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Mon capitaine, deux jours après le putsch, nous avons rencontré certains cadres du CNRDRE pour leur signifier notre inquiétude face aux positions pressenties des rebelles autour de Kidal. La réponse du Capitaine Drissa Sissoko était claire : « Jamais Kidal ne tombera encore moins Tombouctou et Gao, les hommes ont maintenant le moral et sont prêts à libérer les zones occupées, je viens de Gao nous dit il où j’ai amené personnellement des armes et munitions ».

Trois jours après nous savons tous ce qui est advenues des trois régions stratégiques sur tous les plans. Des témoins oculaires nous ont rapporté que les armes et munitions abandonnées à Gao pouvaient faire face à n’importe quelle armée. Ce que nous ne comprenons pas c’est qu’après tout cela, vous osez en uniforme vous promener et faire de la démonstration de force en gaspillant des munitions et blesser les pauvres populations civiles.

Mon capitaine, ce qui manque à vos hommes ce n’est pas le moral, mais le courage, le sens de l’honneur et la bravoure. Nous avons vu vos hommes abandonner leur position à l’entrée de Samaya le jour et même le lendemain de l’attaque des bérets rouges cherchant refuge dans les familles et d’autres dans la nature au seul bruit des fusils. De tels hommes, même si on leur donne la bombe atomique ils l’abandonneront à l’ennemi. Que Dieu bénisse ceux qui acceptent de mourir pour l’honneur. Nous avons vu des dizaines de chars et engins blindés quitter Samanko à la recherche des bérets rouges. Quelles autres armes voulez-vous?

Ils pouvaient fuir mais ils ont préféré la mort à la honte. Ils ont prouvé le 17 janvier qu’avec le courage ils pouvaient tenir leur position n’eût été le manque de munitions qui a conduit à leur massacre le 24 janvier.

Mon capitaine, vous aviez dit que vous n’étiez pas la 3è tête du pouvoir lors de l’interview avec le journaliste Barry d‘Africable. Ce que vos faits et gestes ne démontrent pas du tout. Vos sentinelles sont au chevet du pouvoir, vos hommes ont pris l’ORTM en otage, vous avez maintenu vos hommes à l’aéroport et c’est vous qui recevez le président de la République par intérim et non l’inverse. Vous n’êtes ni le ministre de la Sécurité, ni le Chef d’Etat Major de l’Armée, mais vous décidez des patrouilles dans la ville de Bamako, vous allez jusqu’à initier une convention en ignorant votre Accord -Cadre auquel vous êtes collé pourtant. Avez-vous compris que l’Accord ne fait plus votre affaire mon capitaine?

Aussi, vous avez oublié qu’une Convention sans les deux tiers du territoire national revient à reconnaitre la partition du pays.

Vous dites, que vous n’arrêtez personne, que ce sont les services spécialisés qui arrêtent. Pourtant, vous détenez à Kati depuis le 2 mai sans aucune forme de procès un jeune stagiaire à l’EDM Fleuve, Bourama Sangaré, son péché c’est d’être le jeune frère d’un capitaine du camp paras. Sans compter les hommes en tenue que vous avez pris et que vous torturez dans le même camp.

Contrairement à ce que vous dites mon capitaine, ce sont les militaires qui ont pillé et volé les 23 et 24 mars, nous avons assisté au pillage de la boutique TOTAL Mali face au carrefour des jeunes. Vous avez fini d’ailleurs par le reconnaitre dans la Loi d’amnistie.

La loi d’amnistie ou la » Loi de la honte » met à nu tous vos actes. Cette loi mon Capitaine vous aurait blanchi si elle se limitait au seul » crime imprescriptible » tel qu’énoncé dans la Constitution du 25 février 1992.

Mais que cette loi s’étende à des actes de banditisme et de vol qualifié, doit décevoir tous ceux qui voyaient en vous « l’Homme Providence « … Au nom de la paix, le peuple malien vous le concède, après cela mon capitaine nous ne voulons plus entendre parler de CNRDRE qu’à Gao et à Tessalit c’était là votre place… Notre Démocratie était certes malade, mais de là à l’euthanasier c’est signer l’arrêt de mort du Mali.

Tergiverser entre un individu entré par effraction dans l’histoire et celui élu par le peuple et Président de l’Assemblée Nationale pour des légalistes le choix est clair. Les errements de certains camarades et hommes politiques qui pensaient que la junte en conduisant la transition et en organisant les élections leur donnerait le pouvoir sont tombés dans le même piège que leur a tendu ATT. Aujourd’hui il s’agit du Mali divisé, le plus important c’est de surmonter les clivages entre pro et anti-CNRDRE et faire face à la réalité. Nous avons tous un seul ennemi qui se trouve au Nord, évitons au sud tout affrontement et tirons les leçons des pays comme la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, la Guinée Conakry, le Rwanda, le Libéria etc… Imaginons un moment que tous ceux qui sont pour Dioncounda et ceux qui soutiennent le CNRDRE s’affrontent, ce serait un vrai carnage où peut être deux frères s’entretueront sans le savoir. Il faut qu’on sorte de la logique où celui qui organise les élections donne le pouvoir.

Nous demandons au Président Dioncounda Traoré de tout mettre à l’œuvre pour que le futur Président soit l’élu du peuple et que cela se fasse sans contestation. Pour cela il faut qu’il réactive la machine du RAVEC. Nous lui demandons de libérer le territoire du Mali et cela sans aucune forme de négociation. Nous estimons aussi, que pour libérer le Nord et organiser des élections propres et transparentes le délai d’une année de transition serait très insuffisant. Nous avons été humiliés dans l’âme, nous souhaitons dans les jours à venir pouvoir relever la tête et regarder le monde en face. Si nos militaires sont incapables, qu’on lève une caravane de 30 mille hommes et femmes pour aller au Nord pas avec de la nourriture cette fois mais pour libérer le pays les mains nues.

Hamadoun BAH

Président des Boucliers de la Démocratie

L’Indépendant du 24 Mai 2012