Partager

«L’économie locale des régions nord est menacée d’asphyxie du fait des services de répression»

Depuis toujours et maintenant encore, comme chat et souris, douaniers maliens, agents de forces de sécurité, indicateurs non patentés et opérateurs économiques, se livrent une chasse sans merci, dans les régions administratives de Gao, Kidal, Tombouctou. Les premiers pointent le nez contre la fraude commerciale, les seconds s’abattent derrière leur corruption générale. Les uns et les autres s’affrontent presque dans un conflit permanent d’intérêts égoïstes.

A force inégale, chaque partie, publique ou privée, assez futée, règle naturellement ses comptes avec l’État sur le dos des contribuables, consommant par une nécessité de vie courante. Dès que de la marchandise est saisie de toute façon, puis remise sur le marché intérieur par différentes stratégies intégrées, les commerçants augmentent son prix de vente locale, réajustent en fonction de sa pénurie, provoquée, quelque part, le pouvoir d’achat surexcité, tout ménage factuel ou opère cette inflation domestique .Bon gré, mal gré.

Par conséquent, la communauté arabe du Mali, dans sa plus grande majorité, exerce des activités élémentaires de commerce et d’élevage primaires. Ce sont sa seule source principale de subsistance, de revenus et d’identification culturelle pour participer, à part entière, à la vie nationale de sa patrie. Sans doute, plusieurs secteurs structurels sont très peu mis à profit, au niveau communautaire, faute de disposition humaine et de moyens qualifiés.

Ainsi, depuis une dizaine d’années, s’est établi un consensus considérable par l’autorité compétente, entre agents de services publiques et opérateurs économiques maliens, au sujet de transactions frontalières dans leur tarification officielle et leur taxation fiscale, en vue d’améliorer les conditions d’existence des populations locales et de faire nourrir sur place sa famille naturelle, tant bien que mal.

Au fait, souvent à nos risques et périls, traversée désertique et dangereuse contraigne, nous oeuvrons à croître un flux d’échanges utiles aux frontières communes entre la région sous-développée de Tombouctou, l’Algérie, le Burkina Fasso, la Mauritanie, et au-de là le Niger dans le cadre informel de l’intégration africaine, de la oumma maghrébine, des accords bilatéraux, de la libre circulation des biens et des personnes, de la concurrence loyale de la lutte nationale contre la pauvreté, et de bonnes relations de confiance réciproque et de facilité commerciale avec nos partenaires fournisseurs, à l’extérieur comme à l’intérieur du Mali.

A Tombouctou, parfois sous pression discrète de certains commerçants collaborateurs , fiscalement catégorisés gros, décidés d’occuper le terrain financier à temps partiel pour écouler leur stock emmagasiné, ou désirant exploiter leur licence d’exportation auprès de concurrents faibles, l’autorité compétente semble tenter une politique permissive de dopage ordinaire à l’argent liquide. Alors service de douane, celui des affaires économiques et forces de l’ordre, déséquilibrent en puissance le cours normal des articles de nécessité première.

S’attaquant de plein fouet et parfois en faisant fi du sens de la mesure aux produits de base- tapis, tissu, sucre, lait, farine, pâtes alimentaires, thé-, l’on interprète, à tort ou à raison, que c’est un acte répété, posé par l’autorité compétente pour sucer davantage notre  » vache laitière  » et l’affaiblir économiquement. L’opinion populaire croit plutôt à quelque volonté délibérée de porter circonstanciellement un coup psychologique sévère, dans le milieu pauvre, nomade, semi sédentaire et citadin, afin de briser notre élan positif d’initiative privée et de petite entreprise, voire de résistance sociale par débrouillardise quotidienne.

Capital ouvert sur l’économie de marché, quiconque, en dehors de l’Etat peut-être, n’a le droit de monopoliser l’approvisionnement régional et le circuit distributif de produit commercial, nécessaire à la survie de tous. Faut-il évoquer les conditions d’enclavement, de mauvais état de route et de durée limitée de voie fluviale. A la base du dispositif général de régulation et de contrôle, nous sommes actifs, autant faire ce peut. Nous travaillons, plus ou moins loyalement, au commerce traditionnel de détail, jour et nuit. Pour manger, boire, dormir à l’ombre et élever nos enfants dans la paix, on offre mieux en prix abordable localement, on gagne plus en bénéfice, sans pouvoir vraiment investir au-delà. Chaque cadre compétent, intéressé et louable, saura confirmer par ses calculs techniques.

Aussi, courant la période même où le militaire Ibrahim Bahanga, par ailleurs, incite à se faire tuer aux armes lourdes, un véhicule de la gendarmerie nationale, en mission commandée, transportant une vingtaine d’hommes armés Kalachnikov, descend sur le marché « yobou tao » de Tombouctou ville. Ces derniers pénètrent dans nos boutiques pour rafler certaines marchandises indiquées, poussant jusqu’à leurs derniers retranchements dans notre foyer conjugal et jouer banalement sur notre personnalité morale et la mémoire collective menant à un mecontentement général. C’était le 21- août-2007. Motif d’implication commune : détention de marchandises sans justification.

Entre autres marchandises exposées, par ci 28 sacs de sucre, provenant de Bamako, 12 de farine là-bas, 3 tonnes au coin, le fardeau sur l’âne passant à côté. Cette saisie importante a été transportée par le chauffeur du Gouvernorat et déposée dans les magasins du service des affaires économiques. Quarante cartons de cigarettes Américan Légend sont remis au bureau régional de douane, tout en violant le domicile familial du commerçant concerné, désarmé de son droit fondamental à une perquisition légale, au respect légitime et à la dignité humaine. Un trimestre avant, parmi beaucoup d’exemples vivants et antérieurs, un opérateur économique, reconnu intègre, corrompt contre sa volonté pour sortir d’affaire commerciale, son employé retenu en garde à vue, 10 jours durant. Besoins d’enquête préliminaire obligent, justifie- t-on.

Au niveau de la zone douanière de Gao, la Brigade d’Investigation Mobile, coiffe le bureau régional de Tombouctou. Dans leur litige de responsabilité posée encore, elle argumente que lui a tort professionnellement, et il répond qu’elle n’a pas raison dans l’exécution régulière de leur rôle commun. Tous interviennent partout, à la fois, pourvu que le commerçant nomade, a priori fraudeur, mette la main à sa poche, y soustrait une part sûre à chaque service spécialisé.

A gouverner, gérer, diligenter, et si raison d’État il y’a, elle peut s’effacer derrière l’intérêt collectif, sauf exception d’urgence majeure. Malheureusement, tout le monde connaisseur, n’est pas responsable et sage à la fois. Dans la région de Tombouctou, la pluspart des opérateurs économiques s’endettent beaucoup et roulent à perte de fonds, au bord de leur faillite.

Baliky Idriss

12 septembre 2007.