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Un jour : le 26 mars 1991. Le peuple malien comme un seul homme venait de démettre un régime qui, en deux décennies, s’est énergiquement montré contre toute promotion des libertés publiques.

Au nombre des revendications pour l’aboutissement desquelles les maliens ont payé de leur sang, figurent la reconnaissance de la liberté d’opinion, d’expression, la liberté de la presse…

Après ses deux mandats à la tête du Mali, Alpha Oumar Konaré, Président actuel de la Commission de l’Union Africaine, a toujours su , malgré certains cas de dérapages congénitalement liés à la profession même du journalisme, se garder de verser dans certaines attitudes compromettant cette liberté chèrement conquise.

Arrivé aux affaires depuis juin 2002 par voie des urnes, le président Amadou Toumani Touré verra t-il cette liberté de la presse s’effriter sous son règne ?

La question mérite d’être posée. Ceci d’autant plus que certaines pratiques qu’on croit définitivement bannies au Mali commencent à refaire surface.

C’est précisément le cas de l’enlèvement, de la séquestration et des agressions physiques contre des journalistes.

Après le cas Dragon dont les fautifs n’ont jamais été découverts, ce fut dernièrement le tour de deux autres confrères en mission qui feront les frais de la brutalité des forces de sécurité.

Il s’agit de Dabo de l’Observateur puis après celui de Daba Balla Kéïta du quotidien Nouvel Horizon. Ces agissements gravissimes pour la liberté (encore fragile), malgré la tentative de certains politiciens d’en faire une des beautés de la démocratie malienne, prouvent à suffisance qu’ici comme ailleurs la liberté d’opinion est une quête permanente.

Comme si ces cas n’étaient déjà pas de trop, les journalistes qui croient devoir tirer la sonnette d’alarme sur la menace de leur profession se sont vu interdire le sit-in qu’ils ont initié, hier mardi, sous la houlette de l’organisation des jeunes reporters.

La manifestation dont les mots forts étaient entre autres « non aux agressions physiques et à l’intimidation« , « journalistes agressés, la liste s’allonge« , « à chacun son job, nous refusons d’être aux ordres... » a été empêché par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Sadio Gassama qui a très tôt déployé un bataillon de policiers munis de matraques, de gaz lacrymogène, de fusils.

Aux ordres, ceux-ci ont empêché les marcheurs (pacifiques) de s’approcher du département pour remettre leur déclaration au Colonel Sadio Gassama.

Ce dernier aux dires de son chargé de communication n’est pas prêt à recevoir les marcheurs car, dit-il, ceux-ci n’ont pas au préalable obtenu de la mairie de la Commune III l’autorisation qui leur donnerait droit à manifester.

Toujours est-il que les accès au ministère ont été hermétiquement verrouillés aux marcheurs qui ont hué un bon moment les forces de sécurité avant de se disperser.

Cette autre attitude liberticide du ministre de la Sécurité intervient, faut-il le signaler, à la veille du 3 mai, journée internationale de la liberté de la presse.

Malheureusement, cette commémoration intervient dans un contexte où le Mali, pourtant cité en exemple en matière de liberté de la presse, enregistre des bavures émanant de certains porteurs d’uniforme qui s’en prennent impunément aux journalistes.

Il s’agit là d’une situation manifestement rétrograde pour la balbutiante démocrate malienne. Que cela arrive du temps d’un ATT, artisan de ce changement, autorise à croire, tout comme l’autre, qu’en la matière rien n’est définitivement acquis.

Sinon que tout est sujet à une remise en question et souvent de la part de ceux-là dont on s’y attend le moins.

Dans des propos qu’il a livré juste après, Kassim Traoré, secrétaire général de l’organisation des jeunes reporters du Mali a fait cas de toute son inquiétude quant à l’avenir de la liberté de la presse au Mali.

Tout en se disant déterminé à poursuivre l’action, M. Traoré s’est dit surpris de l’argument utilisé par le ministre de la Sécurité à qui, pourtant, une lettre avait été envoyé dans les formes requises.

C’est donc sous ces notes sombres que le Mali s’apprête à commémorer la journée internationale de la liberté de la presse, mais… quelle liberté de la presse ?

Oumar Diamoye

03 mai 2006.