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Le directeur national a ajouté : «Toute huile de couleur rouge, ont dit ces industriels, ne se vend plus.» Interpellée par ces entrepreneurs, Seydounour Diallo a convié, mardi dernier en réunion, les représentants de l’Ascoma, du Redecoma, de la Consoligue, de l’Adac Mali, de l’Adescom, de l’Amaq, du Lns, de l’Anssa, du Lta, du Cemapi, du Cena 2, du Programme qualité UEMOA phase 2 et du Programme de restructuration et de mise à niveau des entreprises industrielles.

Le thème portait sur les raisons de la mévente de l’huile alimentaire produite au Mali. Sujet éminemment important mais qui fut pratiquement boycotté puisque, seuls les représentants de l’Amaq, de l’Anssa- qui n’a d’ailleurs pas tenu à s’exprimer- de la Cemapi et du Programme qualité UEMOA phase 2 étaient présents dans la salle de conférence de la Dni sise à Lafiabougou. La réunion était d’ores et déjà tronquée, car aucune association de défense des consommateurs, ni de structures impliquées dans le contrôle sanitaire des aliments n’assistait à la réunion. Ceci est d’autant plus inquiétant qu’il s’agissait de la sécurité sanitaire des populations.

Est-ce donc une fuite de responsabilité ou l’élégance de se dérober aux échanges gênants ? Seydounour Diallo a réitéré l’inquiétude des entrepreneurs impliqués dans la fabrication de l’huile alimentaire pour justifier la tenue de cette réunion. A l’occasion, il a pointé du doigt la presse et implicitement l’Huicoma qui se livreraient à des campagnes de désinformation en disant que l’huile de couleur rouge est mauvaise.

La première contrariété est que l’Huicoma produit de l’huile de couleur rouge. De ce fait, le directeur national des industries a expliqué que la DNI, depuis deux ans, procède à la sélection des entreprises agréées dans la fabrication de l’huile alimentaire. Parmi la centaine d’huileries, a-t-il dit, la plupart n’a pas d’équipements performants. Or, a-t-il précisé, l’huile de coton contient un poison, le gossypol. Ce poison présente des dangers pour l’homme et pourrait même faire avorter une femme enceinte.

Seydounour Diallo a laissé entendre que les personnes qui crient au danger ont poussé des techniciens à répondre que le problème est résolu si l’huile est bien raffiné et stérilisé. En tout cas, a dit le directeur national, la DNI a soumis un cahier des charges aux industriels. Pour bénéficier des graines de coton, a indiqué Seydounour Diallo, il faut se conformer au cahier des charges et notamment, mettre ses équipements à niveau. Sur la centaine d’huileries agréées, seules 21 avaient été retenues l’année dernière, a soutenu le directeur national.

Cette année, a-t-il dit, le nombre des entreprises retenues s’élève à 36. ‘’ Ces huileries, a dit Seydounour Diallo, ont fait des efforts. ‘’ Il a déploré ce qu’il a appelé la campagne d’intoxication, notamment des media, qui a véhiculé que les huileries ont été retenues sans critères valables. Une huile de couleur rouge, a-t-il souligné, a été indexée. Il a martelé : ‘’ toutes les huiles fabriquées au Mali ne se payent plus. Nous avons été saisis par des entrepreneurs qui disent que toute huile de couleur rouge n’est pas achetée. ‘’ Mességué Togola, représentant le Programme qualité UEMOA, a recommandé la visite des huileries avec les associations de consommateurs.

La même recommandation a été faite par le directeur de publication du Messager, Ossan Konaté, qui propose des journées portes ouvertes impliquant la presse, car, selon lui, le problème est grave puisqu’il a eu à visiter des usines qui, en réalité, étaient en chantier et sans équipements. Il a même, a-t-il dit, aperçu des graines de coton pourries. Pour Mamadou Camara de l’Association malienne pour la qualité (Amaq), ‘’ le problème n’est pas nouveau et risque de perdurer. La démarche qualité est recommandée.

Toute nouvelle décision s’appuie sur des faits. Que les échantillons de chaque huilerie soient prélevés dans les règles de l’art pour que des analyses anonymes d’échantillons numérotés soient faites. J’ai eu à diagnostiquer une huilerie et les résultats sont restés dans les tiroirs. Il faut que l’industriel ait un minimum de moyens d’investissement, des équipements de raffinage, on ne peut pas produire de l’huile de qualité si le diagnostic prouve qu’il faut une mise à niveau des équipements, du bâtiment. Il faut le faire. ‘’ Sékou Kéita, ingénieur à la DNI, a souligné que la mévente de l’huile alimentaire est liée à la couleur.

De ce fait, a-t-il déclaré, ‘’ ni l’huile de nos grandes huileries ni l’huile de nos petites huileries n’est achetée, or l’huile de coton est de nature rouge. ‘’ Il a affirmé que le gossypol est à la base du problème. ‘’ Nous ne disposons pas d’équipements capables de détecter la quantité et la teneur du gossypol dans l’huile. ‘’ Scientifiquement, a ajouté Sékou Kéita, un traitement normal de l’huile de coton devrait faire disparaître le gossypol.

Il a fait remarquer qu’on devrait, à l’instar de l’huile malienne, contrôler, aussi, l’huile importée, ce qui, a-t-il regretté, n’est pas fait. Il a soutenu qu’il faut homologuer la norme de qualité UEMOA et instaurer des contrôles internes au sein des entreprises. Une recommandation relative au respect du cahier des charges et à l’identification des huiles a été formulée.

Baba Dembélé

05 mars 2009