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Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber sont libres. Le couple de touristes autrichien, enlevé en février 2008 en territoire tunisien et détenu depuis quelque part dans le septentrion malien, a été présenté samedi dernier au président de la République Amadou Toumani Touré dont l’implication personnelle a été très déterminante dans le dénouement heureux de cette prise d’otages.

Retour sur 48 heures très mouvementées d’une libération-miracle.

Tout est allé très vite à partir du vendredi 31 octobre. Ce jour là, le programme de l’ORTM est subitement interrompu à 12h30 pour faire place à un flash info spécial relatif à un communiqué de la présidence de la République sur la «  Libération des deux otages autrichiens« .

Le communiqué annonce que cette libération est intervenue le jeudi 30 octobre 2008 et que le couple est en bonne santé. La note précise en outre que le président de la République « remercie le président de la République d’Autriche, son ami Heinz Fischer pour son soutien et sa confiance » ; « rend hommage à Mme Ursula Plassnik, ministre des affaires étrangères d’Autriche et à l’Ambassadeur Anton Prohaska, Envoyé spécial du gouvernement autrichien à Bamako pour leur engagement énergique et constant en faveur de la libération des otages » ; « salue les notables, élus et les personnes de bonne volonté pour leur contribution décisive dans cet heureux dénouement » ; et « félicite les services pour la compétence et le professionnalisme dont ils ont fait montré dans la gestion de ce délicat dossier ».

A 21h30, les deux otages, libérés à environ 1 500 km de Gao, foulent le sol de Bamako et sont logés dans un hôtel de la place où un piquet de sécurité est installé pour éviter tout contact avec les médias.
A 21h50, l’avion spécial transportant Mme Ursula Plassnik atterrit sur le tarmac de l’aéroport international de Bamako-Sénou.

Au bas de la passerelle, le ministre des affaires étrangères d’Autriche, accompagnée de son directeur de cabinet, de trois agents de sécurité et de deux médecins, est accueillie par son homologue du Mali, Moctar Ouane, en présence du Consul honoraire d’Autriche au Mali. Bref tête à tête entre les deux ministres, puis le cortège s’ébranle vers la ville.

Le chef de la diplomatie autrichienne et sa délégation prennent leurs quartiers dans un modeste hôtel situé sur la route de l’aéroport afin d’éviter les journalistes.

Le samedi 1er novembre, la presse nationale et internationale invitée, « investit » la salle de banquet du palais de Koulouba pour la cérémonie de présentation des otages au chef de l’Etat.

A 9 heures, Mme Ursula Plassnik et le couple d’otages entrent dans le palais présidentiel et sont reçus pour le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré pour un entretien d’environ 20 minutes.

C’est à 9h38 mn que Amadou Toumani Touré, dans un grand boubou bleu, la géante Ursula Plassnik (2,01 m), vêtue d’un tailleur rouge-pantalon noir, l’Ambassadeur Anton Prohaska, en costume noir, Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber (moulée dans une tenue traditionnelle saharienne), sont entrés dans la salle de banquet pour une cérémonie marquée par trois interventions.

D’abord, celle du ministre des affaires étrangères d’Autriche, pour qui la libération de ses compatriotes est un miracle. C’est pourquoi, la cérémonie de samedi constituait pour elle un moment de soulagement et de reconnaissance.

Mme Ursula Plassnik dit être venue, certes, pour ramener les otages en Autriche et les remettre à leur famille, mais aussi pour apporter le message de reconnaissance du président fédéral, du chef du gouvernement et du Chancelier autrichiens au président Touré dont « la forte implication a permis la libération des otages ».

Elle a remercié tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la gestion de ce dossier.
Ensuite, ce fut l’Ambassadeur Prohaska. Le diplomate à la retraite s’est dit honoré de travailler avec le président Touré, dont la politique de paix a fait beaucoup d’heureux au Mali et ailleurs. « Sans lui, la libération des deux otages n’aurait pas été possible » a-t-il conclu.

Rappelons que l’Ambassadeur Anton Prohaska a été envoyé spécialement au Mali, en mars 2008, par le gouvernement autrichien pour suivre la gestion du dossier avec les autorités maliennes.
Enfin, ATT. Le chef de l’Etat malien a tout d’abord salué le président fédéral autrichien, qui lui a demandé de s’impliquer pour la recherche d’une solution pacifique à cette prise d’otages.

Aux otages, Amadou Toumani Touré a dit toute la compassion du peuple malien pour toutes les souffrances qu’ils ont du endurer.

Par rapport à l’interrogation brûlante sur la question de la rançon, ATT a affirmé solennellement que le Mali n’a rien donné à personne pour faire une quelconque transaction ; pas plus qu’il n’en a reçu d’argent de personne pour gérer le dossier.

« Le Mali ne sera pas une plaque tournante d’échanges d’otages contre de l’argent » a-t-il insisté.
Pour le chef de l’Etat, c’est grâce aux efforts conjugués du peuple malien, des autorités maliennes et autrichiennes et des bonnes volontés qu’on a pu aboutir à la libération des otages.

(Voir en encadré l’intégralité de l’interview accordée à la presse à la fin de la cérémonie).
A 10h15 mn, la ministre autrichienne, l’Ambassadeur et les deux otages prennent congé de tous, pour l’aéroport de Sénou, direction Vienne.
L’identité des ravisseurs n’a pas pu être formellement certifiée, mais la branche Al Qaïda pour le Maghreb islamique est revenue régulièrement dans les hypothèses.

C’est le 22 février 2008 que le couple de touristes autrichien a été enlevé en Tunisie, puis déporté quelques jours plus tard en territoire malien. La bande saharienne où les otages étaient détenus fait 600 000 km2 sous 50° à l’ombre.

Plus de 8 mois durant, les deux otages ont dû souffrir énormément et leur état physique fait transparaître des signes éloquents de ce qu’ils ont enduré. Mais les autorités maliennes et autrichiennes n’avaient pas croisé les bras. Le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré était régulièrement informé de l’évolution de la situation. Ses efforts ont été récompensés ce jeudi 30 octobre 2008 avec la libération du couple d’otages. Mais ATT partage ce succès diplomatique avec tous ceux qui ont eu à contribuer, tant soit peu, à la gestion de ce délicat dossier.

Sékou Tamboura

03 Novembre 2008