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Pendant que l’opération Serval se poursuit avec succès, le Mnla s’impose de plus en plus aux côtés de la force africaine et, surtout, de l’armée française qui la protège contre ses victimes. Et qui semble vouloir la soustraire des poursuites engagées contre ses responsables accusés des pires exactions.

Un camp du Mnla (Mouvement national de libération de l’Azawad) a été attaqué hier dimanche à In Khalil, au nord de Tessalit, à quelques kilomètres de la frontière algérienne. Si les combats ont duré pratiquement toute la journée, le bilan officiel n’est pas encore connu. Selon certains responsables du Mnla, cette attaque est imputable au Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest), un groupe islamo-terroriste qui avait chassé les indépendantistes de la région de Gao, en juin-juillet 2012. Vingt-quatre heures plus tôt, dans le même secteur, le Mnla avait enregistré plusieurs morts et blessés à la suite d’un attentat suicide (véhicule piégé) revendiqué par le Mujao. Mais si les moudjahidines n’ont pas revendiqué l’attentat de dimanche, d’autres l’ont fait. Il s’agit du Maa (Mouvement arabe de l’Azawad), un groupe armé qui s’est constitué il y a juste quelques mois.

Pour se justifier, ils ont déclaré avoir agi en représailles contre les Touareg coupables d’exactions à l’encontre de leur communauté. Selon eux, des Arabes ont été spoliés de leurs biens, dont des véhicules, par des éléments du Mnla. Une théorie fort plausible quand on sait que le mouvement indépendantiste avait beaucoup perdu dans ses affrontements avec les groupes armés islamistes d’où de tels actes de banditisme pour se rééquiper afin de pouvoir revenir dans le jeu. Surtout que le Mnla est en train d’enregistrer l’adhésion de nouveaux combattants. Notamment les éléments qui avaient déserté ses rangs pour rejoindre le groupe terroriste Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghaly. Depuis que ceux-ci ont compris que l’opération Serval de la France, l’opération Badenko de l’armée malienne et la Misma sont déterminés à en découdre avec les groupes islamistes armés, ils se sont empressés de quitter Ansar Eddine, Aqmi et Mujao pour se mettre sous la protection du Mnla. Un choix judicieux.

Il n’est plus un secret pour personne que la France de Sarkozy, «conseillée» par quelques chefs d’Etat de la bande sahélo saharienne, avait voulu faire des indépendantistes leur cheval de bataille contre les groupes terroristes qui détiennent des otages français dans le Sahel malien. Que la France de Sarkozy n’avait rien contre l’indépendance de l’Azawad à condition que ses otages soient libérés, mais surtout à condition qu’elle ait une main mise totale et un contrôle complet sur le nord du Mali. L’opération a échoué lorsque les indépendantistes se sont alliés avec les islamistes pour devenir à leur tour des terroristes, mais surtout lorsqu’ils ont été chassés du nord par leurs alliés islamistes auxquels ils ont voulu imposer la laïcité et la sécession. Elu à la place de Sarkozy, le nouveau président français, François Hollande, qui a gardé dans son entourage la plupart des conseillers de Sarkozy en ce qui concerne le Sahel, va également succomber au charme du puissant lobby touareg en Occident.

Même après avoir échoué à imposer aux autorités maliennes des négociations avec le Mnla, afin que celui-ci participe à la guerre de libération du nord malien, les autorités françaises n’ont pas renoncé à leur projet. Surtout qu’entre temps, le Mnla a déclaré, d’abord, renoncer à toute action terroriste et à toute action contre l’armée malienne, ensuite, à leur prétention indépendantiste.

La preuve de la connivence entre la France et les terroristes du Mnla a été donnée lorsque les militaires français sont entrés seuls dans la ville de Kidal interdite aux militaires maliens. Après les protestations des populations maliennes, notamment celles du nord, foncièrement hostiles aux éléments du Mnla, les Français ont affirmé n’y être pour rien et que leur mission se bornait à sécuriser l’aéroport de Kidal. Une autre preuve vient d’être donnée, hier, lorsque l’armée française a bombardé la colonne des assaillants qui avaient mis à mal les indépendantistes à In Khalil. Preuve que le Mnla, qui ne s’en cache pas, d’ailleurs, est sous la protection de la France. Et peut continuer à narguer les populations du nord et à défier l’armée malienne.
Une énième preuve est donnée par la suite réservée par la France aux mandats d’arrêt internationaux délivrés par la justice malienne à l’encontre des responsables de certains groupes terroristes dont le Mnla (Bilal Ag Acherif, Mohamed Djeri, Mohamed Ag Najim, Hamma Ag Mossa, Deity Ag Sidimou, Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, Iglass Ag Oufen, Baye Ag Dicknane, Moussa Ag Assarid, Abdallah Ag Albakaye, Mahdi Ag Bohada, tous des responsables du mouvement indépendantiste).

Mais si le Mali a demandé, depuis le 07 février, à ses «amis et alliés» d’arrêter et d’extrader ces individus, ceux-ci continuent toujours à se la couler douce, et à multiplier les déclarations publiques notamment à Paris, Genève, Nouakchott, …En sachant également que la justice internationale également pourrait être à leurs trousses, ils n’en ont cure. Comme s’ils se disaient que les décisions de la Cour pénale internationale dépendaient de la seule volonté des puissances occidentales.

Or, on sait que celles-ci ne se battent que pour leurs seuls intérêts. Y compris quand elles s’aventurent dans des opérations Epervier, Serval, Panthère, Tempête du désert, etc. Ou quand elles s’activent pour imposer aux autorités une mission onusienne de maintien de la paix dans le nord et d’interposition entre le Mali et l’Azawad, apparemment deux Etats différents.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 25 Février 2013