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Depuis quelques années, les relations se sont corsées entre les médias et les autorités étatiques des pays africains. Elles sont même devenues courantes ces derniers temps. Et pourtant, un mariage de raison devait lier ces deux acteurs incontournables pour la consolidation de toute démocratie en Afrique.

Un psychanalyste confirmé pourrait certainement nous livrer une analyse nettement plus rigoureuse que celle que nous exposons dans les quelques lignes suivantes. Notre intention et notre prétention ne sont nullement scientifiques, mais sans tomber dans de la psychologie de comptoir, nous tenons à partager avec les lecteurs cette réflexion sur un sujet pas anodin. Car il s’agit de dresser un portrait du ou plutôt de quelques aspects du comportement de certains chefs d’Etat à qui ont été livrées les clefs de nos différents pays.

Tout d’abord il est souvent tentant de qualifier de séniles la plupart de nos chefs d‘Etat. La sénilité pouvant être brièvement définie comme un affaiblissement des facultés physiques et mentales d’un individu lié à son âge, cela pourrait constituer comme une sorte d’excuse a priori aux actes aberrants, toujours de plus en plus graves de conséquences de notre sujet.

Difficile d’être journaliste en Afrique. Notre confrère Moussa Kaka, correspondant de Radio France internationale (RFI) à Niamey, l’a appris à ses dépens. Dans quelques jours et précisément le 20 septembre, il passera 1 an en prison, au motif que, dans l’exercice de ses fonctions de journaliste, il a pris contact avec des éléments de la rébellion touareg, un mouvement irrédentiste estimé mettre à mal l’unité du Niger et troubler le sommeil de ses dirigeants.

Qu’on se comprenne bien : le problème du gouvernement du Niger c’est bien la rébellion touareg et non Moussa Kaka. Car il ne faut pas se tromper d’objectif. Au milieu des tirs croisés des parties en conflit, le journaliste est un missionnaire.

On devrait plutôt l’accueillir, de part et d’autre, à bras ouverts, en tant qu’il porte les vues, les visions, les paroles, les besoins, les attentes, les exigences des uns et des autres. Il fait parler ceux qui ne se parlent plus. Il donne la parole à ceux qui ne s’adressent plus la parole. C’est en cela qu’il est tout à la fois pont et trait d’union, la préfiguration de la colombe de la paix. Alors pour ne pas avoir à commettre l’irréparable, en tirant sur la colombe de la paix, c’est immédiatement qu’il convient de l’extraire de sa cage. Moussa Kaka doit être libéré sans délai.

L’arrestation et le maintien en prison de Moussa Kaka sont ainsi à mettre au compte d’un coup de colère, d’une subite décharge d’adrénaline face à des actes professionnels d’un journaliste à la quête de la vérité et qui, respectueux du droit du public de s’informer et d’être informé, se trouve dans l’obligation éthique et déontologique de ne négliger aucune source, d’explorer toutes les pistes, de dîner, s’il le faut, avec le diable.

Une rébellion ne peut être que préoccupante pour les autorités politiques d’un pays.

Le Niger, à travers ses dirigeants, occupé à gérer une crise interne grave, est assurément sur des charbons ardents. Mais a-t-il le droit pour autant de se mettre dans la posture du Père fouettard aux yeux de qui ne trouve plus grâce le journaliste notamment ?

Un gouvernement peut ne pas nécessairement comprendre ces exigences professionnelles, tout comme il peut ne pas accéder à l’idée qu’un journaliste en mission d’information est finalement l’envoyé spécial, le correspondant de toutes les parties en situation. Du reste, le mot média vient du latin medium, qui signifie milieu. Avec les rébellions touaregs, le gouvernement du Niger a certainement un problème à résoudre. Un problème grave dont personne ne peut ignorer la charge déstabilisatrice, dans un pays sahélien aux ressources limitées, un pays enclavé qui plus est et qui a déjà fort à faire pour assurer son quotidien.

Le gouvernement du Niger, pour résoudre au mieux le problème de la rébellion touareg, n’a pas besoin de museler la presse, de la réduire au silence, de lui imposer des méthodes de travail qui ne sont pas les siennes.

Gnimadi Destin

17 Septembre 2008