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L’opération de déguerpissement de l’avenue « Martin Luther King », en Commune V, a permis la libération des trottoirs. Des occupants des abords immédiats de l’axe (propriétaires de kiosques, vendeuses, étalagistes, magasins, points de ventes de carburants… bref tous les débrouillards à la recherche du pain quotidien) ont été déguerpis sans ménagement.

Des propriétaires de commerce qui avaient érigé des hangars pour se protéger du soleil, de la pluie… ont été sommés de démonter leurs installations ou à défaut de faire un toit sans support (accroché directement au mur du magasin). Les radicaux qui ne voulaient pas obtempérer ont vu leurs kiosques démolis avec tout le contenu par un bulldozer appuyé par des éléments des forces de l’ordre. Ceci a fini par se transformer en une bataille rangée entre les forces de l’ordre et des jeunes du quartier.
Si l’opération, selon le maire Fané, s’inscrit dans le cadre de la libéralisation des trottoirs et abords des marchés, prônée par le gouverneur du district, il n’en demeure pas moins qu’elle a laissé beaucoup de citoyens sur leur faim. Beaucoup pensent qu’elle n’a pas été faite dans les règles de l’art.

En parcourant l’avenue à partir de Torokorobougou, jusqu’au niveau du lycée Massa Makan Diabaté, à Baco-Djicoroni, on se rend compte que ce que les gens affirment n’est que pure vérité. Des hangars que cette même mairie a démolis devant certains magasins restent toujours visibles en des endroits. Il s’agit notamment des ateliers de couture, boulangeries, pâtisseries, quincailleries. Les cas les plus flagrants et frappants sont ceux de la boulangerie-pâtisserie « Madougou » (Baco-Djicoroni), du salon de couture « Yaressy Couture » (Torokobougou) où sont érigés des hangars qui occupent une bonne partie du trottoir avec des terrasses aménagés. Ces espaces appartiendraient à des commerçants qui n’hésitent pas à mettre la main à la poche en pareille circonstance, apprend-on. La pâtisserie « Madougou » serait la propriété d’un transitaire qui aurait ses entrées à la mairie.

Incompréhensions et colère

« Nous ne comprenons pas l’attitude du maire de la Commune V, Demba Fané et son équipe, qui ont fait déguerpir des gens à leur bon vouloir. Sinon comment comprendre qu’on fasse dégager les hangars des uns et laisser ceux des autres. Ils ne sont pas plus Maliens que nous. La mesure doit être appliquée à tous les occupants. Nous attendons qu’ils le fassent aussi, faute de quoi nous nous assumerons », protestent des propriétaires d’établissements qui demandent l’implication du gouverneur du district de Bamako, initiateur de l’opération.
A la mairie, l’on se réjouit de la réussite de la libération des voies. La manière importe peu, selon un conseiller municipal. « Ils savaient qu’ils étaient dans l’illégalité. Malgré nos sensibilisations, nos communiqués, ils sont restés et nous ne pouvons qu’appliquer les textes », se défend un élu, qui a requis l’anonymat. « Vous savez, on a toujours quelque chose à dire dans ces genres de situation. La mairie va continuer avec son nettoyage sans regarder le visage de qui que ce soit », ajoute-t-il.

Réunis en association, des jeunes « victimes » de la mesure s’insurgent contre les déclarations de la mairie qui, à leurs yeux, ne sont que boniments. « S’ils se défendent ainsi, nous attendons voir. Nous prenons à témoin les plus hautes autorités de tout ce qui peut arriver si justice n’est pas faite », menace un des jeunes visiblement en colère.
Samedi dernier, les déguerpis du marché de Baco-Djicoroni devaient se réunir pour dégager une position commune sur le marché. Déjà, la veille, des femmes s’étaient catégoriquement opposées à la vente de leurs espaces par la mairie à certains commerçants. Si les choses ne se font pas dans la transparence cette opération de démolition de kiosques et hangars en Commune V risque de tourner au vinaigre. Le ton avait été donné par des jeunes qui avaient menacé de s’attaquer au domicile du maire Demba Fané. Le gouvernorat, initiateur de l’opération, est plus que jamais interpellé sur l’attitude discriminatoire des mairies qui risquent de saper la bonne réussite de l’action de salubrité publique.
Amadou Sidibé

Des partis condamnent

L’opération de déguerpissement entamée par le gouvernorat et exécutée par les mairies n’est pas vue d’un bon œil par des responsables de partis politiques. Un membre d’un parti majoritaire fustige l’attitude des autorités sur ce qu’il appelle l’opération « d’aggravation de la pauvreté et du chômage ».
A ses dires, le moment est mal choisi. Son argumentaire : le pays est confronté à une situation financière difficile. « Des familles n’arrivent pas à se nourrir. Des jeunes chômeurs et des chefs de famille se débrouillent sur ces voies pour avoir le pain quotidien », martèle-t-il. Et d’ajouter que la libéralisation des voies devait être accompagnée de mesures sociales pour atténuer la conjoncture. « Si on les fait dégager, qu’est-ce qu’ils vont devenir ? », se demande-t-il.

A. S.

30 mars 2008