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vo.jpgUn jour, au début de l’année 2006, le comédien était chez lui, entouré de ses deux épouses, quand un quidam se présenta. L’inconnu était impeccablement habillé et parlait un français châtié. Après les salutations d’usage, le nouveau venu déclina son identité : Salif Bobo Ouédraogo, fils du célèbre cinéaste burkinabé Idrissa Ouédraogo. A l’évocation du nom du réalisateur burkinabé, Kassogué salua chaleureusement l’inconnu et le reçut avec beaucoup plus d’égards. Connaissant bien Idrissa Ouédraogo, il ne pouvait que traiter son fils avec hospitalité.

Coins et recoins

Les salutations terminées, Salif Bobo Ouédraogo entama une causerie enjouée avec son hôte. Il lui expliqua qu’à la différence de son père, il n’évoluait pas dans le domaine du 7è Art. Ce n’était pas faute d’efforts de la part de son père pour l’inciter à suivre ses pas, souligna-t-il. Salif raconta avoir choisi de faire du commerce entre son pays et le Mali et ajouta qu’il risquait de perdre des marchandises d’une valeur de 1.100.000 Fcfa. Le jeune homme expliqua être arrivé à Bamako en compagnie de commerçants maliens en provenance de Bobo-Dioulasso. Le groupe s’était séparé à la gare de Sogoniko. Il avait alors constaté que ses marchandises avaient été emportées par un compagnon de voyage dont il ne connaissait pas l’adresse.

Amadou Kassogué fut pris de pitié pour le jeune homme. Il lui offrit une chambre dans sa concession. La pièce était déjà occupée par un ami européen du comédien. Mais il ne pouvait pas laisser le fils du célèbre Idrissa Ouédraogo dormir à la belle étoile. Surtout après la mésaventure dont il venait d’être victime. Le nouvel arrivant prit un bain après lequel Amadou Kassogué prit sa voiture et invita le voyageur à aller à la recherche de ses compagnons de voyage. Ils fouillèrent pendant des heures tous les coins et recoins de l’autogare en quête d’un indice propre à conduire aux voyageurs maliens qui avait en leur possession les marchandises du jeune burkinabé. Mais en vain.

En désespoir de cause, Amadou et son étranger rentrèrent à la maison. Le comédien annonça à son jeune invité qu’il pouvait rester chez lui tout le temps qui lui serait nécessaire. Kassogué s’engagea même à lui payer son billet retour le jour où il voudrait retourner dans son pays. Après quelques instants de réflexion, Salif Bobo Ouédraogo annonça qu’il allait rester quelques jours au Mali. Il avait, dit-il, le pressentiment d’avoir encore des chances de retrouver ses bagages.

Vague explication

Amadou Kassogué jugea logique la réaction du jeune burkinabé. Personne ne pouvait se résigner aussi facilement à perdre plus d’un million de Fcfa. Il approuva donc la décision du jeune burkinabé de rester chez lui mais il avertit son invité qu’il se préparait à partir en voyage. Le jeune homme changea d’avis et décida de rentrer au bercail. Amadou, en homme de parole, lui offrit 20.000 Fcfa. Son ami européen qui connaissait bien, lui aussi, Idrissa Ouédraogo, fit de même et donna 20 000 Fcfa au jeune homme, en lui souhaitant un bon retour.

Salif Bobo Ouédraogo empocha sans ciller les 40.000 Fcfa et attendit le lendemain pour prendre congé de ses bienfaiteurs. Trois jours plus tard, le jeune homme prit confirmation que Kassogué était effectivement parti en voyage avant de revenir dans la famille de celui-ci. Il y recroisa l’Européen à qui il fournit une vague explication sur son départ reporté avant de se réinstaller dans leur chambre commune. Un peu plus tard, discutant avec les épouses d’Amadou, il leur indiqua que sa commerçante de mère pouvait leur fournir des marchandises si elles en faisaient la commande.

Il promit de revenir à Bamako avec les marchandises commandées dans un délai d’une semaine. L’une des épouses de Kassogué lui remit 40.000 Fcfa et l’autre 30.000 Fcfa. Salif empocha derechef l’argent et alla se reposer dans sa chambre. Il finit par s’endormir. Quand il se réveilla, il constata que son voisin de chambre était allé aux toilettes. Il en profita pour lui dérober son téléphone satellitaire.

Le « toubab » de retour dans la chambre, ne retrouva ni Salif Bobo Ouédraogo, ni son téléphone. Après avoir cherché un peu partout, il se résigna à la perte de son appareil. Le temps passa et, sans oublier l’histoire, tout le monde la rangea à l’arrière-plan des soucis. Jusqu’à la semaine dernière. Le comédien Amadou qui gardait en travers de la gorge la façon dont le jeune homme s’était joué de lui, apprit que l’escroc était à Banconi. Il alerta alors les policiers.

Les éléments de la brigade de recherche du 6è arrondissement se mirent en chasse. Ils remontèrent peu à peu les traces de Salif jusqu’à resserrer l’étau autour de lui. Un soir, ils le coincèrent dans un bar du Banconi en compagnie d’une jeune infirmière, deuxième épouse d’un monsieur respectable. La femme, désireuse « d’aller voir ailleurs », louait depuis un mois les « services » du jeune burkinabé quand son mari passait la nuit chez sa coépouse.

Conduit au commissariat, Salif se mit à table et reconnut qu’il était un vulgaire escroc. Les policiers refusèrent de s’en arrêter là. Ils exigèrent de connaître le domicile de Salif qui n’hésita pas à les conduire chez … l’infirmière. Ce jour-là, le mari de cette dernière était présent.

cry.jpgLes agents se présentèrent et demandèrent à l’époux s’il connaissait le jeune homme qui les accompagnait. L’homme, intrigué, répondit par la négative. Sa femme tenta de se dérober mais l’escroc, qui n’entendait pas « tomber » seul, l’appela par son nom et lui demanda de confirmer qu’il dormait avec elle en l’absence de son mari. La femme dépassée par la tournure prise par l’affaire, ne put même pas faire l’étonnée. Elle s’enfuit en criant : « ne malo yéra » (je suis humiliée).

Salif a été déféré et mis sous mandat dépôt par le tribunal de la Commune I.

G. A. DICKO | Essor 10 avril 07