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«C’est dans l’épreuve que l’on reconnait ses vrais amis ». Notre pays a eu l’opportunité de vérifier la pertinence de cette maxime intemporelle, lors du dernier acte d’agression inqualifiable des terroristes à Konna dans la région de Mopti.

C’est le lieu de féliciter nos braves combattants qui ont résisté vaillamment à cette barbarie des narcotrafiquants usant de la méthode lâche de la guérilla en se confondant aux civils pour opérer, et exécuter leur sale besogne.

La sensibilisation et l’éveil de conscience des populations :

Pour mémoire, nous écrivions dans l’une de nos contributions que le Mali n’a pas le droit de cracher sur aucune aide qui puisse l’aider à combattre les terroristes, et que nos concitoyens qui tentent de surfer sur les vagues d’un chauvinisme béat, pour rejeter l’aide extérieure, devraient arrêter les calculs politiciens et sortir des schémas tortueux. Cette constance est plus que jamais d’actualité, il revient aux autorités de sensibiliser par une vaste campagne de communication les populations dont une large frange, il est vrai, se laisse facilement instrumentaliser, par faiblesse d’esprit, par naïveté et / ou par ignorance, par les marchands d’illusions.

Cette noble mission d’éveil de conscience et de sensibilisation incombe également à la majorité silencieuse de citoyens avertis, mais malheureusement frileux ou indifférents au calvaire du pays, sinon comment comprendre leur silence assourdissant pendant que le pays brûle; nous ne pouvons nous empêcher de rappeler cette citation de F. Giroux « l’indifférence est une infirmité du cœur et de l’esprit ». Nous rappelons que l’engagement est un devoir de l’intellectuel, du citoyen tout court car nous sommes tous attachés et rattachés au Mali par ce lien juridique qu’est la Nationalité, nul ne peut nous dénier le droit de contribuer à l’édification d’un Mali Un, Indivisible et Prospère.

L’engagement citoyen, un devoir intellectuel :

Mieux, nous nous acquittons convenablement de nos impôts et autres obligations citoyennes servant à faire face aux charges de fonctionnement de l’Etat et des collectivités publiques, notamment à acquérir des armes pour ceux de nos concitoyens qui ont opté pour le métier des armes, et ont fait le serment de défendre la patrie et les citoyens au prix de leur sang ; qu’ils trouvent là la reconnaissance de la patrie tout entière pour le respect de cet engagement solennel et vital.

Les exigences de la realpolitik et le devoir de reconnaissance des nations :

Parlant de la realpolitik, elle nous commande de solliciter toute aide et/ou assistance de la communauté internationale à chaque fois que cela est nécessaire, il n’y a aucune honte en cela. Cette requête ne saurait être réductrice pour notre armée laquelle, au sommet de sa forme, a eu à prêter main forte à beaucoup de nations confrontées à des crises similaires.

L’histoire nous enseigne que le Mali a fourni un important contingent de tirailleurs Sénégalais qui ont aidé la France, en son temps, à sortir de situations inextricables ; nos troupes servent, avec brio, sur beaucoup d’autres théâtres de conflit, sous les couleurs de l’Onu.

Si la France de F. Hollande vient en aide au Mali, par devoir de reconnaissance et grâce à la perspicacité de son président, il en va autrement de l’Algérie qui ne semble pas se préoccuper, outre mesure, de notre sort, même si l’histoire retient que ce pays a bénéficié de l’assistance précieuse – dans sa guerre de libération – du Mali, sous la première République du Président Modibo Kéita ; en tout état de cause, Dieu nous le rendra. Le comble est que l’actuel président de l’Algérie Abdelaziz Bouteflika fut un témoin vivant privilégié de cette aide malienne, puisqu’il a personnellement bénéficié de la légendaire hospitalité malienne à laquelle, il doit certainement sa survie.

Par ailleurs, tout récemment, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la Centrafrique ont tous bénéficié de l’appui de la France pour juguler leur situation de crise.

C’est dire que ce retour de l’ascenseur de la part de la France n’est que justice pour une Afrique qui a sauvé, à un certain moment de l’histoire, soit par ses matières premières abondantes – exploitation ou coopération continuant du reste -, soit par ses vaillants Guerriers, l’Occident.

A l’instar de la France, les Etats Unis d’Amérique ne doivent-ils pas leur prestige et leur hégémonie à la traite négrière, l’histoire de nos aïeuls, ayant sué le sang pour faire du continent américain ce qu’il est aujourd’hui, est assez évocateur à ce sujet.

Au-delà de la France, nous tenons à remercier tous les pays amis qui n’ont pas hésité à mettre à la disposition de nos vaillants combattants une aide multiforme.

En définitive, c’est avec fierté que nous accueillons l’assistance complémentaire de la communauté internationale ; toute autre grille de lecture n’intégrant pas cette approche politico-historique ne peut qu’être erronée, en déphasage total avec les réalités de la mondialisation.

Les Maliens devraient sortir des schémas tortueux :

Maintenant, il est temps que les Maliennes et les Maliens arrêtent de tirer des plans sur la comète pour des ambitions personnelles.

Ceux d’entre nous croyant pouvoir cacher leur jeu se trompent car la politique de l’autruche, des malices, du mensonge, de la démagogie, de la roublardise a toujours fait long feu ; les exemples sont légion en Afrique et dans le monde (L. Gbagbo, M. Kadhafi, A. T. Touré etc.) ; nous avions prévenu, dans une contribution, un ancien Premier ministre de notre pays que tous ceux qui se sont essayés à privilégier d’autres agendas que le Mali par le jeu des manœuvres pernicieuses, des stratagèmes politiques, du clanisme, de la coterie en pensant placer des « affidés » à des postes dits stratégiques, se sont brûlés les ailes.

Le président déchu ATT était souvent surnommé « le Maradona de la politique », en réalité, il n’en était rien, il ne faisait qu’exploiter l’opportunisme, le goût immodéré pour le gain facile, le manque de courage et la boulimie de nombre de Maliens ; le langage de la vérité ne lui était pas tenu soit par crainte, soit par fayotage. Les conseillers et autres collaborateurs supposés qualifiés dans leurs domaines de compétence respectifs, au lieu de prodiguer des conseils avisés au souverain, se contentent d’enregistrer des instructions et autres desiderata – ne servant souvent ni le Chef, ni le pays -, opérant du coup une inversion de rôles ; le Conseiller se contente des hochements de tête et avale des couleuvres, le souverain s’enferme dans une tour d’ivoire, persiste dans l’erreur et finit par sombrer dans ses propres contradictions!

Malheureusement, lorsque l’on se trouve en bonne posture, l’on pense que cela n’arrive qu’aux autres !

Quiconque veut se mettre à l’abri d’une telle fin de règne, devrait sortir des petits calculs, et faire face aux vraies préoccupations du peuple, à savoir la bonne gouvernance assurée par les ressources humaines de qualité ; la course effrénée pour l’argent facile, sur la misère du peuple, finit toujours par emporter ceux qui s’y adonnent.

Les vœux pour un Mali un, indivisible et prospère :

Pour finir, nous formulons des vœux de bonne et heureuse année 2013 à l’ensemble du peuple malien qui ne mérite pas le triste sort qu’il subit en ce moment, et qui s’en sortira à brève échéance, nous en sommes convaincus. Nous prions pour l’apaisement des cœurs et des esprits des Maliens dans un sursaut patriotique pour le salut de notre patrie. Puisse Dieu inspirer nos dirigeants et acteurs des forces vives de la nation à tirer tout enseignement utile des échecs du passé. Puisse Dieu remplacer la soif du pouvoir par l’idéal de changement – dans l’intérêt supérieur du Mali – dans le cœur de tous ceux qui prétendent au pouvoir.

Puisse Dieu nous aider à recouvrer définitivement l’intégrité territoriale de notre pays.

Dieu bénisse le Mali !

Aguibou Bouaré

Conseiller Juridique

Tél. 66 91 80 70

Les Echos du 17 Janvier 2013