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Le président sud-africain, empêtré dans un scandale, dément point par point les accusations portées contre lui auprès d’une commission parlementaire qui a rendu son rapport mercredi, affirmant qu’il y a matière à débattre de son éventuelle destitution.

Depuis des mois, Cyril Ramaphosa est gêné par une affaire de cambriolage datant de 2020 mais déterrée par une plainte déposée en juin, en amont d’une échéance électorale cruciale pour l’avenir politique du chef de l’Etat.

Le Congrès national africain (ANC) au pouvoir se réunit mi-décembre pour désigner son prochain leader. Celui qui émergera vainqueur deviendra chef de l’Etat à l’issue des élections générales de 2024, si toutefois l’ANC confronté à un désamour grandissant remporte le scrutin.

Le Parlement avait désigné en septembre une commission indépendante chargée de se pencher sur le scandale impliquant de mystérieuses sommes d’argent en liquide retrouvées dissimulées dans le mobilier de l’une de ses propriétés.

Les trois membres du panel dont un ancien président de la Cour constitutionnelle affirment dans leurs conclusions, publiées dans la soirée, que les informations qui leur ont été soumises « révèlent, prima facie, que le président a pu commettre » des violations et des fautes.

Le Parlement se réunit en séance extraordinaire mardi pour examiner ces recommandations, qu’il n’est pas tenu de suivre mais qui pourraient le mener à ouvrir un processus en vue d’un vote pour destituer le chef de l’Etat.

Cette procédure, si elle était enclenchée, n’aurait toutefois que peu de chances d’aboutir, l’ANC de Cyril Ramaphosa détenant au Parlement une confortable majorité.

Mais l’affaire ternit l’image du chef de l’Etat, attendu sur le front de la corruption qu’il a juré d’éradiquer.

La présidence a immédiatement réagi en appelant à une « lecture attentive et une considération appropriée » du rapport de la commission « dans l’intérêt de la stabilité du gouvernement et du pays ».

Son communiqué rappelle que M. Ramaphosa « dément catégoriquement » avoir mal agi.

Dans l’après-midi déjà, sa déclaration officielle à la commission –dans laquelle il exposait sa version des faits détaillée–, avait fuité à point nommé dans les médias.

– Sous les coussins –

Dans le document de 38 pages dont l’AFP a eu copie, le chef de l’Etat explique n’avoir « aucune connaissance personnelle du cambriolage ». Il était alors en déplacement officiel à Addis Abeba.

Selon la plainte qui a déclenché le scandale, déposée par l’ex-chef du renseignement Arthur Fraser, des cambrioleurs se sont introduits dans la luxueuse ferme du président, à deux heures de route de Pretoria, et y ont dérobé quatre millions de dollars en cash.

M. Ramaphosa est accusé d’avoir préféré dissimuler le vol à la police et au fisc.

Il rejette toutes ces accusations. Le lendemain de Noël 2019, raconte-t-il à la commission, un homme d’affaires soudanais « est venu à la ferme pour voir les buffles en vente (…) Il a choisi ceux qui lui plaisaient et payé en liquide le montant de 580.000 dollars ».

L’employé de la propriété chargé de la vente, à la veille de ses vacances, « ne se sentait pas à l’aise à l’idée de laisser l’argent dans le coffre fort » auquel plusieurs salariés ont accès, poursuit le président.

« Il a décidé que l’endroit le plus sûr pour stocker l’argent était dans ma résidence privée au sein de la ferme. Il a entreposé l’argent sous les coussins d’un canapé d’une chambre d’amis peu utilisée », raconte-t-il.

Egalement accusé d’avoir organisé l’interrogatoire des voleurs sur place le jour du cambriolage, puis d’avoir acheté leur silence, il dément: « Je n’ai pas traqué les voleurs ».

Une enquête pénale menée par l’unité d’élite de la police sud-africaine, les Hawks, se poursuit.

Cyril Ramaphosa, 70 ans, est pour l’instant largement en tête dans la course à la présidence de l’ANC.

SOURCE : AFP