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Pas assez assidu dans l’amphi, Boubacar se décarcasse beaucoup plus pour voler des motos. Sans être plus brillant pour autant.

Les cérémonies de mariage sont l’occasion pour certains Bamakois d’étaler avec exubérance, et même arrogance, leurs richesses. Ces puissances financières voguent sur des nuages où ils sont transportés par les louanges des griottes.

Alors tout à leur bonheur, ils manquent totalement de retenue et de vigilance. Les voleurs le savent. Ils se mettent souvent aux aguets pour profiter du remue-ménage et dérober les engins à deux roues des visiteurs et des invités.

Le mariage de Djénéba Seck avec son mentor, le chanteur Sekou Kouyaté, a été l’occasion pour les artistes maliens de se retrouver à l’hôtel Résidence Bouna. Ce 18 août, toutes les vedettes de la musique malienne se sont données rendez-vous à l’ACI 2000.

De rutilantes voitures et des motos ont envahi les alentours de l’hôtel aux environs de 19 heures. Un copieux repas de noces devait être servi par les mariés à leurs amis, parents et invités. Une dame, Hadia Mariam Kanté, amie de la mariée était présente aussi. Elle était arrivée au Bouna sur une moto Jakarta flambant neuve.

N’ayant pas trouvé un endroit pour parquer son engin, elle choisit de le mettre à côté des gardiens sans les prévenir. Une fois l’engin stationnée et mis en sécurité par un antivol, elle se joint à la foule et oublie totalement que la ville de Bamako regorge de petits malins prêts à bondir sur la moindre occasion.

L’un d’eux s’appelle Boubacar dit Abou. L’homme a fréquenté la Faculté des sciences juridiques et économiques et a dû abandonner les bancs pour insuffisance de travail. Une fois hors du monde universitaire, il change carrément d’univers et fréquente des endroits mal famés. Les bars et les maisons closes de la capitale sont devenus ses lieux favoris.

Après avoir passé quelques années à vadrouiller dans la capitale, il se décide un jour à sauter le pas et à devenir un voleur. « Je me suis engagé dans le vol pour me constituer un fonds de commerce« , a-t-il dit devant l’inspecteur Maky Sissoko, le chef B.R. du 10 arrondissement. A la recherche de bons coups, Boubacar s’est rendu ce 18 août à l’hôtel Bouna.

Il a suivi l’arrivée de la dame Hadia Mariam Kanté et a remarqué la légèreté des précautions prises par elle pour sa moto. Il la suit jusqu’à ce qu’elle soit absorbée par un groupe de femmes et revient vers les gardiens en se frappant les mains. A l’un d’eux qui lui demandait ce qui n’allait pas, il répondit promptement qu’il avait perdu la clé de la moto dans la cérémonie et qu’il ne savait pas comment faire pour ramener sa moto à la maison sans couper les fils du démarreur.

L’un des vigiles lui suggère alors de prendre un taxi et de faire transporter la moto. Bonne idée, réagit-il. Et il s’empresse de chercher un taxi. Très vite, il en trouve un et plus vite encore il se met d’accord avec le taximan sur un prix.

taxi.jpgAvec l’aide des vigiles, le taximan et le voleur chargent l’engin dans le coffre arrière. Le taxi mit le cap sur Niamakoro. A destination, Abou débarque la moto et la pousse dans une chambre isolée dans une cour. Le taximan empoche le prix de sa course et retourne à l’hôtel non sans avoir relevé les repères de la maisonnette.

« En cours de route, j’ai douté de la moralité de mon client. Il regardait partout et parlait peu. Je lui ai demandé ce qu’il faisait dans la vie et il a répondu qu’il était homme d’affaires. Je n’avais pas confiance puisqu’il m’a payé en jetons« , expliquera le taximan aux policiers qu’il a aidés à retrouver le voleur.

Le taxi regagna l’hôtel alors que Hadia Mariam Kanté était à la recherche de son engin. Le chauffeur l’aperçut, s’approcha d’elle et lui demanda ce qu’elle était en train de chercher si fébrilement. Hadia Mariam Kanté sanglota presque en racontant qu’elle s’était fait voler sa Jakarta. Le taximan lui demanda la couleur de l’engin et la dame répondit : « grise !« .

Le conducteur lui annonça alors qu’il venait de déposer un engin de la même couleur à Niamakoro chez un jeune homme et qu’il était prêt à lui montrer l’endroit contre le prix d’une course. Un des invités s’engagea à le régler. Le taximan prit la dame et fila droit avec elle au 10è arrondissement. L’inspecteur Macky Sissoko qui était de permanence, se joignit à eux avec quelques éléments. Le groupe alla rendre une visite impromptue à Boubacar.

Le voleur n’avait pas perdu de temps. Dès que le taximan avait tourné le dos, il avait entrepris de démonter l’engin en pièces détachées. Les policiers le trouvèrent en plein désossage. Lorsqu’il l’arrêtèrent, il était sur le point de terminer le boulot.

Conduit au commissariat, l’homme ne pouvait nier les faits, mais a tenté de justifier son acte par le manque d’emploi et le désir de se faire un fonds de commerce. Cuisiné par les policiers, il a reconnu ne pas être à son premier vol.

Il a avoué avoir trompé la vigilance d’autres personnes lors d’un mariage pour se faire la belle avec une moto. Selon ses propres aveux, à Diallobougou, il a dérobé la moto d’un fidèle qui accomplissait son devoir religieux à la mosquée du coin au crépuscule.

Où sont les deux engins ? A qui les a-t-il vendus et dans quelle partie de la ville ? A quel prix les a-t-il cédés ? Boubacar dit Abou ne saurait le dire. Les deux engins ont été liquidés à des individus qu’il a rencontrés un peu par hasard dans la ville de Bamako. Il avoue ne plus se rappeler du prix obtenu.

Le voleur a été déféré au parquet de la Commune VI. Si l’ancien étudiant de la fac de droit ne sait pas la peine qu’il encourt, le juge d’instruction lui fera réviser ses cours.

G. A. DICKO

28 Août 2007.