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Cette petite phrase sensible et pleine de signification a été lâchée par le « père » de la décentralisation au Mali, Ousmane Sy, membre de la Commission politique de l’ADEMA, la première force politique du pays, et surtout ancien ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales (MATCL) sous le président Alpha Oumar Konaré, qui a organisé les élections générales de 2002.

C’était au cours d’une conférence-débat, le jeudi 8 mai 2008, à Eden Village (Sébénikoro) sur « l’évolution de la démocratie au Mali :

enjeux et perspectives ». Ladite conférence a été organisée par l’Union Pour le Mali (UPM) une association politique formée par un cercle d’intellectuels, qui n’est, cependant, affiliée à aucune formation politique, qui ne cherche pas, non plus, le pouvoir, mais qui a comme principe la défense d’« une nation unie, forte et prospère fondée par la conquête et l’exercice démocratique du pouvoir ».

Pour son premier anniversaire, l’Union Pour le Mali (UPM), une association politique que dirige Dr Mamadou Djimbé, un opérateur économique qui a fait ses preuves dans l’hôtellerie avec son complexe « Eden Village », a organisé, le jeudi 8 mai dernier, dans la salle de conférence de l’hôtel en question, une conférence-débat sur « l’évolution de la démocratie au Mali : enjeux et perspectives ».

Pour animer cette conférence, le choix a été porté sur Ousmane Sy, un des présidents d’honneur de ladite association, « père » de la décentralisation au Mali, membre de la Commission politique de l’ADEMA, la première politique du pays et surtout ancien ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales (MATCL) sous le président Alpha Oumar Konaré, qui a organisé les élections générales de 2002.

Avec une riche expérience de 25 années de lutte politique qu’il traîne derrière lui, Ousmane Sy a porté un jugement sans complaisance sur la démocratie malienne. D’entrée de jeu, il a soutenu que « le 26 mars 1991 est l’aboutissement de plusieurs années de lutte pour la démocratie, qui a des acquis et des insuffisances ».

Comme acquis, le conférencier a énuméré « la séparation du parti de l’Etat – comme c’était le cas sous la première République avec l’US-RDA, sous la deuxième République avec l’UDPM – le multipartisme intégral, la liberté d’expression, d’association, d’entreprise et de culte ». Ce n’est pas tout.

Le conférencier a également estimé que « la mise en place de toutes les institutions de la République, l’amélioration d’année en année du processus électoral caractérisé par des alternances en douceur » font également partie des acquis de la démocratie au Mali.


«La démocratie, c’est l’éthique et la méthode»

Cependant, l’ancien ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales (MATCL), Ousmane Sy n’a pas manqué de formuler quelques questions de fond qui caractérisent souvent, selon lui, des insuffisances du système démocratique malien.

Celles-ci s’articulent autour du comportement des citoyens face aux valeurs républicaines, de l’accès et de l’exercice du pouvoir, du fonctionnement des institutions de la République et du rôle des parties politiques et des contres-pouvoirs. De son avis, « la démocratie, c’est l’éthique et la méthode ».

Avant d’ajouter que « la première n’est pas la chose la plus partagée de nos jours ».

Le conférencier a, par la suite, soutenu que « les enjeux sont grands pour corriger davantage le système démocratique au Mali ». Pour cela, l’orateur estime que « la légitimité de ceux qui nous gouvernent doit être une préoccupation à côté de la légalité ».

Pour l’ancien ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales (MATCL) « il faut le respect de la représentativité nationale afin d’éviter les gabegies de nos maigres ressources financières.

Les élections coûtent très chères en Afrique en général et au Mali en particulier. Imaginez que pour une élection présidentielle, l’Etat débourse 250 millions de F CFA pour un seul candidat. Il faut réduire le coût de nos élections par la limitation de l’accès aux compétitions électorales.

Pour un pays en manque d’eau potable, d’écoles et de centres de santé, engloutir des milliards à une élection pour des candidats sans aucune légitimité apparaît comme un crime« .

Pour l’organisation de ces mêmes compétitions électorales, le conférencier soutient qu’il faut aller vers la professionnalisation. Pour cela, il estime que « seule l’Administration est suffisamment responsable pour mener à bien cette organisation« .

Le consensus, la règle ; le vote, l’exception

Aujourd’hui, face aux désintéressements des populations vis-à-vis des consultations électorales, Ousmane Sy dit avoir « le sentiment que nous menons un processus que les gens ne comprennent pas« . Ainsi, il préconise que le consensus soit souvent de mise, sinon « la règle » et que le vote soit « une exception ».

A cet effet, « le rôle et la place des autorités traditionnelles doivent être bien définis tout en donnant une place de choix à nos langues nationales dans la gestion des affaires publiques et non à un système monopolisé par une seule langue » a affirmé le conférencier.

Au cours des débats, des questions, relatives au « rôle et la place des partis politiques », à « la limitation du mandat présidentiel », à « la démocratie, un luxe pour l’Afrique » comme l’avait estimé l’ancien président de la République française, Jacques Chirac alors maire de Paris et enfin à « l’école malienne », ont été évoquées. maliweb.net.

Du rôle et la place des partis politiques, nombreux sont les intervenants qui ont estimé que la plupart de nos formations politiques ont démissionné. Ainsi, certains n’ont pas hésité à souhaiter le retrait des récépissés à tous partis politiques qui ne jouent plus son rôle de sensibilisation, de formation, d’éducation et de gardien des valeurs républicaines.

S’agissant de la question relative à la limitation du mandat présidentiel posée par un certain Modibo Diarra, le conférencier a laissé entendre qu’elle est antidémocratique.

« Au regard même de la définition de la démocratie et en vertu ses principes, la limitation du mandat présidentiel est antidémocratique. Cependant, il faut tenir compte du temps et des contextes. Le choix de la limitation du mandat présidentiel au Mali été fait par la Conférence nationale, après la révolution du 26 mars, qui a mis fin à 23 ans de règne du pouvoir dictatorial du Général Moussa Traoré.

Dans la foulée, le contexte de l’époque, qui a traumatisé tout un peuple, à guider vers le choix de la limitation du mandat présidentiel. Celle-ci, à mon avis, ne doit pas être une obligation si les contre-pouvoir jouent bien leurs rôles afin de faire éviter à notre système démocratique des dérives.

Sinon le peuple a le droit de choisir qui il veut pour la gestion de ses affaires publiques » a martelé l’ancien ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales.
Trouver une solution consensuelle à l’école

Se penchant sur la question relative à « la démocratie, un luxe pour l’Afrique », l’orateur a répondu que « la démocratie peut être est luxe pour l’Afrique si ce continent veut, vaille que vaille, copier celle de l’Occident en ne tenant pas compte de ses propos réalités ».

Enfin s’agissant de l’école malienne, la sempiternelle et épineuse question, le conférencier et les participants sont convenus qu’ « il faut mettre ce problème au centre des préoccupations de l’Etat et aller vers une solution consensuelle avec tous les acteurs concernés ».


Alassane DIARRA

12 Mai 2008