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Les deux humanitaires espagnols ont été libérés lundi après avoir passé quasiment neuf mois au Mali aux mains d’al-Qaïda au Maghreb islamique. Une libération qui est liée à celle d’Omar le Sahraoui, refilé au Mali par la Mauritanie le 16 août dernier, sous couvert d’une pseudo extradition. Une des conditions posées par AQMI pour libérer les deux humanitaires espagnols.

Indéniablement, cette libération vient de prouver, si besoin en est, que dans lutte contre le terrorisme et surtout dans la tentative d’arracher les otages des griffes impitoyables des terroristes, seule la négociation peut mener à quelque chose. Cela est d’autant vrai que ce dénouement heureux fait suite, en moins d’un mois, à l’issue malheureuse qu’a connue la tentative franco-mauritanienne de sauver la vie de Michel Germaneau à travers un raid musclé. Laquelle opération, qui devait, si elle était une réussite, jeter à la face du Mali l’inefficacité, voire même la dangerosité de la négociation qui a été jusque-la privilégiée par les autorités maliennes. Dans ce sens, AQMI a déclaré que cette libération constitue une « leçon adressée aux services secrets français ».

Par ailleurs, soulignons aussi qu’aucun Etat, fût-il la France, n’aimerait voir son citoyen périr entre les mains des terroristes. Avec cette libération, c’est toute l’Espagne qui exulte, comme la France lorsqu’elle avait récupéré Pierre Camatte. C’est dire que dans la bande sahelo-sahéarienne, avec ses spécificités socioculturelles et géostratégiques, la négociation seule peut aboutir à quelque chose. Tous les Etats de cette zone commencent à assimiler la leçon pour privilégier, à l’image de Blaise Compaoré, la stratégie de la négociation. Cela, évidemment, bien après ATT.

En effet, on ne passera pas sous silence la remarquable participation du Burkina Faso à la libération des deux espagnols. Notons au passage que le négociateur Mustafa Chafi, mauritanien, est actuellement conseiller du président burkinabé Blaise Compaoré. C’est pour dire qu’on ne saurait également minimiser le rôle de Nouakchott qui a toujours refusé un quelconque échange et qui a, dans le cas du Sahraoui, coopéré avec son voisin. Un acte qui a été déterminant pour obtenir la libération des otages.

Comme le dit l’adage  » chat échaudé, craint l’eau froide ». Avec l’échec de son opération menée conjointement avec la France, la Mauritanie a compris que la méthode ATT, même si elle n’est pas la meilleure, reste la moins pire. Mais que dire de l’Algérie, qui est allée trop loin dans la contestation des méthodes maliennes, refusant obstinément de comprendre la situation. En effet, au lieu de favoriser les initiatives allant dans le sens d’une meilleure coopération, elle campe sur sa position de dénonciation de l’attitude malienne jugée « permissive « .

C’est le cas d’un quotidien algérien, selon lequel: « la libération d’un mercenaire et le paiement supposé d’une rançon sont loin de renforcer la lutte antiterroriste dans la région du Sahel. Ce seront même des raisons de refroidissement des relations entre les pays du Sahel qui n’arrivent toujours pas à coordonner leurs efforts pour faire face, seuls, à la menace terroriste».

Et La Tribune d’Algérie de s’en prendre au Mali :  » Al-Qaïda a réussi, depuis avril 2009, à obtenir la libération au Mali d’au moins neuf prisonniers liés au groupe terroriste. Avec une telle permissivité, affirme le quotidien algérien, le Mali semble porter main-forte à la nébuleuse islamiste « .

Tout prouve, que s’il y a un pays qui fait obstacle à la coopération, c’est bien l’Algérie, connue pour sa mauvaise foi lorsqu’il s’agit de trouver une solution durable.

D’ailleurs ce n’est un secret pour personne que c’est elle qui a donné de fausses pistes au raid-franco mauritanien. Pour autant, l’attitude de l’Algérie ne doit pas étonner outre mesure, si l’on sait que le terrorisme dont il est question, qu’il soit maghrébin ou sahélo-saharien, est avant tout d’origine algérienne.

De toute façon, cette libération contraste avec l’échec du gouvernement français à faire libérer l’otage Michel Germaneau. Mais on ne sait pas quelle mouche a piqué Sarkozy qui a préféré la méthode musclée décriée en son temps par l’Espagne qui se souciait de la vie de ses concitoyens. L’histoire n’a-t-elle pas donné raison à l’Espagne et au Mali ?

Mamadou L DEMBELE

25 aout 2010