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Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ne manque pas d’occasion pour revenir au devant de la scène politique malienne et d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la non-application intégrale de l’accord de Ouagadougou par les autorités de Bamako. C’est sans doute dans cette perspective que le mouvement rebelle touareg a libéré, mardi 24 septembre dernier à Kidal, trente ex-combattants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Parmi ces trente ex-combattants, on compte des ressortissants burkinabè et nigériens. Ils ont été remis à leurs familles sous la supervision de la MINUSMA et avec le soutien de la Croix-Rouge internationale.

L’intention du mouvement touareg est plus qu’évidente : revenir au devant de la scène politique malienne et attirer l’attention de la communauté internationale sur le non-respect de l’article 18 de l’accord politique de Ouagadougou

Ce geste du MNLA, au-delà de sa façade humanitaire, suscite néanmoins deux réflexions. Premièrement, le MNLA n’étant pas un mouvement associatif, mais plutôt un mouvement politico-militaire, on peut légitimement se laisser convaincre que le souci humanitaire n’est pas sa première préoccupation dans cette libération d’ex-combattants du MUJAO.

Il est donc probable que cette libération cache un dessein politique. Et si on veut y voir une volonté de la part du mouvement touareg de contribuer à la décrispation du climat social, à quelques jours de la tenue des Assises nationales sur la paix au Mali, on peut aussi voir dans ce geste une provocation du mouvement touareg, par le fait de remettre en liberté des gens que le pouvoir central de Bamako recherche pour « les exactions » qu’ils ont commises à l’endroit du peuple malien.

Deuxièmement, il est possible que le MNLA veuille, par ce geste, montrer qu’il reste fidèle à son engagement quant à l’accord politique de Ouagadougou. Ce geste traduirait donc sa volonté de faire allégeance à l’autorité de Bamako. En libérant ces prisonniers, il montre donc qu’il ne se considère pas comme un État dans l’État malien.

Mais l’un dans l’autre, l’intention du mouvement touareg est plus qu’évidente : revenir au devant de la scène politique malienne et attirer l’attention de la communauté internationale sur le non-respect de l’article 18 de l’accord politique de Ouagadougou. On sait, en effet, que suite à cette libération, le MNLA a exigé que Bamako, à son tour, libère la centaine de ses membres toujours détenus et que le gouvernement de transition de Dioncounda Traoré s’était engagé à libérer, conformément à l’accord de Ouagadougou.

Ce qu’il faut retenir comme enseignement de cette dernière sortie du mouvement touareg, c’est la nécessité de poursuivre la médiation car, de toute évidence, le feu n’est pas encore totalement éteint au Nord-Mali

Il y a cependant très peu de chances que cet appel soit entendu à Bamako qui pourrait au contraire s’offusquer du fait que le MNLA libère des gens qui ont pris les armes contre la République au lieu de les lui rendre afin qu’ils répondent de leurs actes. La logique pour Bamako aurait été que ces ex-combattants lui soient transmis et que, lui seul, décide de leur sort. Vu sous cet angle, le geste du MNLA peut être considéré comme une volonté de défier le nouveau pouvoir et, pire, de ne pas reconnaître l’autorité de Bamako sur le territoire de l’Azawad.

Ce qu’il faut retenir comme enseignement de cette dernière sortie du mouvement touareg, c’est la nécessité de poursuivre la médiation car, de toute évidence, le feu n’est pas encore totalement éteint au Nord-Mali. Bamako doit reconsidérer sa position sur l’article 18 de l’accord de Ouagadougou et montrer davantage sa bonne foi et sa bonne volonté à aller véritablement vers la paix avec ses fils du Nord et, s’il le faut, vers une paix des braves.
C’est peut-être en substance le message du MNLA à travers cette libération des ex-combattants du MUJAO. Souhaitons, pour le bien du Mali, que ce message ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd.

Dieudonné MAKIENI

Publié le jeudi 26 septembre 2013

Source : Lepays.bf