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Loin de nous l’idée de défendre l’indéfendable, ou de cautionner l’incivisme, encore moins vouloir voire nos principales voies et artères obstruer de façon anarchique par des étalagistes et autres marchands à la sauvette. Cela est d’autant plus vrai que les nouvelles mesures initiées par les autorités du district, en vue de donner à Bamako sa lueur d’antan, sont tout autant salutaires. Elles méritent le soutien et l’adhésion de tous d’ailleurs.

Mais, autant il est nécessaire, voire impérieux d’assainir Bamako, autant toute action allant dans ce sens doit se faire avec tact et habilité. Cela veut dire qu’il faut accentuer la sensibilisation et l’information. Cela veut aussi dire qu’il faut, au préalable, trouver les moyens de s’attaquer aux racines du mal en posant des questions aussi simples telles que :

Pourquoi tous ces étalagistes, ces garagistes, ces vendeurs d’essence et autres marchands de friperie, ont pris quartier dans nos rues et ruelles? Pourquoi trouvent-ils légitime de faire résistance aux autorités locales, voire districales? Quelles autres alternatives proposent-t-on à ces gens qui ne cherchent en réalité, qu’à subvenir aux besoins de leurs familles?

Ces questions s’imposent, car il est connu de tous que ces marchands qui occupent les domaines publics les occupent parce que les autorités locales les y ont autorisé. Tous détiennent des autorisations d’installation dites provisoires délivrés par les maires. Autant ces autorisations sont annuellement renouvelées moyennant des gros sous, autant les intéressés payent des taxes et autres impôts aux collectivités et aux services déconcentrés des impôts. Et par ces actes, ils s’estiment en droit d’exercer leur commerce.

Les déguerpir sans leur donner la garantie de pouvoir continuer à exercer leurs activités devient, à leurs yeux, une injustice. N’empêche que ceci ne leur dédouane point de l’illégalité de la situation dans laquelle ils se trouvent, d’autant plus que les communes du district disposent de peu d’espace libre par ces temps qui courent. Où la spéculation foncière ne semble plus être un délit. Et du moment où leur commerce, aussi prolifique qu’il peut l’être, commence à nuire les citoyens, un dépôt d’essence anarchique peut exploser à tout moment, les ignorer serait faire preuve de laxisme, voire de fuite de responsabilité.

D’accord donc avec la libération des domaines publics, mais cela doit se faire sans violence et sans entrave aux intéressés et à leurs biens. Là-dessus, le gouverneur du district Ibrahima Féfé Koné est lui-même d’accord, et en fait même le sens de sa visite de terrain effectuée avant en Commune I, II et V du district de Bamako.

Seulement voilà, le paradoxe est que les propos du gouverneur ne collent en rien aux images de la visite diffusées sur l’ORTM. Sur ces images, on aura vu les forces de l’ordre détruire les hangars, briser des bouteilles d’essence et emporter les carburants, au grand dam des vendeurs d’essence. Les genres d’actions ne peuvent qu’aboutir à des situations explosives sur fond de tension sociale, toute chose dont le Mali n’a pas besoin aujourd’hui.

D’accord avec la libération des voies publiques, d’accord qu’on détruise les hangars et qu’on brise les bouteilles d’essence, mais, de grâce, qu’on laisse les produits et les marchandises à leurs propriétaires avec conjonction de ne plus revenir. Seuls les calcitrants pourront alors être châtiés, amendés, voire emprisonnés. Car, appliquer la loi, c’est tout cela à la fois.

Mais compte tenu de l’actuelle tension sociale, due à la chèrete de la vie, à la baisse du pouvoir d’achats des Maliens, il faut nécessairement passer par le dialogue, la sensibilisation, la méthode douce, et cela, pendant le temps qu’il faudra, avant de sévir. Le moment est mal choisi, tout comme il y a plus urgent à faire. Comme l’opérationnalisation des feux de signalisation, qui aurait pu être effective si l’on s’en tient à certains propos tenus par le gouverneur Féfé Koné en février dernier.

Peut-être qu’il a été trompé par le ministre de l’Equipement et des transports, Ahmed Diane Séméga, qui tient les mêmes propos depuis quelques temps, sans qu’on voit quelque chose de concret. Il vient de faire la même promesse en début de semaine.

Espérons que cette fois soit la bonne, pour donner enfin du crédit aux propos du gouverneur selon lesquels les feux tricolores auraient pu être opérationnels courant février.

Adama S. DIALLO

03 Avril 2008.