Partager

Dans une lettre du 17 octobre 2012, signé par son 1er Vice-Président Ibrahima N’DIAYE (Commandeur de l’Ordre National) et adressée au Premier Ministre, Chef du Gouvernement, le Front uni pour la sauvegarde de la Démocratie et de la République (FDR) tire la sonnette d’alarme sur ce qui est convenu d’appeler un délit d’initié congénital qui risque de faire fausser les objectifs des concertations nationales en préparation. Tenez !

La lettre rappelle que le FDR a donné son accord de principe pour une participation aux Concertations Nationales des Forces Vives du Mali qui seraient organisées par le Gouvernement, sous la haute présidence du Président de la République, Chef de l’Etat. Cet accord, s’il s’inscrit dans une logique d’apaisement et de regroupement de l’ensemble des forces vives de notre pays dans un contexte de crise, vise également à consolider les acquis de la transition. Aussi, le FDR a conditionné sa participation à des préalables devant être prises en charge dès les Termes de référence des Concertations. Mais l’analyse de la seconde version de ces termes de références montre que le Cabinet du Premier ministre n’a pas pris en compte les pertinentes propositions du FDR.
Compte tenu de l’importance du Comité technique chargé de l’élaboration des Termes de référence dont la présidence, le FDR a proposé que sa présidence soit confiée à une personnalité neutre et consensuelle.

En outre le FDR avait souligné que l’objectif des Concertations n’est point de remettre en cause les institutions de la transition, ni de dépouiller de leurs prérogatives les institutions constitutionnelles, encore moins de revenir sur les questions déjà prises en charge par l’accord-cadre ou la loi. « De même, pour le FDR, la détermination des critères de sélection des participants constitue l’un des points les plus importants pour la réussite des Concertations. En effet, il y a lieu de préciser que le contexte actuel étant totalement différent de la transition de 1991/1992 où les institutions étaient dissoutes ou inexistantes, les Institutions de la République (surtout celles représentatives des populations), de même que les collectivités territoriales doivent jouer un rôle déterminant afin de respecter la dimension nationale de l’activité. Le contraire nous ramènerait à des consultations bamakoises et non nationales », souligne le FDR dans sa lettre au Premier ministre. C’est la même logique qui justifierait la participation de l’ensemble des Partis politiques qui avaient été négligés au profit d’associations non représentatives et n’ayant souvent aucune existence ou reconnaissance officielle, souligne la lettre.

Les amendements du FDR superbement ignorés

Le FDR note avec satisfaction la production d’une seconde version des TDR après le dépôt de ses recommandations et amendements. Mais satisfaction s’est vite volatilisée à l’analyse de ladite version qui fait un délit d’initié, en procédant à un « noircissement » systématique du bilan du Mouvement Démocratique, selon la lettre du FDR. « L’amendement relatif à la suppression de l’énumération de la longue liste des insuffisances du processus démocratique – ne faisant aucune mention des aspects positifs – n’a pas été pris en compte.

A ce niveau il aurait été plus équitable de lister aussi les points négatifs de tous les régimes ayant eu en charge la gestion du pays de son indépendance à nos jours ». La lettre mentionne d’autres omissions ou constats graves, comme « le rejet des conclusions de la Rencontre de Ouaga 2 dans le cheminement vers les Concertations ; le refus de mentionner le Président de la République dans la décision d’organiser les Concertations ; la divergence sur l’objectif des Concertations -non souveraines- dont l’objectif est de déterminer les modalités de réalisation des missions assignées à la transition et non de doter le pays d’organes ; la divergence profonde sur le contenu de la feuille de route : en ce sens que pour notre Regroupement ne doivent plus faire l’objet de débat les questions déjà résolues telles que les tâches opérationnelles des différents organes définis par la Constitution ou la loi et bien d’autres ; la non-prise en compte des propositions du FDR relatives au retour des déplacés et réfugiés, de même qu’au renforcement du respect des Droits de l’Homme, de la justice et de la laïcité de l’Etat ; le rejet de la mention « renforcer les organes » au profit de « compléter les organes ».

Pour le FDR, il y a lieu de mettre les Institutions de la République au cœur de l’évènement. Tous les membres des Institutions doivent participer aux Concertations car la nouvelle version des TDR ne fait que maintenir un esprit partisan en faveur d’une majorité à préserver au sein des participants aux assises des concertations. Il en est de même des organes de préparation. A titre d’exemple, comment justifier la participation de l’ensemble des membres du Gouvernement alors que les Députés qui représentent les populations n’ont qu’une représentation insuffisante ? Tout en notant avec satisfaction l’intégration des Gouverneurs et Présidents d’Assemblée de Région dans la liste, le FDR ne saurait comprendre la mise en marge des Présidents des Conseils de Cercle, selon la lettre.

Les associations ADEMA, CNID, JLD, ADIDE, exclues au profit de Yéréwoloton, Réseau Malien des Consommateurs de Téléphonie Mobile …

De même, pour le FDR, il demeure important d’avoir l’ensemble des partis politiques qui sont créés pour conquérir et exercer le pouvoir. Il serait difficilement compréhensible qu’un parti politique soit écarté pendant que des associations qui n’ont aucune existence officielle et point de représentativité soient retenues sans que l’on en sache les raisons profondes. A ce niveau, il y a lieu de nettoyer la liste proposée au titre de la société civile afin de maintenir le caractère crédible de l’évènement. A titre d’exemple, des associations historiques sont écartées (ADEMA Association, CNID Association, JLD, ADIDE, AMUPI, Les Boucliers de la Démocratie, CNJ, APDF, FENACOF…) au profit d’autres à l’existence et aux agissements douteux ou n’ayant aucun rapport avec les Concertations (Exemples : Association des Exploitants de Sable et Gravier, Association Yéréwoloton, Réseau Malien des Consommateurs de Téléphonie Mobile, Laïdou Telecom…).

Les divisions profondes d’ordre politique, sécuritaire, social devraient être l’un des objectifs de ces concertations. La réconciliation au sein de notre armée (bérets verts et rouges), poursuit la lettre. « Compte tenu de tout ce qui précède, il est regrettable de constater que les principales propositions d’amendement du FDR n’ont guère été prises en compte. Aussi, notre Regroupement ne saurait contribuer à légitimer inutilement une démarche qui ne vise point la réussite de la transition, encore moins les intérêts du peuple malien. Notre participation auxdites Concertations demeure liée à la prise en compte effective de nos amendements et recommandations. En tout état de cause, la priorité pour le FDR n’est pas d’aller aux concertations nationales, mais faire des actions concrètes pour libérer le nord qui est une des principales missions de la Transition », précise la lettre du FDR au Premier ministre.

B. Daou

Le Républicain du 22 Octobre 2012