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«Le devoir d’obéissance est dépassé et rappelle l’esclavage»

Député indépendant proche du Mouvement Citoyen, l’honorable madame Haïdara Aïssata Cissé est une de ces dames qui se sont battues pour l’adoption du nouveau code des personnes et de la famille. Nous l’avons rencontrée la semaine dernière pour recueillir ses impressions à propos de cette loi qui suscite tant de polémiques. D’autres sujets tels que la restitution parlementaire, la place du député, la coupe ATT ont été abordés.

L‘Indépendant : Le code des personnes et de la famille vient d’être voté. Quelles sont vos impressions, eu égard aux voix qui s’élèvent pour dénoncer tel ou tel point du document ?

jpg_CHATO-BIS.jpgAïssata Cissé : Je suis très heureuse et fière de mon pays pour le vote de ce nouveau code des personnes et de la famille. Ayant signé les conventions internationales en la matière, le Mali ne peut rester en retrait de cette avancée significative pour les personnes et la famille.

L’Indép. : Que dites-vous de la suppression du devoir d’obéissance de l’épouse à l’égard de l’époux dans le nouveau texte ?

A.C : Il faut tout d’abord dire que la suppression du devoir d’obéissance à l’égard de son époux est très mal interprétée par certaines personnes. Même dans les commissions de travail, les députés ont beaucoup discuté sur cet article. En plénière également. Il a été retenu, à la place du devoir d’obéissance, le respect mutuel entre les époux. Je pense que quand on respecte quelqu’un, cela englobe tout. Le mot obéissance ou le devoir d’obéissance est un peu dépassé. Cela rappelle l’esclavage.

L’Indép. :Le mariage religieux n’est pas légalisé dans un Mali où il a encore une grande place. Qu’en dites-vous ?

A.C : Le mariage religieux n’est pas légalisé, mais il n’est pas interdit non plus. Tout musulman est obligé de se marier religieusement. Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé. Le mariage religieux n’est pas légalisé pour éviter les abus. Par exemple, un homme qui se marie sous le régime de la monogamie, a une interdiction formelle de se remarier à une autre femme sans l’accord de la première. Dans beaucoup de cas, monsieur se contente tout simplement de se marier religieusement avec une autre femme et le tour est joué. Imaginez donc ce que ça va être si on légalisait le mariage religieux. Cela ne sera pas gérable.

L’Indép. : Ne pensez-vous pas que la restitution parlementaire devient impérative notamment par rapport à ce code ?

A.C : J’ai toujours fait la restitution à chaque intersession parlementaire. Il s’agit presque toujours de procéder à la restitution des lois votées et ce dans tout le cercle où j’ai été élue. La restitution a un rôle capital et c’est un devoir du député auquel il ne doit en aucun cas se soustraire. Elle permet aux populations de comprendre les lois votées. Le député ne doit pas avoir peur de restituer les lois votées, quel que soit ce que les gens peuvent penser. C’est justement aux députés d’expliquer aux populations à la base le contenu du code ; car il y a actuellement beaucoup d’intoxications dues au fait que les gens interprètent parfois très mal les textes. Ce qui en dénature le contenu et le sens.

L’Indép. : Honorable, il semble que le député malien se plaint du manque d’égard dont il ferait l’objet. Quels sont vos commentaires à ce sujet ?

A.C : Le député malien (comme vous le dites) se plaint effectivement du manque d’égard dont il fait souvent l’objet. Je n’ai pas beaucoup de commentaires à faire par rapport à ce sujet ; sauf que le député est un élu du peuple, et à ce titre on lui doit respect et considération.

L’Indép. : Que dites-vous de l’absentéisme du député au sein de l’Hémicycle ?

A.C : Je ne peux que déplorer cet état de chose. Ainsi, je dois dire que les députés que nous sommes, devons créer les conditions pour imposer et arracher le respect du peuple, en étant assidu dans la mission qu’il nous a confiée.

L’Indép. : Honorable, il semble que vous vous êtes beaucoup impliquée cette année dans la coupe ATT de football. Vous aimez tant le sport en général ?

A.C : Je ne peux qu’être impliquée dans l’organisation de la coupe ATT 2009. Pour la première fois, avec mon implication personnelle et l’appui des organisateurs, Bourem (ndlr : circonscription électorale où elle a été élue) a pu participer à la compétition. Vous ne pouvez pas imaginer quel bonheur cela m’a apporté personnellement et à toute la population de Bourem qui était aux anges. Ce fut une liesse populaire. Vous savez, à Bourem, rien que le nom de ATT fait taire un enfant qui pleure.

Je profite de l’occasion pour remercier tous les organisateurs pour les efforts qu’ils ne cessent de fournir pour la réussite de l’événement et j’espère que la coupe ATT sera un jour internationalisée.

Entretien réalisé par Bruno Djito Segbedji

L’Indépendant du 17 Août 2009.