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1- De l’explosion du mouvement associatif « Jeune »

De l’avènement de la colonisation à ce jour, la définition ou l’approche de cette population cible a très souvent fait l’objet de controverses, a fait couler beaucoup d’encres car, a- t- on, remarqué la notion de jeunesse ne recouvre pas la même réalité en Afrique et en Europe.

Une situation que les indépendances semblent avoir exacerbée. Si en Occident, la notion de jeunesse recouvre plutôt les enfants et les adolescents, en Afrique, comme TOPOR le souligne, il en est autrement :  »Notons toutefois ici, que dès le départ, se heurtent et dans une certaine mesure, se contredisent deux notions (au moins !) de la jeunesse. En fait, dira-t-elle, les catégories d’âge visées par le terme  »jeune » sont rarement précisées et varient selon la nature des associations.

Pour les mouvements d’inspiration européenne, elles sont généralement codifiées, pour les autres, elles sont moins tranchées et peuvent même englober des adultes d’une trentaine d’années. La complexité du sujet amènera TOPOR à écrire que le terme de  »jeune » pourrait inclure des individus ayant atteint la quarantaine.

COQUERY a rencontré les mêmes difficultés lors des études qu’elle a faites sur les jeunes du Sahel :  »Comment définir un jeune ? ». Puisqu’il fallait le faire, COQUERY, dans une première approche, définira les jeunes comme la catégorie allant approximativement de l’adolescence (âge de la puberté) à la situation de jeune adulte. Les statistiques, a-t-elle dit, lui ont permis de calculer le nombre de jeunes par Etat africain allant de 15 à 24 ans.

Le critère était, a-t-elle dit, l’âge de l’activité militante maximum, celui où l’on peut présumer que l’on a plus de chance de retrouver les jeunes urbains en cas d’émeute : lycéens, étudiants, chômeurs, jeunes sous employés ou sans emploi, proches de la rue, voire de la délinquance…..

S’agissant du critère de l’âge, COQUERY soulignera que cela se modifie selon les époques. Quant à la limite de 25 ans, COQUERY notera tout comme TOPOR, qu’elle est parfaitement aléatoire car l’on pourrait proposer 3O ans ou davantage.

Bref, COQUERY précise que c’est une classe d’âge à la fois spécifique et diversifiée comprenant des scolarisés et étudiants, mais aussi tous ceux qui relèvent du travail non contrôlé(dit improprement informel) , domestique ou marginal, tous les jeunes travailleurs salariés du monde capitaliste  »formel », les déscolarisés, les délinquants.
Au Mali, la pierre d’achoppement demeure toujours la tranche d’âge :

De 1960 à 1968, c’est la tranche d’âge 8-25ans
De 1969 à 1978, c’est la tranche d’âge 8-30ans
De 1978 à 1991, c’est la tranche d’âge 8-35ans puis 8- 40 ans
De 1991 à ce jour, c’est la tranche d’âge 10-35ans.
En 2004, selon la projection de la Direction Nationale de la Statistique et de l’informatique, la tranche d’âge 10 à 35 ans constituait les 56,77% de la population.

En 2005, toujours selon la Direction Nationale de la Statistique et de l’informatique la population de moins de 35 ans était de 77, 1% de la population totale
Ceci dit, la quête de réponses concrètes et souvent urgentes a certainement favorisé le foisonnement des associations de jeunesse au lendemain du Coup d’Etat du 26 mars 1991.

N’oublions pas que ces événements ont instauré le pluralisme démocratique, la liberté d’association et la liberté de presse. Tous les jeunes qui ont subi le triple poids « monocratie- ajustement structurel concours d’entrée à la Fonction Publique » ont envahi ce champ.

Cette démarche fut saluée. Les Etats Généraux de la Jeunesse et de l’Emploi furent organisés. Des sillons ont été tracés.
En 2OO5, la Direction Nationale de La Jeunesse a répertorié 488 associations, organisations et mouvements de jeunesse sur toute l’étendue du territoire national.

Aujourd’hui, la moisson est-elle à hauteur de souhait ?
Une première lecture des différentes motivations révèle que les adhérents étaient presque tous des jeunes diplômés en quête d’un premier emploi. Le mouvement associatif « jeune » constituait pour eux une réponse à cette situation de manque.

Une seconde lecture révèle que ces jeunes n’ont certainement pas su mettre à profit cette opportunité. En lieu et place de la création d’une plate forme de concertation autonome dans le cadre de la promotion des jeunes, les premiers responsables ont été absorbés par leur propre promotion administrative ou politique.

Une troisième lecture révèle que ces jeunes n’ont certainement pas bénéficié de l’accompagnement politique et administratif adéquat. Ces néophytes ont mis du temps à attendre l’itinérant si bien que le dilettantisme s’est installé en créant parfois des crises de confiance

Une quatrième lecture révèle comme le notent AUGUSTIN (JP) et ION (J) que ces jeunes n’ont certainement pas su mettre à profit la force qu’ils constituaient pour :

* se regrouper au lieu d’être regroupés,


*
se donner des règles et des lois au lieu qu’on leur fixe un cadre et un objectif,


*
se poser collectivement en catégorie sociale revendicative au lieu de se couler dans un moule préétabli.


Une cinquième lecture révèle que la multitude ou l’extrême diversité de ces associations de jeunesse n’a pas été pris en compte par les décideurs dans le cadre du soutien et de l’accompagnement des activités socio-éducatives si bien que le financement de ces activités est devenu une affaire d’affinité.

Chaque association de par ses relations avec les responsables de tel ou tel secteur parvient à avoir quelques subsides.


Une sixième lecture révèle que les adultes n’ont certainement pas compris la différence fondamentale qui existe entre les associations d’avant la génération du concours d’entrée à la fonction publique et celles d’après.

Si les adhérents d’avant avaient un statut socioprofessionnel et avaient presque tous un emploi stable et rémunéré, ceux d’après scrutaient l’horizon à la recherche des quelques rares opportunités d’embauche. Si les activités des adhérents d’avant s’inscrivaient dans le champ des loisirs, celles des adhérents d’après s’inscrivaient dans le champ de la survie.

Avec les mutations socioéconomiques intervenues au cours des deux dernières décennies du XXème siècle, le triple poids « monocratie ajustement structurel concours d’entrée à la Fonction Publique «  a totalement bouleversé l’univers des associations de jeunesse si bien que les activités pour la quête du quotidien et pour la survie se sont substituées aux activités récréatives.

Un bouleversement qui du reste n’a pas épargné le mode de fonctionnement des associations de jeunesse. Les adultes crient au scandale car les jeunes ne se réunissent pas, parce que les cotisations ne se payent pas. Autant de principes sacro-saints du mouvement associatif que les jeunes ont du mal à respecter.

Ces principes sacro-saints n’ont-il pas montré leur limite ? La complexité de la situation que vivent ces jeunes a donné naissance au cours des deux dernières décennies du XXème siècle au concept de la « débrouillardise ».

Ne faudrait-il pas aider cette immense majorité à allier quête d’un  »premier emploi stable ou permanent » et  »activités récréatives » ? Ne faudrait-il pas intégrer l’ensemble de ces difficultés dans notre accompagnement du mouvement associatif « jeunes » ? Ne faudrait-il pas envisager de nouvelles approches du mouvement associatif « jeune » ?

La mise en place du Conseil National des Jeunes n’a pas encore annihilé cette situation.

Si cela perdure, ces associations ne risquent-elles pas d’être des structures de prise en charge et de contrôle des jeunes par les adultes ?


2- De la « Majorité minoritaire »

Si les statistiques ci-dessus énoncées révèlent que les jeunes sont numériquement majoritaires, dans la pratique, ils sont minoritaires presque sur tous les plans, minoritaires en terme d’accès :

à un premier emploi,

à un emploi décent,

aux crédits favorisant l’auto emploi,

aux subventions dans le cadre de l’organisation des activités socio-éducatives et récréatives,

aux subventions dans le cadre de l’animation de la vie associative  »jeune »

à des loisirs sains,

etc.

Malgré cet environnement peu incitatif, le mouvement associatif « jeune » a fait preuve de courage de patience et d’abnégation. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il se fait souvent interpeller. Inversement, il a rarement l’opportunité d’interpeller la classe adulte.

Même s’il le faisait, c’est très souvent un silence en retour. Dans le cadre de la pleine participation du mouvement associatif « jeune » au processus de développement économique, social et culturel du pays, il lui manque très souvent l’appui des adultes, qui, généralement, placent la barre très haut si bien que les actions juvéniles sont en deçà de leurs attentes.

Le Décret N° O4 -145 P – RM DU 13 MAI 2004 fixant les attributions spécifiques des membres du Gouvernement stipule en son article 27 que le Ministre chargé de la Jeunesse assure l’élaboration et la mise en œuvre, en liaison avec les autres ministres, de mesures aptes à répondre aux attentes des jeunes et à susciter leur pleine participation aux activités d’intérêt public, notamment celles entreprises au bénéfice des communautés.

Dans la pratique, ce terrain a besoin d’être balisé à travers l’élaboration et la mise en œuvre de directives. Cela aura le double avantage d’éviter ou d’amenuiser le clientélisme et de stimuler la pleine participation aux activités d’intérêt public, notamment celles entreprises au bénéfice des communautés.

Dans cette perspective, des critères d’accompagnement des jeunes doivent être édictés au regard des enjeux de la politique de la décentralisation. Aujourd’hui, en plus d’un répertoire des différentes sources de financement et autres subventions tant au niveau national, régional que local, il est essentiel que l’on formalise des directives afin que les jeunes puissent avoir accès à ces sources de financement et autres subventions.

Les exigences de la bonne gouvernance commanderaient une telle démarche qui, faut-il le dire, s’inscrit dans le cadre de l’affirmation de la citoyenneté. L’institutionnalisation d’un agrément  »jeunesse » qui fixera les modalités d’appui serait une excellente chose.

Cet agrément définira et précisera les modalités permettant aux associations de bénéficier des subventions d’une municipalité ou d’un conseil de cercle ou d’une assemblée régionale ou du Gouvernement à travers ses différents départements concernés et leurs services centraux et déconcentrés, sans oublier les autres partenaires.

En portant ces critères à la connaissance des jeunes, ils comprendront qu’ils ont des droits et devoirs. Si ces mesures ne sont pas draconiennes, elles soumettront les jeunes à un nouvel exercice qu’ils accompliront avec plaisir.

L’élaboration et la mise en œuvre de ces directives seront accueillies dans bien des cas par de nombreux décideurs notamment les municipalités, les conseils de cercle, les assemblées régionales, sans oublier les autres partenaires. Même s’ils sont disponibles, ils ont besoin d’être rassurés, ils ont besoin de balises, de garde -fous.


Badara Alou TRAORE,

Ancien Directeur National de la Jeunesse

12 Mai 2008