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Monsieur le Président, vous venez d’être déclaré vainqueur de la présidentielle du 18 octobre dernier, avec près de 60% des suffrages, si l’on en croit du moins la CENI (Commission électorale nationale indépendante) de Guinée. Un score largement confortable puisqu’il vous permet d’être proclamé vainqueur dès le premier tour. Je me serais empressé de vous adresser mes vives félicitations si votre pays, la Guinée, avait la vertu démocratique ancrée en elle, à l’instar d’un pays forçant l’admiration et le respect comme le Ghana où le processus électoral a toujours été conduit de bout en bout avec sérieux, rigueur et respect de tous les candidats. Chose qui ne surprend guère. Car, très soucieux de son image et de sa respectabilité, le Ghana comme bien d’autres rares pays du continent noir, ne s’amuse pas avec ses institutions ! Fortes et crédibles, elles le sont ! Et c’est le moins que l’on puisse en dire ! Et c’est pourquoi celles auxquelles est confiée l’organisation des élections, ne peuvent invariablement que livrer, in fine, un travail propre et sans bavures, c’est-à-dire des résultats qui ne souffrent pas la moindre contestation et qui  sont, ce faisant, acceptés de tous les candidats. Peut-on en dire de même pour les institutions en Guinée ? Rien n’est moins sûr.  Je me permets même cette sentence : il ne faut pas rêver !  Dans un pays comme la Guinée qui a toujours eu du mal à se débarrasser de ses haillons de Gondwana, où la barbarie politique l’a toujours disputé au vaudeville électoral, votre ascension au pouvoir, Monsieur le Président, n’a malheureusement pas apporté un grand changement aux vieilles mauvaises pratiques. Bien au contraire : tout se passe comme si vous avez un malin plaisir à profaner le terreau guinéen pour le triomphe de vos ambitions de patrimoinisation du pouvoir. En tout cas, à en juger par la violente contestation qui a accompagné la proclamation de votre victoire, je ne suis pas loin de donner raison au président américain, Donald Trump, quand il a eu la maladresse de qualifier nos pays africains de pays de m… Certes, il a exagéré en mettant tous les pays dans le même sac.  Mais si l’on devait rapporter cette caricature au cas guinéen, je ne m’offusquerais pas outre mesure. En tout état de cause, votre victoire ne convainc pas grand monde, mises à part les organisations internationales comme la CEDEAO, l’Union africaine qui, comme d’habitude, n’ont jamais rien pu constater de nature à remettre en cause, « la sincérité et la crédibilité du scrutin ».  Votre victoire a du mal à passer d’autant que depuis le lancement de votre fameuse idée de révision constitutionnelle, tout le scénario était en marche pour que vous parveniez à vos fins, c’est-à-dire étrenner votre 3e mandat. Et c’est peu de dire que vous n’aurez pas lésiné sur les moyens !

Vous aviez plutôt un intérêt colossal dans l’insincérité du vote

Face au refus des résultats par une bonne partie du peuple de Guinée, vous rétorquerez que c’est encore la faute à votre opposition qui ne sait rien faire de mieux que contester. Soit. Mais, qu’avez-vous donné comme garanties et gages de transparence à ce scrutin ?  En tout cas, toutes les anomalies dénoncées çà et là, notamment par des commissaires de la CENI dont le premier vice-président, à l’occasion des compilations des voix, me font croire que vous aviez plutôt un intérêt colossal dans l’insincérité du vote.  Mais, plus grave est le déferlement de violence consécutif à la proclamation des résultats qui vous attribuent cette victoire par coup K.-O.  Aujourd’hui, la Guinée brûle et tout ça, à cause de votre irrépressible désir de 3e mandat. Que c’est cher payé, Monsieur le Président ! Le sang continue de couler et la comptabilité macabre ne cesse de s’allonger ! Avez-vous encore le courage de vous regarder dans le miroir quand des vies humaines sont ainsi brutalement et bêtement fauchées par vos sicaires ?  La Guinée n’a-t-elle pas suffisamment souffert ?  A plus de quatre-vingt-deux ans révolus, l’on devrait plutôt avoir pour souci, l’après-vie, du moins quand on se dit croyant. Et j’ose croire que vous l’êtes, vous qui avez été récemment en Terre-sainte… Face à la violence inouïe qui continue de s’abattre sur les manifestants, je m’attendais au moins de votre part, à une adresse à la Nation.  Un message qui aurait traduit un minimum de compassion à l’égard des familles endeuillées. Mais surtout une adresse dans laquelle vous auriez appelé à la fin du massacre sur vos enfants et petits-enfants, et mis en garde toute force de l’ordre et de la sécurité qui viendrait encore à faire usage de balles réelles. Jusque-là, vous êtes resté aphone.  Comme si vous approuviez cette sanglante répression. Si, comme on le dit, le pouvoir révèle l’homme, il aura mis à nue, la face hideuse de votre personnalité : un homme prêt à dresser le bûcher contre son pays ; l’essentiel, pour lui, étant qu’il puisse mourir au pouvoir et s’offrir des funérailles nationales. Et c’est bien dommage, Monsieur le Président.  Vous que toute l’Afrique tenait en estime !   Vous dont la phrase avait fait date quand vous déclariez qu’il fallait aider les chefs d’Etat accrochés à leur fauteuil, à partir en leur ménageant une porte de sortie.   Ce principe, à ce que je constate, ne doit pas s’appliquer à vous puisque de départ, il n’en est pas encore question ! Assurément, avec tous ces macchabées qui vont bientôt hanter vos nuits,  votre triomphe électoral est une victoire à la Pyrrhus.

Par Cheick Beldh’or SIGUE

Source: Lepays.bf