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« Pour engager le combat de la libération des région au nord, l’armée malienne est prête et elle n’attend que la décision politique ». C’est la substance des débats d’une conférence de presse animée le 5 novembre 2012, à la Maison de la presse.

La Maison de la presse de Bamako a abrité, le 5 novembre 2012, une conférence de presse d’un type un peu particulier. En collaboration avec le Collectif des patriotes du Mali et la plate forme des associations des jeunes du nord et sympathisants, les opérateurs économiques du secteur privé, notamment les commerçants détaillants et les transporteurs du Mali, ont organisé une conférence de presse pour faire le point quand aux dispositions prises pour libérer les régions nord du pays.

La conférence de presse qui avait l’allure d’une interpellation du ministère de la défense et des anciens combattants et l’Assemblée nationale, à travers la Commission défense et sécurité, s’était fixé l’objectif de répondre aux questions principales : Pourquoi le nord Mali demeure encore sous occupation et quel est le rôle des jeunes du Mali en général et des commerçants en particulier ? Pour répondre à ces questions, les organisateurs avaient invité Boureima Dicko, Président de la Commission défense et sécurité et Kissima Gakou, Conseiller technique au ministère de la défense et des anciens combattants.

Mais, avant leurs interventions, Mohamed Salia Toure, Président de la Plate forme des associations des jeunes du nord, a pris la parole pour exprimer un certains nombre d’inquiétudes. Selon lui, le Gouvernement Cheick Modibo Diarra a été mis en place avec deux missions essentielles : la libération des régions au nord du Mali et l’organisation des élections crédibles et transparentes. « Aujourd’hui, le Gouvernement ne travaille pas à la libération des régions au nord du Mali. Il s’est même donné d’autres priorités comme la radiation des agents de la fonction publique et l’organisation de concours de recrutement de fonctionnaires », a-t-il déclaré.

Pour sa part, Mankan Konaté, Président du Collectif des patriotes du Mali, a réitéré son souhait de voir Cheick Modibo Diarra démissionner, pour insuffisance de résultat dans la libération des régions nord du pays. Après avoir apporté son soutien à l’armée malienne, il a déclaré que Cheick Modibo Diarra ne travaille pas et passe son temps à bloquer l’armée dans ses initiatives de libération des territoires occupés au nord du Mali. « Aujourd’hui, Cheick Modibo Diarra n’a pas le soutien de l’ex-junte et du Haut Conseil islamique du Mali. Nous demandons sa démission purement et simplement », a-t-il conclu.

Dans sa communication, Boureima Dicko, Président de la Commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, a rappelé que conformément à sa mission de contrôle de l’action gouvernementale, sa Commission a effectué des visites les 25 et 26 septembre 2012 au Camp Soundiata de Kati et à l’Etat Major général des Armées. « Il s’agissait pour nous, représentants du peuple, de dire à la face du monde que nous sommes en phase avec notre armée », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que cette mission avait aussi pour but de s’enquérir de l’Etat de réarmement moral de nos troupes et son degré de préparation pour libérer les régions Nord de notre pays.

« A Kati, le 25 septembre 2012, on a pu constater que de gros efforts sont en train d’être déployés pour récupérer nos matériels de guerre abandonnés, alors que c’est des engins de capacité de feu énorme et à qui il fallait juste un entretien général », a-t-il révélé. Avant de dire que c’est une ingéniosité qui a été admirée par les parlementaires, car elle a pu permettre de récupéré plusieurs de nos chars et BRDM garés volontairement et n’ayant pas fait l’objet de maintenance depuis plusieurs années.

Le gouvernement refuse des aides de pays amis

Pire, il dira que des partenaires ont exprimé leur réelle volonté d’aider notre pays, mais la demande est restée sans réponse du coté de notre gouvernement. Qu’à cela ne tienne, il dira que le regroupement de nos troupes à Markala et à Sévaré participe à l’effort de préparation de nos hommes pour une guerre qui s’annonce imminente. « Dans ces localités, nos hommes subissent des formations de haut niveau », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que le 27 septembre 2012, la Commission Défense et sécurité a rencontré le Chef d’Etat major général des Armées et ses proches collaborateurs impliqués dans la guerre de libération du Nord du Mali. Il a indiqué que le Chef d’Etat Major s’est inscrit en faux contre les détracteurs de notre armée la taxant d’immobilisme et d’incompétence.

Le Président de la Commission défense et sécurité a révélé aux journalistes que l’Etat major des armées dit avoir remis au Premier ministre, depuis le 2 avril 2012, son concept d’opération qui est, en fait, une stratégie de reconquête du Nord par la force nationale. Mieux, il dira que le commandement militaire a pris soin d’inclure dans ce dossier tous les besoins assortis d’une évaluation financière globale et intégrale que demande une telle opération. « Si cette doléance avait reçu un traitement diligent et favorable des autorités politiques, on aurait du terminer avec la rébellion depuis fin juillet 2012, date que le commandement s’était donné pour libérer la dernière localité au nord du Mali », a-t-il révélé.

Avant de dire que conformément aux règles de la démocratie moderne, les militaires maliens n’ont pas caché leur volonté d’obéir au pouvoir politique, de qui ils reçoivent des directives et des initiatives de planification et de programmation. Il a ensuite laissé entendre que le septentrion malien fait l’objet de beaucoup de convoitises et cela à cause des richesses dont renferme le sous-sol : minerais de plusieurs ordres, pétrole, gaz et l’une des plus importantes reverses d’eau souterraine.

Il a indiqué de l’Etat major général des armées reconnait que la crise au nord a un caractère multidimensionnel du fait de la présence de plusieurs forces sur le terrain : terroristes, djihadistes, indépendantistes, narcotrafiquants, bandits armés, etc. Selon lui, malgré ce caractère composite des acteurs sur le terrain, l’ennemi n’est pas invincible. « Seulement la reconquête exige, au préalable, que nos autorités politiques et la hiérarchie militaire aient une identité de vue et une communication franche », a-t-il proposé.

Avant de conclure : « La reconquête du nord est une affaire malienne d’abord. Elle ne pourrait avoir lieu sans les militaires maliens. C’est pourquoi, il urge d’équiper nos forces armées nationales ». Pour sa part, Kissima Gakou a estimé que l’Etat final recherché détermine comment faire la guerre et avec qui il faut la faire. Selon lui, ceux qui nous disent de négocier veulent nous distraire. « Avec ce qui s’est passé au nord, on ne sait pas avec qui discuter. Ils se sont tous coalisés contre nos soldats », a-t-il déclaré. Avant de dire que l’armée est sous ordre. « Même avec tous les moyens, l’armée ne bougera pas, sans l’onction politique », a-t-il conclu.

Assane Koné

Le Républicain du 06 Novembre 2012