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Député ADEMA-PASJ élu à Kati, l’honorable Lanceni Balla Kéita estime que la CEDEAO n’a jamais pu régler un conflit avec une quelconque force de réserve. Le Mali ne doit, par conséquent, pas compter sur l’organisation ouest-africaine. Il propose plutôt à la classe politique de voter une immunité aux membres

Les du CNRDRE afin de les rassurer pour qu’ils regagnent les casernes. Le Capitaine Sanogo et ses éléments « ne doivent pas, selon lui, rater leur porte de sortie ». Dans cet entretien qu’il nous a accordé, l’honorable Lanceni Balla Kéita appelle à aider les putschistes à quitter la scène politique nationale, sans aucune peur.
‘’CNRDRE, attention ! Ne ratez pas surtout votre porte de sortie honorable ! « . C’est par ces mots que ce député élu à Kati et ancien ministre campe le décor de l’entretien.

« Afin de ramener l’ordre constitutionnel normal interrompu suite au coup d’Etat du mardi 21 Mars 2012, La CEDEAO a dépêché en mission six chefs d’Etat pour exiger le retrait de la junte militaire du pouvoir.
Cette mission devrait rencontrer, le jeudi 29 Mars, les membres du CNRDRE à Bamako. Cette équipe de chefs d’Etat devrait faire savoir à la junte le contenu de la décision principale : le retour à l’ordre constitutionnel normal et les sanctions que le CNRDRE encourt si cette décision n’est pas immédiatement appliquée « , a-t-il rappelé.

Parlant de la communauté africaine, l’honorable Lanceni Balla Kéita dira qu’il faut reconnaître que le ton avec lequel le président en exercice de l’Union Africaine s’est exprimé a choqué plus d’un Malien patriote et bien éduqué. » Le ton était arrogant et non apaisant. La CEDEAO n’a jamais pu régler un quelconque conflit avec une soit-disant force en attente. Le récent cas ivoirien donne la preuve que les proclamations de fermeté de la CEDEAO ne résolvent pas les crises mais les aggravent le plus souvent. Cependant, le CNRDRE ne doit pas refuser la perche à lui tendue par l’organisation ouest-africaine « .

Pour le député élu à Kati, il est question d’une sortie honorable pour le CNRDRE, pour ATT le président déchu mais non capturé, le peuple malien et la CEDEAO. Mais, a-t-il relevé, le fait d’autoriser les manifestants sur le tarmac de l’aéroport constitue une négligence condamnable. » Ce sont des Chefs d’Etat des pays frères qui viennent au chevet du Mali. Notre éducation nous obligeait à les recevoir dans la quiétude et le respect. Ils valent pour la plupart des membres du CNRDRE, des pères. Cela n’a pas été une bonne chose de ne pas les rassurer sur les conditions sécuritaires de leur séjour. Cet acte est très regrettable.

Le CNRDRE devrait, à travers cet entretien avec les chefs d’Etat, aménager un certain nombre de conditions pour ses membres, l’armée et le Mali à savoir : Voter l’immunité pour chaque acteur du CNRDRE pour l’acte noble posé ; avoir 2 à 3 représentants dans le gouvernement d’Union Nationale comme en 1991 dans le cas du CTSP ; faire une promotion en grade pour les membres de CNRDRE; donner les moyens à l’armée pour se battre avec succès au Nord avec un appui de la force en entente de la CEDEAO, si force il ya

En refusant le dialogue avec la communauté internationale, estime-t-il, le CNRDRE et le peuple malien feront face à cinq fronts
«Le 1er front concerne le camp du front Uni pour la sauvegarde de la Démocratie et la République qui a la même position que la CEDEAO.
Le 2ème front concerne les loyalistes au général ATT qui n’ont pas encore dit leur dernier mot, du fait qu’ils assurent la sécurité du président déchu et peuvent intervenir à tout moment de faiblesse de la junte. Le 3ème front concerne la communauté internationale qui a tous les moyens aujourd’hui pour asphyxier le peuple malien en ordonnant la fermeture des ports et la circulation de la monnaie fiduciaire. Ce qui aura de graves conséquences sur l’économie et le quotidien des populations. Avec au bout une révolte intérieure des populations contre le CNRDRE.

Le 4ème front est celui du Nord avec les rebelles qui tentent de profiter de la situation pour gagner du terrain.

Le 5ème front est la sanction de la communauté internationale: l’UE, l’ONU et les USA. Mon intention n’est pas de donner des leçons de stratégie à des stratèges, mais des pistes de réflexions pour éviter encore un autre recul de la démocratie malienne».

En définitive, explique Lanceni Balla Kéita,le CNRDRE ne peut pas faire face à tous ces fronts à la fois. Il serait réfléchi pour lui de s’engouffrer dans la brèche ouverte par la CEDEAO. Acceptez les soutiens, mais regardez en face la réalité du moment. Cela est valable pour la classe politique, qui ne doit pas se contenter de condamner seulement. Elle doit faire des propositions réalistes de sortie de crise et s’impliquer dans leur mise en œuvre.

Pour l’élu du peuple, la classe politique ne doit plus réclamer le retour de ATT, qui constitue aujourd’hui un problème et non une solution. Le schéma de sortie de crise élaboré par l’Alliance des Démocrates Patriotes pour la Sortie de crise (A.D.P.S) est un schéma (parmi tant d’autre) qui me semble réaliste, avec des propositions concrètes.
Il est, par ailleurs, impératif que la classe politique dialogue avec le CNRDRE et les Chefs d’Etat de la CEDEAO rapidement. Il n’est pas encore tard. Les « motions de soutien indéfectibles » ne peuvent rien contre les effets des sanctions économiques que la CEDEAO veut imposer au Mali.

C’est vrai que la CEDEAO n’est pas venue au moment indiqué lorsque les rebelles nous attaquaient au Nord. Elle devrait être là pour nous aider à défendre la patrie en danger de partition en deux entités. Mais malheureusement, comme en Libye les organisations régionales et sous-régionales africaines sont plus promptes à bavarder qu’ à agir concrètement sur le terrain.

Le retour à l’ordre constitutionnel est la seule voie pour le CNRDRE pour sortir la tête haute et le torse bombé de cette impasse. Le CNRDRE aura eu le même mérite de secouer avec rigueur le cocotier de la démocratie malienne. Le peuple lui en sera reconnaissant.
Ne ratez donc pas cette porte de sortie honorable ouverte par la CEDEAO et certainement par la classe politique malienne. La porte de l’histoire est largement ouverte pour le CNRDRE.

Bruno D. SEGBEDJI

L’Indépendant du 02 Avril 2012