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En dépit des assurances données, notamment la promesse d’un plan social, lors de la privatisation de l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma), le repreneur a cru bon de licencier 395 travailleurs au motif que l’usine manque de graine de coton, sa matière première. Des travailleurs, qui tirent aujourd’hui la queue du diable, sortent de leur réserve et interpellent le chef de l’Etat sur ses obligations à l’équité et à la justice sociale.

« Monsieur le président,

Huicoma a été privatisée en 2005 et l’Etat malien a cédé la majeure partie de ses actions au groupe Tomota. Dans l’acte de cession signé entre le gouvernement et le groupe Tomota il est stipulé en son article n°8-4 que le repreneur doit établir un plan social négocié avec les travailleurs en 60 jours. Lors d’un de vos passages à Koulikoro, les travailleurs et toute la population ont manifesté leur inquiétude face à une éventuelle privatisation. Vous avez donné des assurances et vous avez dit ce jour que vous n’accepterez aucune privatisation de Huicoma qui n’est pas accompagnée d’un plan social qui préserve le droit des travailleurs.

Monsieur le président, le constat est aujourd’hui amer : du 2 juin 2005 à ce jour aucun plan social n’a été mis en place et mieux depuis le 5 octobre 2007, 395 travailleurs ont reçu leur lettre de licenciement de l’employeur soit :
– Koutiala (135 travailleurs)
– Kita (44 travailleurs)
– Koulikoro (200 travailleurs)
– Bamako (16 travailleurs)

Ce licenciement est intervenu après 3 mois de chômage technique sans salaire pour les travailleurs.
Comment comprendre Monsieur le président, qu’entre la déclaration radio-télévisée du secrétaire général de l’UNTM à l’occasion du 1er mai 2007 qui disait que le plan social Huicoma était un acquis et la date du 13 juin 2007 les travailleurs partent en chômage technique et viennent d’être licenciés.

Monsieur le président, la mise en chômage technique des travailleurs est motivée par le manque de graines de coton selon le repreneur. Cette situation est-elle vraie ou a-t-elle été créée ? L’histoire nous le dira un jour. Sachez seulement

Monsieur le président que pendant ces trois mois, certaines familles n’ont pas mangé à leur faim, certains foyers se sont brisés, faute de soins certains ont vu leurs proches mourir.

Vos amis les enfants qui sont chez nous n’ont pas encore pris le chemin de l’école, car nous n’avons pas les ressources nécessaires pour y faire face. Par anticipation, nous avons sollicité le concours de la Fondation pour l’Enfance créée par vous et gérée aujourd’hui par Madame votre chère épouse. Nous sommes toujours à l’attente.

Monsieur le président, votre mandat vient d’être renouvelé par le peuple souverain. Lors de votre précédent mandat vous vous êtes investi dans la lutte contre la pauvreté, l’emploi des jeunes et le partage équitable des ressources de l’Etat en créant des structures comme l’Apej, en octroyant des tracteurs aux jeunes et aux paysans, en rendant certains médicaments gratuits pour ne citer que ceux-ci. Ce qui a valu un prix pour la bonne gouvernance, les Etats-Unis d’Amérique vous ayant accordé le MCA qui fait aujourd’hui la fierté de tous les Maliens et tous les Africains. Il faut faire en sorte que vos efforts ne soient pas vains, car 395 travailleurs licenciés sans plan social constituent des chômeurs fabriqués sans possibilité de réinsertion et qui ne pourront pas faire face à leur devoir de chef de famille.

Cependant Monsieur le président, l’arbre ne doit pas cacher la forêt, il y a eu des insuffisances dans la privatisation de Huicoma et un non-suivi régulier de ce dossier au niveau du gouvernement et de ses structures. Le gouvernement à travers ses structures ne s’est intéressé qu’à l’aspect investissement du repreneur, sans se soucier des autres obligations prévues dans l’acte de cession.

Monsieur le président Huicoma n’appartient pas au groupe Tomota, car l’Etat y détient encore 12 % des actions et les travailleurs sont également actionnaires. Il appartient donc à l’Etat actionnaire, à l’Etat cédant de suivre la privatisation de Huicoma jusqu’à son terme. Donc nous tenons l’Etat pour responsable de tous les déboires que nous connaissons aujourd’hui. En son temps, Mme la ministre des Domaines de l’Etat a été interpellée devant les élus de la nation, par le député Mangané de Koulikoro. Toutes les inquiétudes de l’honorable ce jour sont maintenant devenues réalité. On peut se tromper Monsieur le président, mais il ne faut pas persister dans l’erreur.

C’est pourquoi étant le premier magistrat du pays, nous réclamons justice par conséquent nous demandons :
– La mise en place du plan social ;
– Une commission d’enquête sur le manque de graines de coton ;
– La vérification des comptes Huicoma ;
– Le reversement à l’INPS de nos cotisations sociales.

Monsieur le président nous nous remettons à votre sagesse, à votre sens de l’équité et de la justice ».

Ont signé au nom des travailleurs

1. Mme Thiéro Founé Sissoko

2. Amadou Diallo

3. Zoumana Dembélé

4. Ibrahima Diabaté

5. Modibo Coulibaly

6. Mme Diarra Gna Coulibaly

7. Mme Konaté Sira Camara

8. Mme Haïdara Salimata Samaké

9. Cheickné Kanté

10. Amadou Togora

11. Abdoulaye Traoré

12. Amadou Traoré

13. Mohamed Lamine Ouattara

14. Bakary O. Samaké

15. Boubacar Traoré

16. N’tji Coulibaly

17. Siaka Diakité

18. Laraby Kampo

19. Sibiry Diarra

20. Amirou Traoré

21. Yacouba Konaté
_22. Luther Konaté
_23. Mamoudou Traoré

18 octobre 2007.