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Cette dernière s’appelle Mami, elle a 21 ans aujourd’hui et vit avec ses parents à Niamakoro. D’après le récit qu’elle nous en a fait, le début de ses ennuis remonte à deux ans exactement. C’est à dire à l’époque où elle fut arrachée à l’école pour être mariée au fils d’une amie de sa mère qui vit en Chine.
« C’est ma mère et son amie qui ont tout manigancé, se souvient Mamie. Au début, j’ai essayé de me rebeller. Je voulais poursuivre mes études, mais ma mère me fit comprendre que je pourrai le faire en Chine dans des conditions meilleures qu’au Mali« .

Les colas furent donc acceptées et le mariage religieux, célébré.

On accompagna Mami dans la famille de ces beaux-parents où elle attendra le retour de son mari pour célébrer le mariage civil. La jeune fille patienta là deux mois. Entretemps, le mariage civil de sa sœur aîné fut programmé et la mère de Mami, pour se faciliter la tâche, décida de commun accord avec la mère du futur époux de faire coïncider les noces des deux nouveaux couples.

Chose programmée, chose faite.

Le mariage de Mami fut célébré avec éclat et l’époux découvrit avec plaisir que sa promise était vierge. Juste après la semaine nuptiale, l’homme décida de rentrer en Chine pour, dit-il, réunir les conditions financières qui lui permettraient de faire venir sa jeune épouse. Mami prit son mal en patience, se contentant des coups de fil que passait de temps en temps son mari pour prendre de ses nouvelles. Cinq mois s’étaient écoulés et un jour une de ses belles-sœurs vint lui annoncer une nouvelle déplaisante.

« Il y a un bruit qui circule dans notre cour, lui dit-elle. Comme je suis ton amie, je viens te le dire. Mon frère aurait demandé à Maman de te libérer, parce qu’il aurait rencontré lors de son séjour une autre femme dont il est tombé amoureux. Alors cours avertir ta mère« .

Profonde amertume

Mami s’empressa de suivre ce conseil et la mère se rua chez son amie pour vérifier la véracité de cette affirmation. L’autre confessa avec beaucoup d’embarras que son fils lui avait en effet communiqué son désir de se séparer de son épouse. Mais elle jura que tant qu’elle serait vivante, le « petit » ne ferait pas cette bêtise. La belle-mère tint parole. Elle téléphona à son fils et le somma d’envoyer dés la semaine suivante le billet destiné à Mami. Sinon, elle le maudirait à tout jamais. La menace maternelle atteignit son but puisque le billet et les documents officiels nécessaires à l’entrée en Chine arrivèrent effectivement la semaine suivante. Mami s’envola donc pour Pékin, tout heureuse.

«Pourtant, raconte-t-elle, j’aurais dû me douter que quelque chose n’allait pas. Dès mon arrivée, j’ai remarqué que mon mari avait le visage serré et me regardait à peine. Comme je ne le connaissais pas bien, je me suis dit que son manque d’enthousiasme à mon égard venait de ce qu’il était sûrement fatigué ou souffrant. Mais les jours passaient et son attitude ne changeait pas du tout. D’ailleurs, je le voyais à peine. Les rares fois où nous échangions quelques mots, c’était quand je le saluais le matin au petit déjeuner et le soir à son retour du boulot. Nous avons passé un mois dans cette situation».

Ne supportant plus ce climat complètement délétère, M. décida de prendre le taureau par les cornes et de demander à son mari les raisons de son attitude qui frisait l’hostilité. « Un jour, j’ai attendu son retour du travail pour lui dire que j’avais à lui parler. Il me répondit sèchement qu’il ne voyait pas la nécessité de m’écouter puisque lui n’avait rien à me dire. Je lui ai tout de même demandé pourquoi il m’en voulait. Il m’a répondu qu’il ne me reprochait rien du tout, mais la vérité était qu’il ne m’aimait pas« . Éberluée par cette réponse, M. rappela à son mari qu’elle aussi avait été obligée de contracter cette union. « Je lui ai dit qu’au lieu de me faire la guerre, il n’avait qu’à me renvoyer chez moi, puisqu’il ne me supportait pas« , nous a raconté M. Dont le séjour à Pékin s’acheva ainsi.

Elle revint après avoir passé deux mois en Chine et se rendit directement dans sa famille en attendant que soit prononcé son divorce. Aujourd’hui, M. ne s’est toujours pas défait de son amertume. « J’en veux à mes parents, nous dit-elle en laissant ses larmes couler. Surtout à ma mère. Mais je ne pardonnerai jamais à mon ex mari. S’il ne m’aimait pas pourquoi avoir pris ma virginité ?« .

Malheureusement les cas comme celui de M. sont légion dans notre pays. Les jeunes filles, attirées par le mirage d’une vie meilleure, se laissent convaincre de contracter un mariage à distance. Elles le font avec des hommes qu’elles n’ont jamais vus et que les marieurs dépeignent sous les couleurs les plus flatteuses. Beaucoup de naïves croient s’engager dans une belle histoire d’amour et se voient dans le rôle de l’épouse choyée. Malheureusement, la réalité est toute autre. Les filles qui partent se retrouvent très souvent dans une existence d’assujettissement et subissent toutes formes d’exploitation et d’abus. Ces malheureuses payent fréquemment pour la cupidité de leurs parents pour qui un mariage heureux est un mariage qui rapporte.

Doussou Djiré

Essor du 05 juin 2008