comité d’hygiène et de sécurité sur 30 (soit un taux de 20%) à être licenciés.

Aux dires des conférenciers, le licenciement en cours n’a aucun motif économique, contrairement à ce qu’on tente de leur faire croire. Ce qui explique toute la violation de la procédure. Pour preuve, le prix de l’once d’or tutoie les 100 F, alors qu’à l’ouverture de la mine, il tournait autour de 300 F, ont justifié les conférenciers.

Lors de la première réunion avec les délégués, le Directeur a lui-même déclaré que si le prix ne descend pas en deça de 700 F l’exploitation n’est pas compromise. La suppression des différents postes ne se justifie donc point par l’intérêt de l’entreprise, ont poursuivi les conférenciers.

Par exemple, au sein du département de l’Environnement où le travail est censé s’accroître vers la fermeture de la mine, on vide ledit département de toute sa substance, du coordinateur de l’Environnement à l’échantillonneur, en passant par les conducteurs et manœuvres et même le Chargé des relations avec la communauté. Ce qui est ressenti comme une insulte faite à la communauté.

Ensuite, en ce qui concerne les chauffeurs, le nombre est tellement faible qu’on est obligé de faire régulièrement recours à ceux qui sont en congé ou au repos. Dans le département de la Santé, il ne restera que… personnes, incluant un manœuvre. Il n’y aura plus de matrone, ni d’éducation en santé communautaire sur le paludisme et le VIH-SIDA. Et pour qui connaît le milieu minier…

Aussi, les travailleurs sont aujourd’hui surendettés, simplement parce que la société leur avait donné l’assurance qu’ils resteraient jusqu’en 2013, ont déploré les conférenciers. C’est d’ailleurs cette information que la société a communiqué à la BNDA qui se trouve confrontée à des difficultés de recouvrement. Et de lever l’équivoque entretenue par le Directeur de MORILA-SA : ce n’est pas la mine qui ferme, mais c’est l’extraction qui s’arrête. Le minerai stocké sera traité jusqu’en 2013.

“Dans un premier temps, on a essayé de nous sortir, comme explication, la faible teneur du stock qui est sorti de la même carrière que celui déjà traité ”, ont informé les conférenciers avant de s’interroger : “Admettons que ce soit le cas. Qui doit donc assumer cette responsabilité de ne traiter que le minerai riche durant la période d’exonération ?”.


La mauvaise foi de MORILA-SA

Toujours selon les conférenciers, aucune solution alternative prévue au code du travail n’a été recherchée : au contraire, elles ont été évitées. Sinon, en réduisant les heures de travail à l’usine de 12 aux 8 réglementaires, on peut éviter le licenciement, même pour les travailleurs liés à l’extraction.

Dans ce dernier département, certains travailleurs cumulent mensuellement 300 heures supplémentaires, dont 24 heures de travail continu. Toute chose qui constitue un véritable danger pour la santé et la sécurité de l’entreprise.

A cela s’ajoute l’établissement unilatéral de la liste des personnes à licencier sans tenir compte d’aucun critère objectif, tel l’aptitude professionnelle et l’ancienneté…

Malgré la saisie du Tribunal du Travail qui est suspensive, aux termes de l’article L 40 du Code du travail, MORILA-SA n’a pas suspendu la procédure. Au contraire, elle a anticipé la notification officielle en remettant les lettres 20 jours à 2 mois avant la date du début du préavis.

Mieux, un invalide suite à un accident sur le site de MORILA, militant CSTM, ainsi que des travailleurs à deux ans de la retraite sont concernés, puisqu’ils ont suivi le dernier mot de grève de la CSTM. Il n’y a également aucune formation en vue de la réinsertion des travailleurs, alors que l’exploitation a commencé depuis 10 ans. Et aucune prime ou indemnité de reconversion n’est prévue.

Des réactions qui dénoncent

“L’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) a été boudée à la SOMADEX parce qu’elle ne répondait pas aux besoins des travailleurs. Mieux, elle était de connivence avec la direction de MORILA-SA. C’est pourquoi nous avons décidé d’ahérer à la CSTM…”, a fait savoir M. Mory Diakité de la SOMADEW.

Et le Secrétaire Général de la CSTM, M Amadoun Amion Guindo, d’ajouter : “En 2007, nous avons attiré l’attention des autorités sur le système d’esclavagisme qui se passe à MORILA-SA. Des travailleurs sont licenciés sur du faux, sans qu’aucune autorité ne réagisse. Paradoxalement, le Directeur National du Travail, Mamadou Diakité, informé de la situation, s’érige en avocat du diable en indiquant qu’avec la crise économique mondiale, on ne peut pas empêcher un employeur de licencier ses travailleurs. Mieux, il va jusqu’à adresser un rapport écrit au juge de Sikasso pour donner raison à MORILA“.

Notons que le procès entre les deux parties est prévu pour le lundi 6 Avril 2009 au Tribunal de Sikasso.


Moussa TOURE

03 Avril 2009