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Les différentes décisions prises ces derniers jours illustrent la forte volonté de la Communauté internationale à nous aider à reconquérir les régions occupées.

Les bonnes nouvelles se suivent sur le plan diplomatique. Après l’adoption par Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution en faveur d’une intervention militaire internationale dans le nord de notre pays, le 12 octobre, la Communauté internationale était mobilisée à Bamako, une semaine plus tard au sein du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali.

L’une des dernières initiatives en date est la décision de l’Union africaine de réintégrer notre pays en son sein, après nous en avoir suspendu en raison d’un coup d’Etat militaire du 22 mars dernier. La décision a été prise mercredi à l’occasion d’une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine décide de lever la suspension de la participation du Mali aux activités de l’UA », a annoncé à la presse le commissaire de l’Union à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra, à l’issue d’une réunion à Addis Abeba, siège de l’organisation continentale.

L’UA a également approuvé un plan en vue de la restauration de l’autorité de l’Etat dans le Nord du pays, et a appelé à la convocation d’élections dans notre pays au premier trimestre 2013. Ce plan d’action qui va être soumis au Conseil de sécurité de l’ONU, demande « l’organisation d’élections libres, équitables et transparentes au cours du premier trimestre de l’an prochain », a précisé Ramatane Lamamra.

L’UA appelle également les autorités à mettre en place « aussi vite que possible » la structure nationale envisagée afin de négocier avec ceux des groupes armés qui sont prêts au dialogue pour trouver une solution politique à la crise « sur la base d’un strict respect de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du Mali ».

Retour en grâce

L’organisation panafricaine appelle également à « une finalisation rapide de la préparation conjointe d’une force internationale, menée par l’Afrique, pour répondre à la demande du Mali en vue de reprendre le contrôle des territoires occupés du Nord ».

Il faut toujours rappeler qu’une force armée de quelque 3 000 hommes venant de pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) est en préparation, avec l’aval de l’ONU, pour reconquérir le nord aux mains d’envahisseurs brutaux.

Il convient aussi de rappeler que les participants à la réunion il y a une dizaine de jours, du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali, avaient déjà estimé dans une déclaration finale que leur réunion avait « symboliquement marqué la réintégration du Mali dans la diplomatie multilatérale » au sein de la communauté internationale. Ces représentants, dont ceux de l’UA, avaient également appelé à des élections début 2013.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, compétent pour les décisions de suspension d’Etat membre, avait pris une décision en ce sens à l’encontre de notre pays, dès le lendemain du coup d’Etat du 22 mars, en précisant alors qu’elle resterait valable « jusqu’au rétablissement effectif de l’ordre constitutionnel ».

La réintégration de notre pays au sein de l’organisation continentale illustre sans doute la volonté de nos partenaires d’associer pleinement le pays à la préparation d’une force militaire internationale pour reconquérir le Nord occupé par des islamistes armés.

Ce retour en grâce est d’autant plus réconfortant qu’il reste peu de temps à la CEDEAO et à l’UA pour répondre au Conseil de sécurité de l’ONU qui, le 12 octobre, leur a donné 45 jours pour préciser leurs plans avant un feu vert définitif à l’intervention militaire internationale. Avant l’échéance, un intense ballet diplomatique entre partenaires internationaux est mené, incluant l’Algérie voisine et puissance militaire régionale jugée incontournable dans la résolution de la crise.

La secrétaire d’Etat américaine Mme Hillary Clinton sera justement à Alger à partir de demain, avant une visite en décembre du président français François Hollande. Hillary Clinton discutera avec l’Algérie d’une éventuelle intervention militaire africaine dans le Nord, a indiqué jeudi la diplomatie américaine. « Le Mali est l’un des sujets que la secrétaire d’Etat souhaite aborder avec les responsables algériens, ainsi que la question générale d’Aqmi », a déclaré Victoria Nuland, porte-parole du département d’Etat, qui avait annoncé mercredi des entretiens demain en Algérie entre Mme Clinton et le président Abdelaziz Bouteflika.

Les différentes décisions prises ces derniers jours illustrent la forte volonté de la Communauté internationale à reconquérir les régions occupées

Infléchissement de position.

Citant des « informations de presse d’aujourd’hui (jeudi) », la porte-parole du département d’Etat avait indiqué que le « gouvernement algérien semblait plus ouvert pour soutenir une force de la Cédéao ». « Nous espérons poursuivre cette discussion quand nous serons là-bas », avait dit Mme Victoria Nuland. Pressés par le temps qui profite aux jihadistes et par les échéances onusiennes, la France et les Etats-Unis multiplient les efforts pour arracher le soutien de l’Algérie à une intervention militaire africaine au Mali, condition du succès de l’opération, selon les experts. Pour Paris comme pour Washington, l’Algérie est « incontournable » dans le règlement de la crise.

Dotée d’une armée puissante, elle dispose de renseignements et d’une expertise indéniable en contre-terrorisme pour avoir combattu pendant dix ans le Groupe islamique armé (GIA) dont Aqmi est une émanation, et d’une influence auprès des Touareg pour avoir plusieurs fois facilité des pourparlers entre l’Etat et les différentes rébellions.

Initialement hostile à une intervention militaire internationale dans notre pays avec lequel elle partage près de 1.400 km de frontière, l’Algérie, qui craint une « déstabilisation » de son territoire où vivent 50.000 Touareg, a récemment infléchi sa position.

Tout en privilégiant la négociation, Alger n’exclut plus le principe d’une opération armée, sans pour autant envisager d’y participer. « Une intervention au nord du Mali est possible sans le soutien militaire de l’Algérie, mais pas sans son accord », résume Pierre Boilley, directeur du Centre des études des mondes africains (CEMAF), interrogé par nos confrères de l’Agence France Presse (AFP).

« L’Algérie a les moyens de faire échouer toute intervention en ne bloquant pas hermétiquement ses frontières », renchérit Alain Antil, chercheur à l’Institut français des Relations internationales (Ifri). « Il est indispensable que le verrou algérien fonctionne afin que les groupes armés ne puissent pas remonter vers le nord », précise Jean-Charles Brisard, expert en terrorisme, pour qui « le plus grand risque de cette opération, c’est l’enlisement ».

« L’Algérie a comme tous les autres voisins du Mali un rôle très important à jouer », déclarait jeudi le sous-secrétaire adjoint américain aux Affaires africaines, Michael Pelletier. « Les Algériens sont en train d’essayer de régler tout cela dans leurs propres intérêts et dans les intérêts de la région », ajoutait-il, précisant que le rôle que chacun va jouer selon ses expertises est encore à discuter ».

Une participation militaire algérienne reste peu probable. « Après avoir réussi à déporter le risque terroriste, l’Algérie ne veut pas devenir la cible principale de ces mouvements », juge Charles Brisard.

Depuis plusieurs semaines, Alger tente d’obtenir des irrédentistes touareg d’Ansar Dine qu’ils condamnent le terrorisme et rompent avec Aqmi.

« Alger a récemment fait venir une forte délégation d’Ansar Dine pour discuter », dit Pierre Boilley, en faisant état d’un « rapprochement » entre ce groupe islamiste armé et les touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

« Beaucoup de pays de la région, comme l’Algérie, et de nombreux analystes pensent que les négociations sont possibles avec Ansar Dine. Nous verrons », a déclaré à l’hebdomadaire Jeune Afrique l’émissaire français pour le Sahel, Jean Félix-Paganon. Non sans considérer qu’Ansar Dine, responsable de la destruction des mausolées de Tombouctou, de flagellations, mutilations et d’une lapidation à mort, a le comportement d’un groupe totalement lié aux terroristes d’Aqmi ».

(Synthèse : B. M. SISSOKO)

29 Octobre 2012

Essor