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L’Association bamakoise pour l’insertion et la promotion des sourds, sous la plume de son secrétaire général, attire l’attention du président de la République Ibrahim Boubacar Kéita et du Premier ministre Oumar Tatam Ly sur les injustices dont les personnes handicapées intellectuelles sont victimes depuis plus de 20 ans.

Mon président,

Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter pour votre brillante victoire à l’élection présidentielle !

En ma qualité de président de l’Association bamakoise pour l’insertion et la promotion des sourds, je voudrais attirer votre attention sur l’injustice dont les intellectuels handicapés sont victimes depuis l’avènement de la démocratie au Mali.

Malgré la signature de la Convention des Nations unies sur le droit des personnes handicapées par notre pays en 2010, celles-ci continuent de faire face à toutes sortes de difficultés notamment : l’absence de formations professionnelles, l’inaccessibilité aux bâtiments publics, à l’information, la discrimination sur le lieu de travail, le manque d’implication dans les prises de décision les concernant et l’absence de promotion des intellectuels handicapés. La démocratie serait-elle contre toute promotion des intellectuels handicapés dans notre pays ? La question mérite d’être posée.

La Convention dit que les pays doivent prendre les mesures idoines pour que les personnes handicapées aient les mêmes droits que tout le monde. Si sur le plan institutionnel, ce droit est respecté, il en est autrement dans la pratique quotidienne, la population aussi bien que les autorités ignorent ou violent sciemment la Convention.

Une des dispositions majeures de cette Convention que l’on souhaite être respectées concrètement au Mali est celle qui invite les pays à tenir compte du droit des personnes handicapées, à les prendre en compte dans toutes les décisions politiques. « Travailler ensemble », ça veut dire aussi travailler avec et pour des personnes handicapées !

La création d’un ministère de la Solidarité et d’une direction en charge des personnes handicapées au départ fut encourageante. Mais force est de constater que depuis, aucune structure de ce département ne travaille véritablement pour la cause des personnes handicapées.

Depuis une vingtaine d’années, des solutions idoines n’ont été trouvées pour alléger les conditions de vie des personnes handicapées même si les pouvoirs publics ont institué la célébration du Mois de la solidarité. Une occasion de transformer des citoyens qui n’aspirent qu’au développement de ce pays… en mendiants.

Aujourd’hui, la gestion de ce ministère et de ses services rattachés constitue un enjeu politique et économique pour les partis politiques. Le Mali est pratiquement le seul pays de la sous-région où le ministère en charge des Personnes handicapées n’est pas dirigé par une personne handicapée. La stratégie malienne a consisté à la création d’une Maison de la solidarité qui abrite la Fédération des associations des personnes handicapées.

Si la création de la Maison de la solidarité fut saluée en son temps, les associations des personnes handicapées ont découvert la supercherie du gouvernement malien qui consiste à une réclusion des leaders des personnes handicapées dans une maison close sans un pouvoir réel d’influencer sur leurs conditions de vie.

Alors que la meilleure solution pour cette frange de la population était de leur attribuer l’unique ministère créé en leur nom ! Il existe suffisamment de personnes handicapées qui militent depuis une vingtaine d’années dans les mouvements pour personnes handicapées capables de diriger un tel ministère. L’Etat malien continue de nommer des »politiques » pour diriger ce ministère et ces différentes directions au grand dam des personnes intellectuelles handicapées qui sont bardées de diplômes et d’expériences.

Nous estimons que cette discrimination devra être réparée au cours de votre mandat. Le ministère de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a été créé pour la promotion de la femme et de tout le temps il a été dirigé par une femme, alors pourquoi voit-on en mal un handicapé à la tête de leur département ?

Ladji Siaka Doumbia Ph.D

(secrétaire général de l’Association bamakoise pour l’insertion et la promotion des sourds)

Les Echos du 16 Janvier 2014