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Un récent communiqué du CICR à propos de la libération d’otages, publié dans la presse, suscite des interrogations dans certains milieux, notamment au sein du comité de bons offices. En tentant de tirer la couverture sur elle, l’institution humanitaire entretient la confusion sur son rôle réel dans la gestion du conflit du nord.

A propos de la libération des deux militaires maliens, le Comité international de la Croix-Rouge, CICR, a fait un communiqué qui suscite beaucoup d’interrogations sur son rôle réel dans le conflit qui oppose le gouvernement malien à plusieurs groupes de bandits armés qui sévissent dans le nord du pays.

Au cours de cette opération, contrairement à ce que le laisse penser son communiqué, le CICR n’a joué qu’un rôle de réception et d’acheminement des otages, après la libération de ceux-ci. En réalité, selon des sources fiables, c’est après le décès d’un otage, courant août, que le président du conseil de cercle de Kidal a entrepris Ibrahim Ag Bahanga pour le convaincre de libérer les otages blessés ou malades.

Avant cette démarche, il y a eu, les 17 et 18 août, la rencontre à Oukenek, (commune rurale d’Aguel Hoc, cercle de Tessalit) entre les notabilités et cadres de la communauté Taghat Mellet. Ont pris part à cette rencontre, notamment, Zeyd Ag Hamzata, Attaher Ag Inguidda (tous chefs de tribus), Mahmoud Ag Ebag, chef de tribu et maire d’Essouk ; Ambéïry Ag Rhissa, Meti Ag Mohamed Rhissa, Abdoussalam Ag Assalat, Inhaye Ag Mohamed (tous cadres de la communauté).

Les participants, forts de précédentes démarches qui avaient abouti à la libération de 26 otages, ont décidé de s’investir pour faire ramener la paix et la sécurité dans la région.

Bahanga, qui y a participé, avait donné des assurances dans ce sens. Le lendemain, à la suite d’un entretien téléphonique avec le président du conseil de cercle de Kidal, il a accepté de remettre trois (3) otages malades aux membres du comité de bons offices.

Mais, faute de moyens de déplacement pour aller chercher les otages, le comité a sollicité le CICR qui n’aurait fourni un véhicule que cinq jours plus tard. C’est un de ses membres, Ambéïry Ag Rhissa, que le comité de bons offices a chargé d’aller chercher deux des otages malades dans la zone de Boureïssa. Pendant ce temps, une autre équipe composée de trois membres du comité est allée prendre en charge les trois gendarmes dans le secteur de Tessalit.

Les deux libérations ont eu lieu le même jour, le 24 août. Et ce sont les membres du comité de bons offices qui ont remis les otages aux autorités, contrairement au communiqué du CICR. Une décharge a été remise par un officier de l’armée pour l’attester. Déjà à l’époque de l’enlèvement des blessés (en mars 2008, dans la zone de Tinzawatène) qui avaient été remis à cette institution, des interrogations avaient germé dans plusieurs esprits.

Si certains comprennent que le CICR est impuissant à affronter ou à s’opposer aux bandits qui voulaient lui retirer les blessés, beaucoup d’autres se demandent toujours pourquoi cette institution n’a jamais fait de déclaration pour protester contre les bandits, ni même pour dénoncer leurs attitudes qui violent toutes les conventions. De même, elle n’a jamais dénoncé le fait que les tentes et couvertures remises au nom des blessés sont utilisées par leurs tortionnaires.

Au contraire, elle a continué à fournir matériels et vivres en sachant bien, puisqu’elle a forcément dû le constater au cours de visites, que les otages n’en bénéficient pas
Le comité de bons offices a été créé par des cadres et notabilités de Kidal, en remplacement du collectif des cadres autochtones.

Ceux-ci avaient estimé qu’il fallait qu’ils s’impliquent davantage dans la résolution de la crise. C’est dans ce sens qu’une première rencontre avec Bahanga a eu lieu à Oulak (Kidal). Le résultat a été que 7 otages ont été libérés en février à Essouk. A cette époque également, le CICR a laissé croire qu’il en était le principal artisan.

Malgré toute cette confusion savamment entretenue, les membres du comité de bons offices positivent en soutenant que « l’essentiel, c’est le retour de la paix. Que cela soit l’œuvre de l’Algérie, de la Libye ou du comité n’a aucune importance, selon un responsable du comité joint au téléphone. D’autre part, l’Etat doit sensibiliser davantage les populations et s’impliquer encore plus, car les partisans de cette « guerre » ont créé trop de traumatismes et de blessures dans la région.


C.H. Sylla

01 Septembre 2008